Madigan
avec Richard Widmark
Madigan fut d’abord, en 1968,
l’anti-héros de Police sur la ville, de Don
Siegel. Contre toute attente (si vous avez vu le film, vous savez
pourquoi), ce personnage de flic dur et insensible, admirablement
servi par l’ambiguïssime Widmark (qui fit peu de
télévision), fut repris en 72-73 dans une
demi-douzaine de téléfilms, en alternance avec
Columbo. Tournée à New York, noir et
sèche, la série rappelle plus Bullitt et
L’Inspecteur Harry que Starsky et
Hutch.
Les Aventures du Jeune Indiana Jones
Produit par George Lucas avec Sean Patrick Flannery
Cette série épatante, incomplètement diffusée par la chaîne ABC pour cause de mauvaise audience, souffre d’un malentendu. Il ne s’agit pas d’une série d’aventures dans laquelle priment les acrobaties et le fantastique, mais au contraire d’une série historique. George Lucas voulait en effet utiliser son personnage pour raconter le début du siècle, entre 1908 et 1918. De l’Afrique australe à Pékin, en passant par le front de la Somme, l’Irlande, New York et la Palestine, les souvenirs d’un Indy de 90 ans sont revécus en alternance par deux acteurs de 10 et 20 ans, au cours de 28 épisodes superbement écrits et filmés… qui vont ressortir en DVD zone 1.
Le bluffeur
John Sayles est l’un des cinéastes américains indépendants les plus créatifs des vingt dernières années. Lone Star, son film le plus connu, a été largement loué par la critique, en France et outre-Atlantique. Scénariste de longue date (il avait en particulier collaboré à Piranhas de Joe Dante), il a également tâté de la télévision avec Le bluffeur (Shannon’s Deal), série discrète mais de grande qualité dont les 14 épisodes furent diffusés en 1989-90 sur NBC. Le personnage de Jack Shannon est un « loser » étonnant, puisqu’il s’agit d’un avocat... qui se ruine au jeu et repart à zéro. Poursuivi par ses créanciers, il trouve tout de même le temps de défendre des causes perdues. Une sorte de Robin des Bois moderne et fauché. La présence de Sayles aux commandes de cette série est gage d’une qualité dont témoigne également la musique, due au talentueux trompettiste de jazz Wynton Marsalis.
Red Dwarf
Pur produit du nonsense britannique, Red Dwarf est une série de science-fiction comme on n’en a jamais vu de ce côté-ci de la Manche, ni de l’autre côté de l’Atlantique. Narrant les avanies des rescapés d’un vaisseau d’exploration, le Red Dwarf (littéralement : Nain Rouge), la série met en scène un humain, Dave, un être mi-homme mi chat, un hologramme et un droïde « homme de ménage » qui tentent de regagner la Terre. Tournée en studio mais dotée de maquillages et d’effets spéciaux que ne renierait pas le Jean-Christophe Averty d’Ubu Roi, cette sitcom sidérale sidérante — produite par BBC 2 — mérite le détour par Saturne.
r.e.l.a.t.i.v. i.t.y
avec Kimberly Williams, David Conrad
Isabel et Leo, jeunes Américains en vacances, se rencontrent par hasard, sur la Piazza Navona à Rome. Ils tombent follement amoureux l’un de l’autre. Seulement, Isabel est sur le point de se marier... Deux acteurs superbes et émouvants, un point de départ qui rappelle Elle et Lui de Leo McCarey, une situation similaire à celle de Dharma & Greg mais traitée de manière réaliste, des vies de famille aussi compliquées que celle des héros de La vie à cinq, le tout sous un titre à double sens (a relative, c’est un parent au sens large). Série sentimentale, attachante et délicate, due aux mêmes créateurs qu’Angela, 15 ans, elle n’a vécu, faute d’audimat, que 17 épisodes.
Les ailes du destin
avec Sam Waterston, Regina Taylor
Superbe série réaliste et historique, Les ailes du destin conte l’histoire d’une jeune femme noire dans le sud des Etats-Unis, au début des années 60, à l’aube des mouvements d’émancipation. Employée par le procureur du comté, elle devient la gouvernante de trois enfants blancs tout en élevant sa propre fille. Au fil d’une narration à la fois très crue et très subtile, montrant en parallèle la vie des Blancs et celle des Noirs, avec son regard intelligent et pédagogique - au meilleur sens du terme - ce pur chef-d’œuvre, admirablement interprété, dévoile une période mal connue de l’histoire récente des Etats-Unis. Diffusée pendant deux ans par la chaîne NBC, la série fut reprise, après son annulation, par la chaîne nationale éducative PBS. Celle-ci, chose exceptionnelle, fit tourner pour la conclure un téléfilm de deux heures, au cours duquel tous les personnages, vieillis de 20 ans, considéraient le chemin parcouru. Une œuvre magnifique.
Guerres Privées
avec Mariel Hemingway, Peter Onorati
Créée par William Finkelstein (co-producteur de La loi de Los Angeles, et de Murder One), cette série de prétoire met en scène deux avocats spécialisés dans les affaires de divorce et amenés à travailler ensemble à la suite de la défection d’un de leurs collègues. Mariant (c’est le cas de le dire) avec élégance les déchirements et le grotesque des unions qui se défont, les scénaristes font défiler devant nous une brochette de personnages tantôt très communs, tantôt extraordinaires. (Dennis Franz, l’inoubliable Sipowicz de NYPD Blue interprète un « clone » d’Elvis Presley dans le premier épisode !). En contrepoint de ces conflits quotidiens, Sidney (Mariel Hemingway) et Charlie (Peter Onorati, plus habitué au rôle de mauvais garçon qu’à celui d’avocat) marivaudent et se débattent dans leurs propres vies personnelles. Une série à la fois drôle et féroce, à l’image de son génial générique où, sur des images de films d’amateurs idylliques, des voix s’apostrophent. Aucune chaîne française n’a, à ma connaissance, diffusé l’intégralité des 38 épisodes.
La Famille Addams
avec Carolyn Jones et John Astin
Nés de la plume du dessinateur Charles (Chas) Addams, ces personnages hors du commun devinrent des êtres de chair et de celluloïd en 1964 et, bientôt, des archétypes. Habitants d’une demeure bizarre et macabre, dotés d’un maître d’hôtel de deux mètres de haut, laconique et mélomane, de deux enfants qui jouent à électrocuter ou à guillotiner leurs poupées, d’un oncle dérangé et d’une grand-mère qui ne l’est pas moins, et assistés par une « chose » toujours prête — on ne saurait mieux dire — à leur donner un coup de main, Gomez et Morticia Addams forment un couple uni, doué d’une extraordinaire empathie pour les autres, d’une tolérance à toute épreuve et d’un enthousiasme qui fait cruellement défaut aux familles d’aujourd’hui. Désarmants de gentillesse, ils font du monde « normal » (celui qui se détruit lentement à l’extérieur de leur havre d’humour et de poésie) un lieu infiniment sinistre, qu’on a très envie de quitter pour plonger dans le leur. Prolongés au cinéma par deux films très réussis, Morticia, Gomez et leur petite famille restent les hôtes éternels d’un imaginaire noir et blanc plus riche que bien des technicolors cinématographiques. Un grand classique du nonsense, aussi intemporel que les Marx Brothers.

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