Accueil Date de création : 01/10/07 / Dernière mise à jour : 11/07/08 19:26 / 29 articles publiés
 

"Cop Rock", série oubliée  posté le vendredi 11 juillet 2008 18:55

Blog de martinwinckler : La sériephilie, c'est grave, Docteur ?,

Il y a des séries injustement oubliées, et introuvables. Un mélange des genres aussi radical que le drame et la musique, peu de séries l'ont pratiqué et encore moins l'ont réussi. En Grande-Bretagne, seul Dennis Potter avec des oeuvres peu diffusées en France comme Du rouge à lèvres sur ton col

ou complètement méconnues (The Singing Detective) et, plus récemment Peter Bowker avec Blackpool  (Viva Blackpool, en DVD chez Koba Films) y sont parvenus. Aux USA, seuleAlly McBeal peut véritablement se vanter d'avoir mêlé avec succès dramédie et musique. Mais Steven Bochco, créateur de Hill Street Blues, L.A. Law (La Loi de Los Angelès) et NYPD Blue (New York Police Blues) avait tenté en 1990 une expérience hors du commun : une série policière et musicale, une Los Angeles Police Blues mâtinée de West Side Story. A moins d'avoir regardé Canal Jimmy pendant les années 90 (c'est grâce à Alain Carrazé qu'elle y fut diffusée) vous ne l'avez pas vue. Et c'est bien dommage.

Voici ce que j'en écrivais dans Les Miroirs Obscurs (Le Diable Vauvert, 2005).

 

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"West Coast Police Story" : Cop Rock

 

Cette série inclassable et proprement mythique est unique dans les annales de la télévision américaine. Produite par Steven Bochco après les deux grands succès des années 80 que furent Hill Street Blues et L. A. Law, elle fit sur la chaîne ABC un passage aussi fulgurant que bref : onze épisodes seulement.

Située dans un commissariat des quartiers difficiles de Los Angeles, la série débute lorsqu’un policier arrête un trafiquant de drogue. Le prisonnier est libéré en raison d’un vice de procédure et, lors d’une altercation, tue un policier en tenue. Lorsque le policier qui l’a arrêté l’appréhende de nouveau, il découvre qu’un nouveau vice de procédure risque de remettre le malfaiteur en liberté. Incapable de supporter cette éventualité, il abat son prisonnier de sang-froid. L’enquête interne et les tensions entre les membres du commissariat autour de ce geste fatal constituent la trame principale de la série.

À cette trame coup de poing, Steven Bochco et William M. Finkelstein, créateurs de Cop Rock, appliquent un traitement très simple mais formidablement ambitieux. Reprenant la structure narrative d’une comédie musicale, ils construisent la série en alternant action dramatique et numéros chantés et dansés. Dès le premier épisode, on se trouve devant un West Coast Police Story, extrêmement rythmé, dans lequel tous les comédiens sont enregistrés en son direct, les chansons et les ballets intervenant comme autant de contrepoints ironiques ou émouvants à la situation des personnages.

Ecrite avec beaucoup de soin - une équipe pour le scénario, une autre pour les chansons et les ballets - Cop Rock est une œuvre extraordinaire, tant par ses audaces formelles que par la variété des numéros musicaux, alternant tragédie (une jeune femme assise sur un banc chante et berce son enfant avant de le vendre) et comédie (une équipe de policières se déguise en étudiantes pour traquer un violeur ou en prostituées pour coincer des proxénètes), voire la parodie et la satire (le chef de la police se fantasme en gangster ; la Maire de Los Angeles, extrêmement laide, rêve qu’on lui refait le visage), et cela au moyen de tous les genres musicaux populaires - folk, rock, blues, jazz, gospel...

A aucun moment les audaces formelles de Cop Rock n’apparaissent gratuites car les numéros musicaux, comme dans un opéra classique, viennent ponctuer la narration et permettre aux personnages d’exprimer leurs sentiments.

Et cependant, lors de la diffusion annoncée à grand bruit par ABC, le public ne suit pas ; la critique, quant à elle, trouve le procédé ridicule - ce qui personnellement me semble inexplicable venant d’une culture dans laquelle la comédie musicale est reine et où l’on a alors déjà acclamé des cinéastes pratiquant ce mélange des genres - tels Bob Fosse avec Cabaret et All that Jazz ou Coppola avec Cotton Club.

Ce mode narratif d’une grande efficacité dramatique et artistique sera repris douze ans plus tard par Joss Whedon dans un mémorable épisode chanté et dansé de Buffy the Vampire Slayer qui, pour sa part, recueillit non seulement les faveurs du public mais aussi celles de la critique. D’autres séries dramatiques, comme Oz compteront elles aussi, bien après Cop Rock, des épisodes musicaux. Mais, en 1990, le public américain n’est pas prêt, et la série de Steven Bochco s’achève au bout de onze épisodes - en ayant tout de même eu le temps de boucler son histoire centrale - par un ultime morceau de bravoure au cours duquel toute l’équipe saluait les spectateurs.

Il faudra attendre 1993 pour que Steven Bochco donne à ABC une nouvelle série à grand succès : NYPD Blue, dont la carrière (douze saisons !) s’achèvera au printemps 2005 - au moment où ce livre sort de presse.

Découverte par Jimmy au cours des années 90, Cop Rock est un joyau, une série exceptionnelle encore mal connue par les jeunes générations de spectateurs. Elle mériterait amplement d’être rediffusée. Et, à l’heure où le DVD devient peu à peu la meilleure méthode alternative de découverte des séries, il semble évident que celle-ci devrait faire l’objet d’une édition collector. Mais à l’heure où j’écris, sa bande originale n’a jamais même fait l’objet d’un CD.

 

 

Fiche Technique

Cop Rock

Titre français : Cop Rock

11 épisodes (42’)

Créée par Steven Bochco et William M. Finkelstein

Producteurs exécutifs : Steven Bochco et Gregory Hoblit

Musique supervisée et produite par : Mike Post et Gred Edmondson

Chanson du générique : Randy Newman

Compositeurs : Ron Boustead, Greg Edmondson, Harvey Estrada, Stephen Geyer, Donald Markowitz, Amanda McBroom, Mike Post, Brock Walsh, Jim Whilhoite, Kathleen Wilhoite.

Chorégraphies : Russel Clark.

Décors : Jeffrey L. Goldstein.

Diffusion aux Etats-Unis : ABC, 1990

Première diffusion en France : Canal Jimmy, 1991 (VOST)

Avec : Anne Bobby (Off. Vicky Quinn), Barbara Bosson (le Maire Louise Plank), Ronny Cox (Roger Kendrick), Vondie Curtis-Hall (Warren Osborn), David Gianopoulos (Off. Andy Campo), Larry Joshua (John Hollander), Paul McCrane (Robert McIntyre), James McDaniel (Off. Franklin Rose), Ron McLarty (Ralph Ruskin), Mick Murray (Joseph Gaines), Peter Onorati (Vincent La Russo).

 

Bibliographie 

“ Cop Rock ”, par Martin Winckler, in Les Grandes Séries américaines de 1970 à nos jours, de Alain Carrazé et Jean-Jacques Schleret, Huitième Art, 1996.

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Il n'est pas impossible de trouver des DVD "bootlegs" (repiqués à la télévision) de Cop Rock. Certains sites de vente d'occasion en ligne les proposent... Cela dit, une édition DVD française ne serait sûrement pas de trop. Après tout, c'est en France qu'on a pour la première fois édité Profit et Boomtown, autres séries méconnues...

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Le Robot des Origines  posté le lundi 30 juin 2008 00:11

Blog de martinwinckler : La sériephilie, c'est grave, Docteur ?, Le Robot des Origines

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Le Robot des Origines


Il y a quelques jours, avec mes garçons, j’ai regardé Planète Interdite (Forbidden Planet, Fred M. Wilcox, 1956). Belle copie restaurée, dans un chouette étui DVD collector, avec tout plein de bonus dont je reparlerai plus loin.

Un mot sur l’argument : l’équipage du vaisseau d’exploration militaire terrien C-57 D aborde la planète Altaïr 4 à la recherche des colons qui s’y sont installés vingt ans plus tôt. Il n’y découvre que deux survivants, un savant et sa fille, car tous les nouveaux arrivants ont été décimés par une force monstrueuse et invisible qui menace de les détruire à leur tour.

Forbidden Planet est un classique du cinéma de SF, mais pas seulement : il contient en germe un grand nombre d’éléments visuels et scénaristiques qui ont par la suite inspiré la SF au cinéma et à la télévision.

L’esthétique, d’abord : servis par un scope couleur superbe et très inspirés par les peintures des artistes illustrateurs des pulps de l’époque, les paysages de planète désertique, les décors de centrale d’énergie souterraine, les vêtements des personnages et bien sûr la forme du vaisseau terrien anticipent des œuvres aussi différentes que la série Star Trek (1966-1969), l’univers de Star Wars ou Mars Attacks !

 

La figure de Robby le Robot, principale vedette du film, portant le corps sans vie d’un astronaute sur l’affiche de Forbidden Planet est devenue si fameuse qu’elle fut souvent reprise. Robbie sera l’année suivante le héros d’un autre film de SF – cette fois-ci destiné aux enfants – intitulé The Invisible Boy (en VF Le Cerveau Invisible, allez savoir pourquoi !) et apparaîtra dans un épisode de la série The Thin Man (NBC, 1957-1959, 30’, 72 épisodes) plusieurs épisodes de The Twilight Zone et dans de nombreuses autres séries parmi lesquelles The Man from U.N.C.L.E (Agents très spéciaux),Columbo, Wonder Woman et bien sûr The Simpsons….

 

Il fera d’autres apparitions (parfois sous la forme d’une image ou d’une maquette dans Gremlins (1984) et même The Phantom Menace (1999). Un autre robot, assez ressemblant mais sans jambes, et conçu lui aussi par le directeur artistique Robert Kinoshita, sera l’une des vedettes de la série Lost in Space (1965-1967). Robbie lui-même n’est d’ailleurs pas issu du néant puisque son comportement (obéir aux ordres des humains, sauf pour faire du mal à un humain) est directement inspiré par les lois de la Robotique inventées par Isaac Asimov dans les nouvelles du recueil I, Robot (Les Robots). Il s’agit donc d’une figure extrêmement importante de la culture populaire américaine des années 50, au point qu’elle a été reprise dans une publicité télévisée pour AT&T (compagnie de téléphone) en 2006.

 

Le vaisseau spatial est intéressant à plusieurs titres : il a la forme d’une soucoupe volante, celle qu’on attribue rituellement aux vaisseaux extra-terrestres et qu’on retrouve en particulier dans Mars Attacks !. Il est singulier que dans ce film, ce sont les terriens qui se déplacent en soucoupe. Au tout début du film, le vaisseau utilise, pour voyager à grande vitesse, ce qu’on appelle le « saut dans l’hyperespace » ou, dans Star Trek, le warp drive (« vitesse de distortion »). Pour ce faire, l’équipage (y compris le cuistot, qu’on reconnaît à son tablier blanc !!!) se placent sur des plots et sont temporairement désintégrés pendant le voyage.

 

En 1966 et pendant les quarante années suivantes, les personnages des séries Star Trek auront recours au même type de dispositif en guise d’unité de télétransport. Un autre élément, dans le fonctionnement de Robbie cette fois-ci, préfigure Star Trek. Morbius, le savant survivant d’Altaïr 4, explique à ses hôtes que le robot est capable d’analyser toutes les substances qu’on introduit dans une sorte de fente de boîte à lettre située sur son abdomen et de les resynthétiser. Les réplicateurs des vaisseaux Enterprise et Voyager ou de la station Deep Space 9 ne procèdent pas autrement.

 

Il y a encore beaucoup de choses assez étonnantes dans Forbidden Planet, et il faudrait sans doute un article beaucoup plus long pour les détailler, mais je voudrais en citer deux. La première est que la trame s’inspire… de La Tempête, de William Shakespeare. Nouvelle preuve, s’il en est, que le cinéma américain a toujours su puiser dans les œuvres antérieures pour les renouveler de la manière la plus surprenante. La seconde, c’est que le monstre qui détruit toute vie sur la planète Altaïr 4 est directement issu des tréfonds de l’esprit humain (je vous laisse découvrir comment si vous avez la curiosité de voir le film).

 

Ce plot twist, qui n’est pas nouveau à l’époque (Fritz Lang et Hitchcock entre autres ont donné un rôle important à l’inconscient dans des films comme Le secret derrière la porte ou La Maison du Dr Edwardes, au cours de la décennie précédente) est toutefois très surprenant dans un film de Space Opera.

 

J’ai passé un très bon moment en (re)voyant Planète Interdite (je ne l’avais jamais vu en scope et dans les couleurs superbes de son premier passage à l’écran). Même si les acteurs y sont aussi statiques que dans la version années 60 des Rois Maudits, larichesse de ses inventions visuelles, la dimension poétique et tragique de son propos et les visibles influences sur des œuvres cinématographiques et télévisuelles ultérieures sont tout à fait rafraîchissantes.

 

Je vous recommande l’édition américaine Warner de 2006 (50th anniversary two-disc special edition), qui contient de nombreux bonus, en particulier The Invisible Boy et l’épisode de The Thin Man dans lequel Robbie apparaît.

 

Martin Winckler









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Les séries que je regarde, que je garde et que j'attends  posté le vendredi 23 mai 2008 09:08

Vendredi 23 mai

 

Bon, en ce moment je n’ai pas vraiment le temps de les regarder toutes, mais voici la liste des séries que je regarde et que je garde (ou dont j’achète les DVD quand ils sortent)

 

Big Bang Theory (très très drôle et attachant)

Bones (épatante)

Brothers & Sisters (très drôle et très émouvante)

Cold Case (magnifique)

CSI/Les Experts (toujours renouvelée, c’est impressionnant)

Grey’s Anatomy

Heroes (décevante, mais quand même)

House (toujours grande)

How I met your Mother (Legen---- (wait for it…) DARY ! )

Life (épatante)

L&O (New York District, qui a pris un coup de jeune depuis cette saison grâce au retour de René Balcer en tant que producteur exécutif – c'est-à-dire rédacteur en chef…), et L&O SVU (New York Unité Spéciale)

Medium (méconnue, je trouve)

NCIS (me lave la tête)

Scrubs (moins bien cette année, mais je m’accroche)

The Office (je regarde la 3e saison en ce moment, et c’est toujours aussi bien)

Without a Trace (FBI portés disparus) qui est une série de plus en plus noire…

 

 

J’ai aussi regardé et bien aimé cette année (2007-2008) :

 

New Amsterdam (excellente, et malheureusement annulée)

The Women’s Murder Club (marrante, et annulée

 

Les séries que je regarde, mais que je ne garde pas :

 

30 Rock (très drôle pour qui connaît bien l’Amérique et sa télévision)

CSI : NY (moins bien que CSI mais infiniment meilleure que CSI : Miami)

Numbers (j’aime beaucoup)

Two and a Half Men (des vannes sexuelles souvent insensées d’audace et de drôlerie)

 

 

Les séries que je garde en sachant que je vais les regarder un de ces jours

 

Moonlight

The Tudors

Ugly Betty

 

Ainsi que In Treatment, une série sur un psy et ses patients qui est impressionnante (je n’en ai vu encore que la moitié mais j’ai hâte de voir la fin)

 

Les séries d’été dont j’attends le retour

 

Army Wives

Burn Notice

Damages

Dexter

Mad Men

Monk

The Closer

 

 

 

Je dois en oublier quelques-unes. Heureusement, l’été arrive…

 

Martin Winckler

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Maurice Frydland, téléaste  posté le dimanche 06 avril 2008 13:08

L'an dernier, à l'occasion des 20 ans des Rencontres INternationales de télévision de Reims, on m'a demandé de faire un portrait de son directeur, Maurice Frydland. Le voici.


Maurice Frydland, artiste engagé

 

Quelle est la différence entre un film de cinéma et un téléfilm ? Ceux qui n’ont pas vraiment réfléchi à la question répondront probablement : « le mode de diffusion » (grand écran en un réseau de salles ; petit écran, dans un bouquet de chaînes) ... tout en laissant entendre que la différence essentielle est ailleurs. Tourner un film serait admirable, tourner un téléfilm ne le serait pas. Cette distinction entre un médium « noble» (le cinéma) et un autre qui serait « vulgaire » (la télévision) n’existe pas en Angleterre ou aux Etats-Unis, où le monde du spectacle est depuis toujours voué au public. Quelle différence y aurait-il alors entre un cinéaste et un téléaste ? Le premier serait-il un artiste tandis que l’autre ne le serait pas ? L’itinéraire de l’un et de l’autre seraient-ils si différents ? Je me suis toujours demandé si cette « hiérarchie » établie entre le cinéaste et le téléaste n’était pas aussi arbitraire que celle qui distingue l’écrivain - mot qui en France désigne essentiellement le romancier - du writer, terme générique qui, dans le monde anglo-saxon, désigne un auteur, sans préjugé de la nature des textes qu’il rédige et de leur lieu de publication. Quand on se sent plus writer qu’écrivain, on ne voit pas son métier différemment selon que l’on écrive de la fiction ou des articles scientifiques, des analyses critiques ou des textes autobiographiques ; selon qu’on publie un livre à compte d’éditeur ou un feuilleton dans une revue.

 

Quand on a l’occasion de l’envisager dans son ensemble, on constate que la carrière de Maurice Frydland ressemble plus à celle d’un écrivain polygraphe et ouvert sur le monde comme l’étaient Boris Vian ou Georges Perec qu’à celle d’un romancier replié sur lui-même comme l’étaient Proust ou Flaubert.

 

Interrompant ses études de médecine pour faire du cinéma, Maurice Frydland devient au cours des années soixante l’assistant de Robert Dhéry, Joris Ivens et Michel Boisrond et co-écrit avec Gilles Perrault un court-métrage, Le Cœur Renversé (1971), qui sera sélectionné à Cannes. Sa carrière prend un tournant lorsqu’il rencontre Jean-Marie Drot, Marcel Bluwal et Claude Santelli. Fasciné par la culture de ces hommes qui, au début des années soixante-dix, tentaient encore d’en faire un grand médium à la fois éducatif et populaire, Maurice Frydland comprend que la télévision est un lieu d’invention et de création bien plus souple que le cinéma. Il s’attelle aussi bien à des grands reportages (pour Panorama, Point contrepoint), qu’à des magazines de société (Dim Dam Dom) ou culturels (Les Cent livres) et, bien entendu, à des fictions. Dès 1974, il réalise Le Mystère Frontenac, adpatation du roman de François Mauriac co-écrite avec Françoise Verny. La collaboration du réalisateur avec sa co-scénariste donnera naissance à plusieurs autres téléfilms au cours des années 70.

 

S’il n’est pas possible de passer en revue toutes les réalisations de Maurice Frydland, la rétrospective présentée aux 20e Rencontres Internationales de Télévision de Reims permet de retracer sa carrière en quatre mots : ouverture, engagement, fidélité, humour.

 

L’ouverture est évidente par la variété des formats et des propos. Les documentaires vont d’un portrait du plus shakespearien des cinéaste (Citizen Welles, 1974) à l’exploration, sur les traces de Paul Morand, d’une des villes les plus littéraires d’Europe (Venises, 1980) en passant par le documentaire géopolitique (Objectifs : Le Chili, un nouveau Cuba, 1970) et la balade littéraire dans les Cévennes (Sur les traces de Stevenson, 1979). Les fictions ne sont pas moins variées : récit sensible d’un monde en guerre vu par un enfant (Un été alsacien, 1991) ; fable ironique située dans la communauté juive parisienne du Sentier (Le miel amer, 1991) ; fiction politique âpre sur la guerre d’Algérie (L’arme au bleu, 1981) ; satire cinglante de la vie d’un cadre supérieur après son licenciement (Assédicquement vôtre, 1994) et, pour finir, oublier ce bijou de feuilleton dans la tradition de Rocambole et des Habits Noirs qu’est l’épatant Le Mystérieux Docteur Cornélius (1984).

 

L’engagement n’est pas moins évident quand on voit de quelle manière Maurice Frydland aborde ses sujets. Car l’histoire « avec sa grande hache », comme disait Georges Perec est aussi omniprésente dans ses fictions qu’elle l’est dans ses films documentaires. Dans L’arme au bleu et Un été alsacien, déjà cités, mais aussi dans le magnifique L’épingle noire (1982), fresque située au cours d’une période méconnue de l’histoire de France (les débuts de la IIe république) et dans les téléfilms noirs où apparaît Nestor Burma, le héros de Léo Malet. Ainsi, les fantômes de l’Occupation hantent Les Rats de Montsouris (1985), la toute première adaptation des « Nouveaux Mystères de Paris » dans laquelle Frydland avait eu l’idée lumineuse de confier l’imperméable de Burma au merveilleux Gérard Desarthe. Sept ans plus tard, de nouveau sous la direction de Frydland, Guy Marchand arborait la pipe à tête de taureau du détective pour poursuivre un ancien criminel de guerre dans Du Rébecca Rue des Rosiers (1992).

 

La fidélité de Frydland est discrète et pudique, mais clairement lisible dans ses films : c’est la fidélité à la mémoire culturelle juive, qui teinte Venises (où l’on apprend l’origine du mot ghetto), Le Miel Amer et ses personnages plus vrais que nature mais aussi l’émouvante évocation biographique Les enfants du Vel d’Hiv (1992). C’est aussi la fidélité aux acteurs - Gérard Desarthe, bien sûr, irrésistible Docteur Cornéliux mais aussi l’ambigu Pierre Arditi de L’Arme au bleu et de L’épingle noire, le malicieux Jean Bouise et le mésestimé Maurice Vaudaux.

 

Quant à son humour et à sa malice, ils font bien sûr le régal des spectateurs quand Frydland met en scène l’histoire de Seidel, qui attend le Messie sur le quai de la Gare de Lyon dans Le Miel Amer, ou lorsque, au détour d’une enquête de Burma, Claude Klotz, co-scénariste de ses téléfilms Le moustique (1980) et Jupiter (1981) tient le rôle d’un ami du détective, tandis que Frydland lui-même campe celui d’un anonyme fonctionnaire face Guy Marchand.

 

Armé d’un stylo et d’une caméra, aidé de comédiens qu’il aime et qui le lui rendent bien, Maurice Frydland nous raconte avec son intelligence et ses yeux des histoires qui lui tiennent au cœur et aux tripes. Ce qui fait de lui un spécimen rare d’artiste engagé : un téléaste de notre temps.

 

Martin Winckler

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Post Scriptum :  Alors que la BBC et les chaînes privées britanniques ne se privent pas d'éditer leurs téléfilms classiques, pourquoi est-il si difficile - pour ne pas dire presque impossible - de voir et de revoir (en rediffusion, ou en DVD) les téléfilms des auteurs les plus importants et les plus solides de la télévision française ?



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Le coin des classiques : "Twin Peaks"  posté le samedi 05 avril 2008 19:24

Blog de martinwinckler : La sériephilie, c'est grave, Docteur ?, Le coin des classiques :

 

C’est un OVNI de la télévision, et un OVNI qui a la vie dure. D’autant que beaucoup de gens en parlent sans l’avoir vu - alors que n’est pas, pourtant, une série très longue (une trentaine d’épisodes). Mais c’est une œuvre qui trimbale derrière elle un certain nombre d’idées reçues, de mythes, de faux-semblants. Est-ce bien étonnant ? Twin Peaks s’y prête.

 

Tout commence très sagement par un générique champêtre, qui montre des bois, une scierie, une cascade, un rossignol dans un arbre, et le célèbre panneau d’entrée de la ville avec, comme il est rituel en Amérique du nord le chiffre de sa population : 51201 âmes... moins une.

 

Cette image d’Epinal d’un middle-west rugueux mais somme toute sympathique ne fait pas illusion longtemps. Dans la petite ville sans histoire, on découvre très vite au fil de l’eau un corps emballé dans du plastique : celui de Laura Palmer, reine de beauté blonde à croquer, assassinée de manière aussi sauvage que soudaine.

 

L’équilibre tranquille de Twin Peaks (la ville) se met alors à vaciller... ou du moins, à osciller sous un vent aussi étrange qu’inquiétant. Twin Peaks (la série) devient alors le développement minutieux de cette inquiétante étrangeté. L’homme qui vient y enquêter sur la mort de Laura Palmer, l’agent Dale Cooper, est au moins aussi bizarre que l’affaire et le lieu du crime.

 

Il croise une ribambelle de personnages qui sont, tout comme lui, à double sens (tout le monde parle par métaphores ou par sous-entendus) et les lieux à double fond - à l’image de l’Hôtel du Grand Nord, dont les cloisons cachent des passages qu’emprunte la délicieuse Audrey (Sherylinn Fenn) pour espionner les clients, et de la Red Room, où Cooper n’en finit pas de rêver qu’on lui souffle le nom de l’assassin.

 

Au milieu de personnages aussi attachants qu’irritants (du shérif Truman au Dr Jacoby, le psychiatre, en passant par la femme à la bûche, qui rend ses oracles en consultant un rondin de bois qu’elle trimbale comme un enfant), l’agent évolue au jugé mais sans préjugé, armé d’un humour bien personnel et d’une dépendance absolue au café et à la tarte aux myrtilles. Bref, il plonge - et nous, avec lui.

 

Engendrée, nul ne l’ignore, par David Lynch, Twin Peaks est aussi, cependant, la création d’un scénariste, Mark Frost. C’est cette double paternité qui donne probablement à la série son cachet indéfinissable. Car les circonvolutions de la narration - une suite de récits savamment entrecroisés - ne sont pas le fait du seul Lynch, mais d’abord de Frost, dont le projet était initialement de se servor de la mort de Laura comme du prétexte d’une histoire perpétuelle. Car le temps est comme suspendu à Twin Peaks : chaque épisode se passe en un jour, et l’épisode suivant le lendemain.

 

Aux commandes de cette histoire qu’ils prennent leur temps pour développer (au bout de deux années de diffusion dans le monde réel, il ne s’est passé que 29 jours à Twin Peaks...) Lynch et Frost jouent avec les codes convenus de la série policière : les pistes ne mènent nulle part, les enquêteurs sont inévitablement perdus - quand ils ne sont pas transformistes comme Dennis/Denise (génial David Duchovny, bien avant X-Files), ou sourds (Lynch lui-même dans un rôle comique). Ils se jouent aussi des conventions du soap-opera puisque la télévision locale de la ville a le sien, Invitation à l’amour, toujours à l’antenne quand les couples de Twin Peaks se déchirent. Ils se jouent enfin du désir de repères des spectateurs : la mort de Laura Palmer est à la fois tristement réelle ET absolument symbolique ; son assassin est humain ET surnaturel ; la vérité est connue ET insaisissable.

 

Un OVNI, vous dis-je. Il s’est posé un jour de 1990 dans la grande forêt d’antennes du Nord-Ouest - puis en 1991 et dans une VF catastrophique de contresens et de bêtise sur les écrans de La 5 - avant de disparaître en laissant sur le champ rétinien des spectateurs des crop-circles indélébiles, et dans leur mémoire des questions sans réponse.

 

À moins que les soucoupes-DVD...

 Martin Winckler

 

Twin Peaks est désormais visible en DVD (http://www.dvdseries.net/serie-655-Twin_Peaks.html), intégralement. En VO, avec des sous-titres... Allez donc vous perdre dans le Nord-Ouest.

 

 

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