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Pourquoi la série "Heroes" n’a-t-elle pas eu de succès sur TF1 ?  posté le vendredi 16 novembre 2007 23:04

Lisez "Ma série  de la semaine" en fin d'article. Aujourd'hui : Mission : Impossible.

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Pendant l’été 2007, TF1 programme la première saison de Heroes, série américaine diffusée pendant les mois précédents sur NBC et qui a alors remporté un succès public aussi impressionnant qu’imprévu. La programmation est similaire à celle de Lost les étés précédents – ou, du moins, l’été de sa première diffusion sur TF1 - 2 ou 3 épisodes d’affilée, en première partie de soirée, un soir par semaine.

 

En France, malgré la programmation sur la première chaîne privée, le succès public n’est pas, manifestement, au rendez-vous dans les proportions que TF1 espérait. Dans certains médias on parle d’échec d’audience ou du moins de « déception ». Les sites internet évoquent le téléchargement effréné dont la série a fait l’objet pendant sa diffusion américaine pour expliquer la désaffection du public sur TF1. Je ne sais pas exactement comment TF1 a analysé cet « échec » (relatif) ; je vais simplement donner ici un avis de spectateur. Un avis subjectif, intuitif et peut-être tout à fait différent des analyses que la chaîne n’aura pas manqué de faire au moyen de ses instituts de sondage. Mais qu’importe. Je ne cherche pas ici à imposer mon opinion sur ce sujet très peu important mais à expliquer comment je me la suis forgée… et à parler de séries.

 

Une série pas du tout ordinaire

 

Heroes n’est pas une série ordinaire. C’est une surprise, un OVNI dans le paysage télévisé américain. Relativisons d’abord son succès là-bas : elle ne fait pas mieux ni même  aussi bien que Desperate Housewives ou Lost ou Les Experts ou 24 heures Chrono, mais elle est un succès inattendu pour NBC, qui est celui des grands networks qui marche le moins bien, depuis plusieurs années. Et surtout, le public qu’elle touche (plutôt jeune et argenté) intéresse beaucoup les annonceurs, ce qui, en matière de programmation, est le principal critère pour une chaîne.

 En apparence, elle a des caractéristiques similaires à Lost : un groupe d’individus qui ne se connaissent pas sont mis séparément et collectivement, à leur corps défendant, dans une situation qui les amène à s’allier ou à se combattre pour survivre.

La forme est, comme celle de Lost, celle d’un feuilleton à suivre, qui suscite chez le spectateur l’attente impatiente du prochain épisode au moyen d’événements mystérieux et de mises en suspens.A première vue, les deux séries semblent donc très proches.

Mais (car il y a des mais...)

1° contrairement aux protagonistes de Lost qui ont certes parfois un passé très lourd, mais, à ma connaissance, pas de super-pouvoir, les personnages principaux de Heroes sont presque tous porteurs d’un don hors du commun : Nathan peut voler, Matt est télépathe, Claire est indestructible, Isaac peut peindre le futur, Jessica est l’hôtesse d’un double meurtrier, Linderman répare les êtres vivants qu’il touche, Hiro peut voyager dans l’espace et le temps, Peter peut absorber les pouvoirs spéciaux de tous ceux qu’il approche, etc. Les séries de SF ou fantastiques sont habituellement destinées à un public jeune (Buffy contre les Vampires, Smallville, Charmed). Or, Heroes vise certainement ce public-là mais les thèmes abordés, plutôt sombres, et les relations entre les personnages s’adressent aussi à un public plus âgés.

 

2° ce n’est pas une catastrophe passée qui les amène à s’unir ou à se combattre, mais une catastrophe à venir, qu’ils visent à éviter, à fuir, voire à utiliser à leur profit.

 

3° Dans Lost, les personnages se retrouvent dans étrange à la suite d’un accident d’avion. Leur quête est incertaine, pour eux comme pour les spectateurs : ils doivent comprendre le lieu où ils se trouvent (et décrypter les règles qui le régissent) et le quitter pour retrouver leur monde d’origine. Lost est au fond une adaptation contemporaine de Perdus dans l’espace ou des Robinsons Suisses, l’histoire de cette famille échouée sur une île. Lost évoque aussi bien sûr les émissions de télé-réalité comme Survivor (Koh Lanta, sur TF1) dans lesquelles des candidats transportés dans un milieu hostile doivent y accomplir des tâches et y réussir des épreuves pour remporter un prix.

L’enjeu de la première saison de Heroes est en revanche beaucoup plus précis : dès le premier épisode, on sait que New York doit être détruite par une explosion nucléaire ; Hiro Nakamura, le jeune japonais qui assiste à l’explosion dans le futur proche, retourne vers le présent pour tenter de prévenir cette catastrophe. Dans sa quête, il « recrute » un certain nombre de personnages qu’il entraîne dans son aventure. Il ne s’agit donc pas d’une « fiction survivaliste » comme Lost, mais d’une course contre la montre.

 

De plus, sur la forme, Heroes présente des caractéristiques très particulières :

 

La situation initale est éclatée, contrairement à celle de Lost, les personnages de Heroes étant répartis au début de la série sur tout le territoire américain, certains même hors des Etats-Unis (Japon, Inde), leurs itinéraires respectifs les conduisant à se regrouper progressivement en plusieurs lieux-clé : Nevada, Texas, puis enfin New York. La narration de Heroes est donc tissée de plusieurs récits parallèles, qui s’entrecroisent périodiquement ou non selon que les personnages entrent en contact les uns avec les autres, puis se séparent, pour enfin se rejoindre lors du season finale.

 

Cette forme métisse deux modes narratifs : celui des séries, qui pour beaucoup sont construites avec une intrigue principale et une ou deux intrigues secondaires par épisode, et celui des des comic-booksmangas, dont la narration continue s’étend sur de nombreux fascicules mensuels, pour raconter des histoires-fleuve comme le faisaient déjà les feuilletonnistes européens du XIXe siècle ou… de la Chine ancienne. 

 

L’influence du comic-book est bien entendu assumée, et même revendiquée, à la fois par les titres d’épisodes, qui se présentent comme autant de titres de chapitres, et par la présence, dans l’intrigue même, des peintures prophétiques dessiné par Isaac, l’un des personnages et insérées dans le comic-book lu par Hiro Nakamura, le voyageur spatio-temporel de la série.

 

Par son contenu et par sa forme, qui renvoie également à l’imagerie du jeu vidéo, Heroes est donc une fiction très neuve, qui traite de manière allégorique l’actualité de l’Amérique, puisqu’elle fait en particulier allusion clairement à l’attentat du 11 septembre et, dans un épisode de la fin de saison, au risque de voir le pays devenir un État totalitaire, dans lequel la police fait la chasse aux personnes « différentes »…

Et qui dit "série différente" dit "public particulier"...  

 

Heroes sur TF1

 

Depuis vingt ans, les grandes chaînes de télévision française ont totalement ignoré la science-fiction anglo-saxonne et produit peu de SF autochtone. Pendant plusieurs décennies, le comic-book a eu encore plus mauvaise presse en France que la BD européenne et le public français ne connaît les super-héros qu’au travers de films unitaires (Spider Man, The X-Men), qui touchent un public jeune, voire très jeune.

 

Les séries américaines vedette de TF1 sont habituellement des fictions policières non feuilletonnantes telles les trois déclinaisons de CSI (Les Experts), et deux des Law & Order (L&O : Special Victims Unit - New York Unité Spéciale et L&O : Criminal Intent - New York Section Criminelle) rediffusées à souhait dans le désordre le plus total, que d’autre part, les spectateur français ne sont pas très habitués à regarder des fictions à suivre (même 24 heures Chrono ne fait pas de très bon scores d’audience sur TF1…).

 

Dans quelles conditions cette série ambitieuse, aux lignes narratives multiples, exigeant du spectateur une attention soutenue et inspirée par des formes d’expression artistiques très particulières a-t-elle été diffusée sur TF1 ?

 

En plein été, avec un générique « franchouillardisé » (il n’y a pratiquement pas de générique dans la version originale), à raison de deux à trois épisodes par soirée (la diffusion américaine ne comptait qu’un épisode par semaine, et il y a eu une interruption de plusieurs semaines entre la première et la deuxième moitié de la saison), alourdis de résumés même lorsqu’ils étaient diffusés en rafale (les résumés n’ont pas d’intérêt quand on regarde plusieurs épisodes d’affilée, la version DVD permet d’ailleurs de regarder tous les chapitres sans résumés, comme on lirait un livre), dans une version française mal traduite et mal jouée, comme d’habitude, et bien sûr coupée…

 

À la question : « Pourquoi est-ce que Heroes n’a pas rencontré le succès sur TF1 ? »’, j’ai simplement envie de répondre que, compte tenu de tout ce que l’on pouvait savoir de Heroes en l’ayant vue, les programmateurs de TF1 ont choisi de la programmer sans tenir compre de ce qui peut ou non plaire à leur public. J’ai en effet le sentiment qu’ils n’ont pas encore compris que pour les séries télévisées comme pour n’importe quel spectacle, il n’y a pas UN public, mais DES publics, et que ce n’est pas seulement le public qui choisit une série, c’est aussi la série qui choisit son public. Et, comment vous dire ? Le public "choisi" par (mettons) Les Experts : Miami (à mon humble avis, une des séries actuelles les plus réactionnaires qui soient) ne me paraît pas tout à fait superposable au public de Heroes

Ou, pour le formuler autrement, parmi LES publics possibles, celui qui aurait apprécié de voir Heroes à la télévision (ou plutôt, celui que Heroes aurait "choisi") n’avait peut-être pas du tout eu envie de la regarder l’été, dans une mauvaise VF, sur TF1.

 D'ailleurs, ce public-la ne regarde peut-être jamais TF1.

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Ma série de la semaine :

 

Je revois Mission : Impossible, dont Paramount a déjà réédité les 3 premières saisons. Bon, je sais que je suis partial, pour lui avoir consacré mon premier livre sur les séries, mais même quinze ans après l'excitation de ce premier livre, mon sentiment à l'égard de M:I est le même : c'était une série extraordinaire, avec des "gueules" épatantes dans le rôle des méchants (et interprétant parfois trois rôles différents dans un espace de 10 m2, comme Paul Stevens dans "Le Cardinal", S. 3) , avec des acteurs qui pouvaient tout faire (il faut avoir vu Barbara Bain jouer les jeunes effarouchées et, deux épisodes plus tard, les officiers d'Allemagne de l'Est, ou Martin Landau grimé en vieux professeur se transformer en homme de 35 ans sans bouger de son siège (dans "Princess Céline/The Heir Apparent", ep. 301) et avec des scénarios d'une ingéniosité diabolique, qui jouait aussi bien avec les formes du film noir ("Crimes", S.2), du film d'espionnage des années 60 ("L'échange", S. 3), du film de SF ("L'hibernation", S.3), et même avec le théâtre "engagé" ("Au sommet", S.3). La troisième saison est indubitablement celle qui compte le plus d'épisodes époustouflants, mais les deux premières valent également leur pesant de plaisir, le tout avec  une image de toute beauté et en VO, bien sûr. 

Quarante ans après sa création, Mission : Impossible est plus que jamais une série classique, écrite, tournée et interprétée avec un brio insensé pour le plus grand plaisir de spectateurs intelligents.

Enjoy !  

 Mission : Impossible, 1966-1973, 7 saisons. Editions DVD en Zone 2 : 3 saisons disponibles (Paramount)

 

 

 

 

Martin Winckler

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Bientôt :

 - Les séries télé comme outil pédagogique

- La critique de séries existe-t-elle en France ?

 

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Tous les commentaires de l'article:
Pourquoi la série "Heroes" n’a-t-elle pas eu de succès sur TF1 ?

  • Nomka mailto

    jeu 07 aoû 2008 15:49

    J'ai vraiment apprécié la saison 1 en vost et je découvre en ce moment même la saison 2 mais en français cette fois-ci et je trouve le doublage très correct et bien intégré.

    Par contre le regarder via TF1 non merci, TF1 est une usine à sous, n'allez pas croire que c'est une machine à rêve.
    C'est juste un business qui mets plus d'argent dans la façon dont les publicité vont percuter le public, plutôt que de savoir qui est intéressé par quoi et à quel moment.

  • Alexis Z.

    lun 19 nov 2007 21:59

    Pour bouder à cause du scénario il faut déjà regarder !
    J'ai boudé Heroes parce que c'était en vo et sur TF1. Je ne savais pas si le scenario était ci ou ça, je craignais simplement que ça soit coupé, mal traduit et mal doublé (le style TF1, donc), et je n'ai pas eu envie d'en regarder ne serait-ce qu'une minute.

  • Aska

    dim 18 nov 2007 23:58

    Une petite remarque - le paragraphe suivant :

    "
    Cette forme métisse deux modes narratifs : celui des séries, qui pour beaucoup sont construites avec une intrigue principale et une ou deux intrigues secondaires par épisode, et celui des des comic-booksmangas, dont la narration continue s’étend sur de nombreux fascicules mensuels, pour raconter des histoires-fleuve comme le faisaient déjà les feuilletonnistes européens du XIXe siècle ou… de la Chine ancienne. et des
    "

    se termine un peu abrutement

  • Arnaud J. Fleischman

    dim 18 nov 2007 16:37

    Heroes a été le succès-surprise de la rentrée 2006 aux USA, et très rapidement la série est devenue un phénomène médiatique, ce qui à sans aucun doute attiré les costards cravate de TF1 qui y ont vu un bon moyen de faire de l'audience. Sans voir plus loin que le bout de leur nez, et ont fait n'importe quoi, comme souvent, avec la programmation de cette série.
    Au-delà de cette programmation calamiteuse (franchement qui regarde la télé le samedi soir en été...) il y a aussi les qualités de la série, qui ont été surestimées, comme en son temps The X-Files. C'est une série sympathique, mais pas un chef d'oeuvre, et dont les limites apparaissent dans la seconde partie de la première saison, et encore plus clairement dans la seconde saison. C'est aussi, sans doute, une des raisons de l'échec de la série en France.

    Allez je retourne voir Mission: Impossible. Voilà une série qui ne déçoit jamais.

  • Renaud mailto

    dim 18 nov 2007 11:50

    C'est étonnant, c'est une des rares séries avec Lost dont j'ai trouvé le doublage français satisfaisant...

    Comme quoi les gouts et les couleurs...

  • Seccotine mailto

    sam 17 nov 2007 21:05

    Juste pour amener une note de mauvais esprit en même temps qu'une opinion toute personnelle : m'étant nourrie de SF et de comics depuis mon plus jeune âge, et ayant regardé la saison 1 entière de Heroes, dans des conditions optimales puisqu'en VO et à un rythme choisi, je me pose la question suivante :

    Est-ce que si tant de gens ont boudé Heroes, ce n'est pas tout simplement parce que le scénario entier de la première saison a l'air de tenir sur deux pages, et qu'à partir de l'épisode 5, on a un peu envie d'aller mettre un cierge à Sainte Ursule pour qu'ENFIN il se passe quelque chose de nouveau ?

    Mmmhh ? Just sayin'... :o)

  • Elodie mailto

    sam 17 nov 2007 12:32

    Je fais partie des personnes qui ont commencé a regarder Heroes en VO sur le net (je n'ai pas pu voir la saison 1 en entier...) et quand j'ai vu qu'elle était programmée à la télé, je me suis dit "pourquoi pas ?". J'ai commencé a la regarder et outre les doublages tres moyens (comme bien souvent loin de la VO dans les traductions, et meme dans la tonalité des voix...), la diffusion de trop d'épisodes a la suite gache un peu la série.
    Quand on les regarde en dvd chez soi c'est différent, déja, pas de publicité dans les dvd, pas de résumés de l'épisode que l'on vient juste de voir et la possibilité de la touche "pause" !
    De plus, le choix de diffuser cette série en été ne me parait pas judicieux. En effet, les gens sont en vacances, pas forcément en ayant accès a la télé ni en voulant passer ses samedis soirs devant la télé...

    Néanmoins, je trouve cette série tres novatrice, l'apparition de super pouvoirs, les doutes que cela implique pour chacun, les rites initiatiques et tout l'univers comics (renforcé par les dessins d'Isaac que je trouve vraiment tres beaux) on est loin des séries plus "teenage". Un mélange d'une culture comics que l'on n'a pas forcément en France (outre les grands blockbusters au cinéma). J'ai décroché cette série apres avoir raté quelques épisodes, et il est dur de s'y remettre puisque les épisodes sont vraiment construits en feuilletons (comme Desperate Housewives). Je pense qu'il va falloir que je revoies la saison en entier pour l'apprécier pleinement.

    Par contre,je n'avais pas fait le parallèle avec LOST. Il faut dire que je me suis mise a cette série depuis peu, mais je compte bien rattrapper mon retard d'ici peu.

  • Lord-of-babylon mailto

    sam 17 nov 2007 12:25

    post pinailleur du jour : c'est à partir du deuxième épisode que la menace de la bombe sur New York est identifiée Martin ;)