Accueil Date de création : 01/10/07 Dernière mise à jour : 27/05/09 21:10 / 42 articles publiés
 

Le coin des classiques : The Twilight Zone (La Quatrième Dimension)  posté le lundi 18 février 2008 22:04

 

Pour échapper à l'ennemi, un aviateur de la guerre de 14 traverse un nuage... et se retrouve dans le ciel des années 50.

 

Cinq personnages - un clown, une ballerine, un écossais joueur de cornemuse, un vagabond et un général - se réveillent dans un puits à ciel ouvert aux parois complètement lisses.

Par un hublot, un passager aperçoit un monstre déchirant l'aile de l'avion qui le transporte - mais personne ne le croit.

Des extra-terrestres suprêmement intelligents viennent apporter sur la terre la paix et le bonheur - mais à quel prix ?

 

Ce minuscule échantillon de trames scénariques donne le ton sans cependant épuiser la richesse d'inspiration de La quatrième dimension. Le titre anglais, The Twilight Zone - la zone crépusculaire, celle qui, dans le ciel, sépare le jour de la nuit - est plus explicite. Dans chaque histoire qui nous est contée, une ou plusieurs personnes passent dans la zone crépusculaire, là où rien n'est fixé, tout est possible.

Des individus sans histoire, de petites gens, sans dons ni qualités particulières, sont mis dans des situations qui progressivement basculent dans l'étrange. Ce qui leur arrive est, en quelque sorte, inhérent à ce qu'ils sont. Leur aventure - parfois sans retour - a valeur de destin, même si ce destin est extraordinaire. Ils sont tous à la recherche de quelque chose, un rêve minuscule, une ambition cachée, ou au contraire totalement démunis. Leur séjour dans La Quatrième Dimension les changera à jamais.

 

La Quatrième Dimension n'est pas à proprement parler une série, mais une anthologie d'histoires courtes, de « nouvelles » télévisées, dont la construction repose sur deux grands principes : une situation étrange, parfois très peu éloignée de la réalité, et une chute surprenante, souvent chargée de connotations morales. Oeuvre d'un seul homme, le scénariste et producteur Rod Serling, elle a créé un genre à elle seule, et la seule production télévisée à quoi on puisse la comparer est Alfred Hitchcock présente, dans le domaine du suspense et de l'humour noir. Elle fut diffusée d'Octobre 1959 à février 1964, en 138 épisodes de 25 minutes et 18 de 50 minutes.

 

C'est la première et la plus célèbre anthologie de récits fantastiques de la télévision américaine. Elle est l'héritière des grands magazines de science-fiction et des émissions de radio des années 30 et 40. Sa popularité et son influence sur des écrivains et des cinéastes contemporains - de Stephen King à Steven Spielberg - est indiscutable. Elle permit d'ailleurs à trois excellents écrivains et d'excellents réalisateurs et acteurs de s'exprimer.

 

La force d'une anthologie, c'est la possibilité de changer de registre. La Quatrième Dimension, raconte des histoires fantastiques, bien sûr, mais flirte aussi avec l'humour noir, le conte pour enfant, la comédie, le récit de pure science-fiction. On y rêve, on y est brutal ou tendre, on y sombre dans la folie, on demande à partir, puis à retourner chez soi. En une demi-heure (le format 50 minutes de la quatrième saison était moins satisfaisant) et en noir et blanc, Rod Serling nous fait explorer des univers incroyables, et pourtant tout proches.

 

Le décor est presque constamment la vie de tous les jours, ce qui donne permet de capter aisément l'attention du spectateur.

 

Ainsi, une jeune femme qui attend son autocar rencontre une autre voyageuse, qui lui ressemble trait pour trait, porte le même manteau et la même valise cabossée.

Un banlieusard monte dans le train qu'il prend tous les jours et constate que celui-ci fait halte dans une ville qui n'existe pas.

Un employé de banque fou de lecture s'enferme dans la salle des coffres entre midi et deux pour y dévorer tranquillement son livre et, lorsqu'il en sort, la planète a été dévastée par une guerre atomique...

 

Si l'on devait comparer La Quatrième Dimension à un genre littéraire, ce serait la fable : « court récit allégorique, en vers ou en prose, contenant une moralité ».

 

Fable : Un petit homme à la vie morne se voit accorder trois souhaits. Il demande à devenir riche et trouve une valise remplie de billets. Mais le fisc débarque pour lui demander d'où ils viennent. Puis il demande à devenir l'homme le plus puissant du monde... et se retrouve dans la peau d'Hitler dans son bunker assiégé.

 

Fable : Dans son bureau, un cadre important d'une entreprise, marié, père de famille, riche et respecté, entend soudain une voix crier : « Coupez ! ». Il se retourne, il est dans un studio de cinéma. Son bureau est un décor. Sa secrétaire une actrice. Le monde qu'il connaît, le seul dont il se souvienne, a disparu, et tout le monde le prend pour un fou.

 

Fable : Un trio de cambrioleurs découvre parmi son butin un appareil-photo et se rend compte que celui-ci prend des clichés... d'événements futurs. Aussitôt, ils décident de photographier le poteau d'affichage des courses afin de parier sur les gagnants. Jusqu'au moment où l'un d'entre eux prend une photo qui les montre tous morts.

 

Fable : Un misanthrope invétéré fait le souhait que tout le monde lui ressemble. Un matin, lorsqu'il sort de chez lui, tout le monde - hommes, femmes, enfants - a son visage...

 

Fable : Un petit homme médiocre met la main sur une montre extraordinaire, dont il suffit de tourner le bouton pour arrêter le temps autour de lui. Il voit là la possibilité d'effectuer tous les larcins possibles. Mais, alors que le monde est figé autour de lui, la montre tombe et se casse...

 

Fable : L'irascible épouse (brune) d'un écrivain le découvre en tête à tête avec une splendide jeune femme (blonde). Son mari lui explique que celle-ci sort tout droit de son imagination...

 

Ces fables nous sont présentées par un conteur, un hôte, Rod Serling lui-même, et sa prestation occupe la place habituellement dévolue au « teaser » (séquence d'introduction) et à la conclusion des séries classiques. Debout sur un fond neutre, face à la caméra, une cigarette à la main, Serling nous introduit littéralement dans le film que nous allons regarder. En s'adressant à nous, il sert d'intermédiaire entre la réalité qui nous entoure et celle du monde où nous sommes invités. C'est lui aussi qui clot l'histoire, souvent en voix off, sans pour autant nous en livrer la clé ou le sens : la richesse « interactive » de La Quatrième Dimension réside dans la liberté laissée au spectateur de donner à la fable son interprétation propre.

 

Mais parmi tous les thèmes abordés, un en particulier mérite qu'on s'y attarde. Il justifie, à lui seul, le titre français : c'est le Temps. Beaucoup de ces contes sont des variations sur le temps et l'un d'entre eux, fort simple, illustre à merveille l'atmosphère d'étrangeté familière de la série. Jugez-en : au cours d'un long voyage en voiture, un homme seul fait un crochet pour passer dans son village natal. Lorsqu'il arrive, rien n'a changé, et pour cause : le village est identique à ses souvenirs, avec les mêmes magasins, les mêmes personnes, et les mêmes enfants. Et l'un de ces enfants, c'est lui. Il essaiera d'entrer en contact avec l'enfant qu'il était mais n'y parviendra pas et, lorsqu'il repartira, sera marqué de manière indélébile par cette intrusion dans La Quatrième Dimension.

 

Le sujet fondamental de presque tous les scénarios, on le voit, est une variation sur les sentiments humain, la fragilité de l'individu et l'angoisse proprement existentielle de l'écoulement du temps.

 

La force de cette anthologie, c'est d'avoir pu maintenir cet état d'esprit pratiquement d'un bout à l'autre, avec beaucoup d'ingéniosité, trois grands scénaristes - Serling lui-même, l'écrivain de SF Richard Matheson et l'auteur fantastique Charles Beaumont - d'excellents cinéastes et une ribambelle d'acteurs chevronnés ou débutants mais constamment formidables. De plus, le noir et blanc incontournable à l'époque confère à ces images une valeur intemporelle, évoquant les films noirs et fantastiques des années 40, ceux de Jacques Tourneur (qui tourna d'ailleurs un des épisodes les plus marquants, Night Call) et de James Whale.

 

Martin Winckler

 

(Extrait de Les Grandes Séries américaines, des origines à 1970, dirigé par Alain Carrazé et Christophe Petit, Huitième Art, 1994)

 

 

The Twilight Zone a fait l’objet de nombreuses éditions en VHS, laser disc puis DVD, car il s’agit d’un classique absolu de la télévision mondiale. La dernière en date, exceptionnelle, « The Definitive Edition » a fait l’objet d’une édition en cinq coffrets (un par saison) et en un coffret « intégrale », contenant de nombreux interviews de Serling et le livre de Marc Scott Zicree qui fait autorité sur la série. Vous pouvez en voir la description sur www.tvshowsondvd.com. Elle est vendue sur des sites comme Amazon.com à la moitié de son prix de vente initial. Vu la cote du dollar américain, c’est une affaire. Tout scénariste de télévision qui se respecte devrait la connaître…

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Tous les commentaires de l'article:
Le coin des classiques : The Twilight Zone (La Quatrième Dimension)

  • Lord-of-babylon mailto

    mar 19 fév 2008 21:00

    Je crois que si Zorro est un de mes premiers souvenirs de télé que je me remémore avec nostalgie (moi dans le fauteuil de mon père en train de regarder les aventures du cavalier qui surgit hors de la nuit) il est clair que La quatrième dimension est mon premier souvenir de peur. Peut-être l'oeuvre qui ma fait comprendre qu'il est bon de trembler. Merci pour ce texte Martin

  • Anna

    lun 18 fév 2008 23:18

    Elle a l'air très bien cette série, je vais voir s'ils l'ont à la médiathèque.
    (et, psst, il doit manquer un "tout le monde lui ressemble" derrière "un misanthrope souhaite que".