Comme Geoffroy (voir l’article précédent), je n’aime
pas beaucoup les « épisodes prise d’otages »
(EPO)… qui me procurent un désagréable sentiment de
claustrophobie.
Mais je ne crois pas qu’ils reflètent un manque
d’originalité des scénaristes, plutôt une contrainte qui
n’est pas visible de notre fauteuil, à savoir… les
restrictions budgétaires. Un EPO est ce qu’on appelle en
langage de séries un « bottle show ».
Un épisode « en bouteille » a en effet plusieurs
intérêts économiquement parlant
- pas de décor extérieur (ça se passe dans le décor de la série, le
plus souvent)
- une ou deux guest-stars au maximum
- une intrigue rapide à écrire
Tout cela permet de gagner du temps, et donc de l’argent, ce
qui est parfois nécessaire quand on a plusieurs épisodes en
production (ce qui est le plus souvent le cas dans les séries de
Networks, qui produisent 20 à 25 épisodes par an, ce qui est
considérable) et qu’on a besoin d’un épisode prêt
rapidement pour insérer entre le dernier déjà prêt et celui qui est
plus long à produire que prévu parce qu’il faut attendre que
les secondes équipes achèvent les effets spéciaux, par exemple, ou
les prises de vue sous-marines pour l’épisode des sweeps où
l’on voit Tom Cruise (non crédité au générique car il est
déguisé en nourrisson) parodier ses cascades de Mission :
Impossible dans une baignoire.
L'autre (beaucoup plus mauvaise) solution pour faire un "bottle show" à visée économique consiste à faire un épisode dans lequel on passe en revue des séquences d'épisodes précédents, avec une (mince) narration pour lier le tout. C'est souvent pire, et souvent aussi utilisé par les sitcoms (les meilleurs, à commencer par Friends, y ont eu recours).
Donc, quand vous voyez un EPO dans une série, dites-vous bien
que cet épisode-là (ça aurait pu être pire…) a
l’intérêt de vous faire patienter jusqu’à
l’excellent épisode tourné en extérieurs sur Mars ou Vénus
que vous verrez ensuite.
Je préciserai enfin qu’un EPO n’est pas nécessairement
inutile ou vain. Tout dépend où il se passe, s’il sert
l’action à long terme ou seulement à remplir un trou. Si la
prise d’otages a des conséquences sur les personnages par la
suite (je pense à la prise d'otages dont est victime le mari de
Alison DuBois dans Medium), on peut penser que c’est
une manière de les faire évoluer. Si elle n’en a pas, en
revanche, on peut admettre que c’était seulement utilitaire.
La prise d’otages est, en elle-même, un genre
cinématographique. Les westerns, les films policiers et les
films/séries médicales sont pleines d’histoires (vraies) de
prises d’otages, et les relations ambiguës entre otages et
geôliers sont à l’origine de ce qu’on appelle « Le
syndrome de Stockholm » et ont été illustrées par
l’histoire de Patty Hearst, la riche héritière enlevée (et
manipulée ?) par des gauchistes pendant les années 60. La
grande série des années 80 Hill Street Blues commence par une prise
d’otages dans une épicerie… La prise d’otages,
c’est ce qui met en question la loi, ce qui oppose la force
et la raison, etc. C’est une situation dramatiquement simple
à mettre en place, bien sûr, mais narrativement difficile à
trousser de manière crédible. Donc, ça n’est pas aussi
« facile » que ça en a l’air, scénariquement
parlant.
Même s’il est clair que la prise d’otages est, dans un
certain nombre de cas, un « gimmick » pour remplir un
épisode, ça n’est pas seulement ça. Des séries entières ont
été fondées sur le thème de la prise d’otages : la
courte et inachevée The Nine (NBC, 2006), histoire
d’une prise d’otages dans une banque et des
conséquences sur ses victimes, et la toute récente
Flashpoint (CBS, 2007 +), qui parle d’une brigade
d’intervention le plus souvent concernée par des forcenés
tenant des otages au bout de leur fusil.
Et n’oublions pas que Quentin Tarantino soi-même fut,
il y a une douzaine d’années, réquisitionné par une série
phare de la télévision américaine, Urgences (ER) pour
réaliser un EPO avec (rien que ça) Ewan McGregor. Et que le même
Tarantino (à croire qu’il aime les lieux clos, c’est
bizarre, hein, quand on voit sa filmo, on croirait pas comme
ça…) co-écrit et réalisé un épisode mémorable des
Experts (CSI) dans lequel Nick Stokes est pris en otage et
enterré vivant. Plus « bottle-show » que ça, je
meurs…
Du coup, je suis en train de me rappeler que je n’ai toujours
pas vu le récent House, MD dans lequel (si j’ai bien lu),
l’excellent Zeljko Ivanek prend en otage tout le staff du
Princeton Plainsboro et je me dis que je devrais consacrer un livre
entier aux prises d’otages dans les séries américaines, merci
Geoffroy !
Martin Winckler
-------------
Vous avez envie d'écrire sur les séries ? Lisez cet article :
http://martinwinckler.blog.toutlecine.com/6664/Ce-blog-devient-collaboratif-contributif-collectif/
et envoyez-nous vos textes.




Commentaires