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Les dessous des prises d’otage (dans les séries...)  posté le mardi 03 février 2009 19:14

Comme Geoffroy (voir l’article précédent), je n’aime pas beaucoup les « épisodes prise d’otages » (EPO)… qui me procurent un désagréable sentiment de claustrophobie.
Mais je ne crois pas qu’ils reflètent un manque d’originalité des scénaristes, plutôt une contrainte qui n’est pas visible de notre fauteuil, à savoir… les restrictions budgétaires. Un EPO est ce qu’on appelle en langage de séries un « bottle show ».

Un épisode « en bouteille » a en effet plusieurs intérêts économiquement parlant
- pas de décor extérieur (ça se passe dans le décor de la série, le plus souvent)
- une ou deux guest-stars au maximum
- une intrigue rapide à écrire
Tout cela permet de gagner du temps, et donc de l’argent, ce qui est parfois nécessaire quand on a plusieurs épisodes en production (ce qui est le plus souvent le cas dans les séries de Networks, qui produisent 20 à 25 épisodes par an, ce qui est considérable) et qu’on a besoin d’un épisode prêt rapidement pour insérer entre le dernier déjà prêt et celui qui est plus long à produire que prévu parce qu’il faut attendre que les secondes équipes achèvent les effets spéciaux, par exemple, ou les prises de vue sous-marines pour l’épisode des sweeps où l’on voit Tom Cruise (non crédité au générique car il est déguisé en nourrisson) parodier ses cascades de Mission : Impossible dans une baignoire.

L'autre (beaucoup plus mauvaise) solution pour faire un "bottle show" à visée économique consiste à faire un épisode dans lequel on passe en revue des séquences d'épisodes précédents, avec une (mince) narration pour lier le tout. C'est souvent pire, et souvent aussi utilisé par les sitcoms (les meilleurs, à commencer par Friends, y ont eu recours).

Donc, quand vous voyez un EPO dans une série, dites-vous bien que cet épisode-là (ça aurait pu être pire…) a l’intérêt de vous faire patienter jusqu’à l’excellent épisode tourné en extérieurs sur Mars ou Vénus que vous verrez ensuite.

Je préciserai enfin qu’un EPO n’est pas nécessairement inutile ou vain. Tout dépend où il se passe, s’il sert l’action à long terme ou seulement à remplir un trou. Si la prise d’otages a des conséquences sur les personnages par la suite (je pense à la prise d'otages dont est victime le mari de Alison DuBois dans Medium), on peut penser que c’est une manière de les faire évoluer. Si elle n’en a pas, en revanche, on peut admettre que c’était seulement utilitaire. La prise d’otages est, en elle-même, un genre cinématographique. Les westerns, les films policiers et les films/séries médicales sont pleines d’histoires (vraies) de prises d’otages, et les relations ambiguës entre otages et geôliers sont à l’origine de ce qu’on appelle « Le syndrome de Stockholm » et ont été illustrées par l’histoire de Patty Hearst, la riche héritière enlevée (et manipulée ?) par des gauchistes pendant les années 60. La grande série des années 80 Hill Street Blues commence par une prise d’otages dans une épicerie… La prise d’otages, c’est ce qui met en question la loi, ce qui oppose la force et la raison, etc. C’est une situation dramatiquement simple à mettre en place, bien sûr, mais narrativement difficile à trousser de manière crédible. Donc, ça n’est pas aussi « facile » que ça en a l’air, scénariquement parlant. 

Même s’il est clair que la prise d’otages est, dans un certain nombre de cas, un « gimmick » pour remplir un épisode, ça n’est pas seulement ça. Des séries entières ont été fondées sur le thème de la prise d’otages : la courte et inachevée The Nine (NBC, 2006), histoire d’une prise d’otages dans une banque et des conséquences sur ses victimes, et la toute récente Flashpoint (CBS, 2007 +), qui parle d’une brigade d’intervention le plus souvent concernée par des forcenés tenant des otages au bout de leur fusil. 

Et n’oublions pas que Quentin Tarantino soi-même fut,  il y a une douzaine d’années, réquisitionné par une série phare de la télévision américaine, Urgences (ER) pour réaliser un EPO avec (rien que ça) Ewan McGregor. Et que le même Tarantino (à croire qu’il aime les lieux clos, c’est bizarre, hein, quand on voit sa filmo, on croirait pas comme ça…) co-écrit et réalisé un épisode mémorable des Experts (CSI) dans lequel Nick Stokes est pris en otage et enterré vivant. Plus « bottle-show » que ça, je meurs…

Du coup, je suis en train de me rappeler que je n’ai toujours pas vu le récent House, MD dans lequel (si j’ai bien lu), l’excellent Zeljko Ivanek prend en otage tout le staff du Princeton Plainsboro et je me dis que je devrais consacrer un livre entier aux prises d’otages dans les séries américaines, merci Geoffroy !

Martin Winckler

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Séries en otages : halte aux détournements  posté le lundi 26 janvier 2009 11:06

Je voudrais profiter de ce blog pour lancer un appel aux scénaristes du monde entier. Cet appel, je ne suis pas dupe, a peu de chances d’être entendu. Au moins me permettra-t-il d’exprimer un agacement qui, peut-être, rencontrera le vôtre. Cet appel pourrait être résumé en ces mots : halte aux prises d’otages dans les séries!

C’est un cliché narratif assez pénible. Il semblerait que chaque série ou presque, à un moment de son existence, doit avoir son épisode avec prise d’otages. De Without a Trace (en fin de saison 1) à Dirt, de House M.D. à Desperate Housewives, de Alias à 24, quasi toutes y passent à un moment donné. La pourtant très bonne Avocats et Associés y a déjà eu recours à (au moins) deux reprises.

On voit bien la fonction de ces épisodes : mettre les personnages qu’on aime dans une situation de danger, créer une tension, fut-elle artificielle. Mais c’est à un véritable détournement de série qu’on assiste habituellement. A la place de l’enquête sur des personnes disparues ou de la chronique tragi-comique de femmes au foyer désespérées, on se retrouve soudain face à un thriller.

Ce ne serait pas si gênant si le recours à ce procédé n’apparaissait, à qui regarde trop de séries, affreusement systématique. Qui plus est, on se fait un peu escroquer. En particulier sur les séries qui reposent avant tout sur l’évolution de leurs personnages. Nous, si on regarde ces séries, c’est pour suivre cette évolution, pour savoir ce qui va arriver ensuite dans leurs vies. De ce point de vue, un épisode avec prise d’otages est souvent, sinon un épisode pour rien, au moins un épisode pour pas grand-chose. Malgré l’importance de l’enjeu (la survie des personnages), ça débouche rarement sur un développement significatif.

Les personnages ne sont pas les seuls à être pris en otage, c’est également le cas des spectateurs et de la série elle-même. Pendant un épisode, tout s’arrête, tout semble gelé. Comme en témoignent parfois les images venues des télés, à l’extérieur, qui généralement interrompent leurs programmes pour suivre l’avancement de cette situation de crise.

Au moins, dans une mini-série comme The Kill Point (sortie récemment en DVD chez France Télévisions), la prise d’otages est-elle l’objet même de la série. Pas de raison de se sentir floué : on sait qu’on va passer quelques heures dans une banque avec braqueurs, otages, négociateurs et tireurs d’élite. Elle remplit très honnêtement son contrat de petit thriller nerveux.

Pour le reste, je vous le demande gentiment, scénaristes qui nous donnez tellement la plupart du temps, cessez de voir la prise d’otages comme un bon gimmick narratif. C’est désormais un affreux lieu commun impuissant à masquer votre passager manque d’inspiration.

Geoffroy Klompkes
Chroniqueur séries et DVD sur Pure FM (http://www.purefm.be)

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Martin Winckler

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Où sont les hommes ? - par Virginie Tozzo  posté le lundi 12 janvier 2009 18:21

Les hommes proposent. Les femmes disposent. Les séries télé de ces dernières décennies témoignent d'une (r)évolution dans le rôle des femmes, cette même évolution que l'on constate dans la société.

Elles s'affirment : moralement, physiquement, professionnellement. Les femmes travaillent, dirigent des entreprises, sont avocates (Ally McBeal), juges (Judging Amy) ou journalistes/éditrices (Dirt), investigatrices de fraudes à l'assurances (Wild Card), chirurgiens (Grey's Anatomy), ou même les messagers de Dieu/prophètes (Joan of Arcadia).

Mais leur mérite vient du fait qu'elles peuvent faire cela tout en s'occupant de leur maison, mari et enfants. Elles sont partout, elles sont actives. Elles ont du caractère, elles décident pour elles-mêmes.

Et que font les hommes pendant ce temps ? Les hommes aussi ont évolué. Pas dans le même sens cependant. Du chef de famille, un brin macho, on passe à un homme plus sensible, moins affirmé, mais émotif, compréhensif, rassurant, encourageant...

Il devient homme au foyer (Desperate Housewives) ou bien totalement inexistant : combien de séries télé peut-on citer aujourd'hui dont les héroïnes sont des femmes mûres actives, accomplies, sûres d'elles, et surtout, célibataires ? (Je vous donne quelques exemples : Sex and the City, Wild Card, Ally McBeal, Weeds...)

Ne vous y trompez pas : les hommes sont toujours là. Ils sont seulement différents. Où sont passés les Bobby ou J.R. Ewing (Dallas) et autres Mister T (The A-Team) ou Sonny Crockett (Miami Vice) ? Où est donc passé Charles Ingalls (Little House on the Prairie) ?

Aujourd'hui, ce sont les femmes qui portent la culotte, notamment dans les sitcoms. Prenez l'exemple de Friends : Chandler est effrayé par les réactions de Monica, il attend son accord pour prendre une décision, il se réfugie derrière elle au moindre problème. Il en est de même dans The King of Queens : Doug a même avoué à Carrie dans un épisode qu'il lui arrivait de lui mentir de peur de ses réactions.

Enfin, je prendrais un troisième exemple avec That 70's Show : Eric est l'opposé de son macho de père, qui n'a de cesse de répéter qu'il a fait la guerre. Eric est sensible, peureux, et incapable d'affronter les évènements et les décisions qu'il doit prendre dans sa vie. Complètement l'opposé de son père, qui donne une image froide, insensible.

Mais peut-on vraiment définir un "homme" aujourd'hui ? Ce "nouvel homme", plus sensible et moins affirmé a toujours existé. Il dévoile simplement aujourd'hui une autre facette de sa personnalité. Quant aux femmes, elles ont une image plus mature, plus posée, alors que les hommes ont l'air d'être restés à un stade relativement enfantin.

Sans parler de ceux qui donnent l'illusion d'être la quintessence de l' "homme" : prenez le docteur Shepherd (Grey's Anatomy). Il est beau, il est intelligent, il est responsable du service de neurologie, il prend des décisions. Oui mais... Meredith ne régit-elle pas la vie du beau Dr. Shepherd depuis le premier épisode de la première saison ? Il est là, il l'écoute, il l'attend. Elle décide. Et ne parlons même pas de George O'Malley : indécis, un peu perdu... mais tellement attachant.

Autre exemple : Desperate Housewives. Carlos Solis, l'homme fort, grand, latino. Nous le découvrons fragile, sensible, désespéré d'être père, et terriblement amoureux de Gaby, au point de devenir très jaloux après leur divorce.

Lost : Jack/Sawyer : le combat des mâles. Sawyer s'avère être nettement plus sensible qu'il le laisse croire, notamment aux côtés de Kate. C'est un homme blessé, qui se cache derrière une image manipulatrice. Kate le mène par le bout du nez. Jack est différent. C'est un leader, qui prend les décisions pour les autres. Mais on a pu le découvrir plus sensible et perdant le contrôle, notamment vis-à-vis de son ex-femme. Jake a toujours un bras-droit féminin : Kate, Juliet.

Gilmore Girls : trois hommes, trois cas de figure : Nous avont tout d'abord Richard Gilmore, un homme cultivé, posé, et surtout complètement effacé derrière sa femme, Emily. Christopher, le père de Rory, n'a jamais pu assumer sa paternité, et s'est complètement effacé de la vie de sa fille pendant des années. Luke, en apparence le plus viril : on le découvre très sensible, apeuré à l'idée de s'engager. En contraste avec eux, les femmes sont sûres d'elles, savent ce qu'elles veulent, savent qui elles sont, et savent prendre les choses en main et assumer, que ce soit Emily, Rory ou Lorelaï.

Les femmes, autrefois cantonnées à des rôles d'épouses et de mères modèles, peuvent même passer de l'autre côté du droit chemin : prenez l'exemple de Weeds, ou de Desperate Housewives. Dans le premier cas, nous avons une mère de famille célibataire apparemment sans histoire qui devient une trafiquante de drogue pour subvenir aux besoins de sa famille. Dans le deuxième cas, nous avons une poignée de femmes prêtes à tout pour arriver à leurs fin, y compris à tuer. Elles peuvent devenir les "méchantes", rôles autrefois tenus par des hommes principalement.

Ne nous méprenons pas : les hommes ont de grandes qualités, qu'on ne leur reconnaissait pas il y a encore une vingtaine d'années : ils sont plus doux, compréhensifs, tolérants, attachants, rassurants. Ils sont plus humains. Ils font partie d'un nouveau genre, peut-être plus réaliste.

Où sont les hommes qu'on connaissait il y a 20 ans ? On peut aujourd'hui les trouver dans C.S.I. (bien que les personnages y soient moins développés...), dans House, ou encore Heroes... Ce sont les survivants... Allons-nous les regretter ? Le nouveau spécimen n'est peut-être pas si mal après tout...

Virginie Tozzo

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Note de MW : Faites comme Virginie Tozzo, envoyez nous vos articles pour ce blog... Il est ouvert à tous comme l'explique le texte publié en novembre dernier.


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Six feet under : des fantômes, des fantasmes et des hommes  posté le dimanche 04 janvier 2009 15:19

Fantôme (qui se dit d’un mort parmi les vivants) et fantasme ont la même étymologie. Celle-ci renvoie aux apparitions, aux hallucinations, en somme aux images. Décrite comme une grande série sur la mort et l’homosexualité, Six Feet Under transcende largement ces deux thèmes. Elle nous donne à voir ce que nous savons pourtant déjà : les êtres humains sont faits de fantômes et de fantasmes.

Fantasmes, fantômes, et images : c’est la combinaison secrète et magique de Six Feet Under.

Ainsi, au-delà du gimmick qui ouvre chaque épisode et vient opportunément nous rappeler la présence et la banalité de la mort, nous mettant ainsi « en condition »,  les auteurs incorporent littéralement la présence des fantômes dans la vie de leurs personnages. Leur père ou époux, dont la mort brutale ouvre le récit, fait des apparitions régulières dans les moments clefs de leur vie. Le traitement des apparitions du fantôme-père est particulièrement intéressant. Loin des contours éthérés et inquiétants que revêtent habituellement les fantômes  à l’écran, celui-ci a tout de l’homme ordinaire : il parle, il blague,  il fume, et il boit. Bref, il est aussi vivant que vous et moi, avec juste cette absence d’inhibition qui signale  qu’il est débarrassé de la contrainte d’être vivant.

C’est qu’il est filmé comme les autres personnages de l’histoire : point de halo lumineux l’entourant, point de musique céleste lorsqu’il apparaît. Ce procédé matérialise ce que vivent les endeuillés : les figures importantes et disparues de nos vies ont la force des vivants présents autour de nous, elles vivent dans notre esprit. Voulez vous leur échapper ? Elles se rappellent à vous car elles font partie de vous. Ce que la série montre également bien, c’est que le fantôme du mort n’est pas le mort. C’est l’homme vivant que chacun fait revivre, développant avec lui une relation fantasmagorique qui fait suite à la relation particulière qu’il entretenait de son vivant.  Finalement, les fantômes sont vivants et bien vivants, mais dans notre imagination.

Car les fantasmes sont omniprésents. Prenons le cas de David : toute sa personnalité, tout son parcours nous sont racontés à travers la représentation de ses fantasmes (homosexuel honteux, puis  assumant son choix, en couple, passant par tous les hauts et les bas de cette relation : conflits de la cohabitation quotidienne, expériences sexuelles, désir de paternité). Du jeune homosexuel assassiné dans la première saison, fantôme défiguré avec lequel il a un dialogue fantasmé, à ses multiples fantasmes sexuels (ah ! la scène de l’église, où il prêche devant une assemblée d’éphèbes nus – ou celle où, brusquement excité par le jeune animateur du club de danse, il lui roule illico une énorme pelle), jusqu’à ce personnage habillé d’une capuche rouge qui vient le hanter dans la dernière saison, tout ce qui le hante, l’excite, le guide ou le perd est représenté à l’image.

Le spectateur se fait régulièrement piéger par ces scènes. Aucune indication, à l’écran, ne vient nous prévenir que l’on entre dans le fantasme. C’est au spectateur de le comprendre et le quart de seconde (ou plus parfois) qu’il met à le réaliser, lui permet de se confronter à son propre imaginaire. Ainsi, les fantasmes non seulement s’imposent comme la réalité, mais la série parvient à dévoiler comment ils agissent sur elle, et sur chacun d’entre nous, pour la (nous) transformer.

Parfois, les auteurs choisissent au contraire de faire basculer le récit dans la féérie, et alors ils ne lésinent pas sur les moyens : les personnages se transfigurent pour chanter et danser leurs émotions, devenant ainsi « Bigger than life ». Car si les fantasmes transforment notre vie réelle, ils nous permettent également d’être, même un instant, autres que nous-mêmes.

Loin d’être morbide, Six Feet Under adresse aux vivants ce message : la mort est partout (et d’abord en nous), et, à cause de cela, nous sommes peuplés de fantômes et de fantasmes : mais c’est aussi ce qui nous fait vivre, évoluer, créer. Ce n’est pas le triomphe de la mort, c’est le triomphe de la fantaisie. Des fantômes et des fantasmes, nous faisons des images qui nous aident à vivre.  

Florence Sacchettini

 

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Evolution  posté le mercredi 15 octobre 2008 09:11

Mes habitudes de lecteur ont changé au fil des années.
Adolescent et jeune homme, je lisais des BD, des comics, des romans policiers, de la SF. Peu de romans français.


À trente ans, je lisais encore énormément de comic-books et des romans – le plus souvent anglo-saxons, mais je m’étais mis à à lire des romans en français… et à en écrire.

Je lisais beaucoup de revues de cinéma. Aujourd’hui je lis essentiellement des revues en ligne et des livres de vulgarisation scientifique – également anglo-saxons, toujours en anglais. Les romans français que je lis sont presque tous publiés par P.O.L. Je ne lis plus de revues de ciném/ 


Je ne lis plus de comic-books et seulement rarement des BD. Mais j’ai des piles de recueils de nouvelles policières en anglais sur ma table de nuit. Je les achète le plus souvent d’occasion, par correspondance, sur des sites britanniques ou américains. Je peux dire que la nouvelle policière est le genre que j’ai lu avec le plus de constance, probablement depuis que j’ai découvert Sherlock Holmes, vers 10 ou 12 ans.


Mes habitudes de spectateur ont changé au fil des années. Je regardais beaucoup la télévision il y a 10 ans. Je faisais partie des quelques centaines de milliers de personnes qui avaient le câble dans leur rue, j’ai découvert Friends et NYPD Blue sur Jimmy, j’avais quatre magnétoscopes, j’enregistrais à tour de bras, et j’étais chroniqueur à l’hebdo Télécâble.


Aujourd’hui, je n’allume pratiquement plus jamais un poste de télévision, si ce n’est pas pour regarder un DVD et je regarde essentiellement des séries (parfois, des films), souvent sur mon ordinateur portable. Je lis beaucoup la presse télé américaine en ligne (TVGuide, Zap2it.com, EW.com) et presque pas la presse télé française. Pas par mépris mais tout simplement parce que, comme beaucoup de contemporains, je ne l’ai que rarement sous les yeux : le kiosque de la gare que je fréquente n’a pas Génériques, par exemple, alors je ne pense pas à l’acheter, et les premiers numéros que j’ai feuilletés ne m’ont pas donné envie de m’y abonner.

Par ailleurs, avoir travaillé dans beaucoup de revues consacrées aux séries qui paraissaient avant que ça ne devienne à la mode (Génération Séries, Episode…) me rend assez critique à l’égard de celles qui paraissent aujourd’hui.

Ces habitudes de lecteur et de spectateur ont certainement changé avec le type de livres et de spectacles – tout a beaucoup changé depuis que j’avais 10 ou 12 ans et que j’allais voir un film chaque dimanche au cinéma de la place de la mairie à Pithiviers, et parfois à la Salle Paroissiale où ils repassaient en général les « Grands Films » en cinémascope comme Lawrence d’Arabie ou l’incontournable Docteur Jivago, que j’ai subi une dizaine de fois (c’était un des films préférés de ma mère) et qui m’a laissé un souvenir abominable.

Tout a beaucoup changé depuis que mes feuilletons préférés étaient Rocambole, Les Cinq dernières minutes et Mission : Impossible... en noir et blanc.

Aujourd’hui, le choix de films ou de séries ou de livres est monstrueusement plus important qu’il y a quarante ans. Comme on ne peut pas tout regarder, inévitablement, on fait des choix.

Mais je sais que mes habitudes ont changé aussi, bien sûr, parce que j’ai changé. Je ne lis plus de la même manière : je suis plus exigeant, moins crédule, parce que j’écris moi aussi et parce que je sais ce qu’on peut mettre ou omettre dans un texte, et comment on fait en sorte de jouer avec le lecteur.


Je ne regarde plus les films et les séries de la même manière parce que j’accorde plus d’importance à des aspects que j’ignorais ou qui me passaient par-dessus la tête quand j’avais 13 ans – ou même 33 : le contexte politique, les allusions à l’actualité ou à l’histoire, les références culturelles.

J’ai appris à faire la différence entre les séries que je regarde, toujours par plaisir, mais aussi par goût de la culture et de l’histoire de l’Amérique (Cold Case, Swingtown, Mad Men, 30 Rock, Law & Order), par intérêt pédagogique ou éthique (Grey’s Anatomy, House, M.D. et les séries médicales en général et, bien sûr, Law & Order), pour oublier mes soucis (Numb3rs, NCIS, Bones, les comédies en général), par admiration narrative et/ou esthétique (Damages, Law & Order, Cold Case, Mad Men, Pushing Daisies, The Office), par sensibilité (Brothers & Sisters, Army Wives, Swingtown encore), par goût pour les personnages ou leur situation (Chuck, Life, Life on Mars) ou… parce que je les regarde depuis le début et qu’elles ne m’ont, jusqu’ici, jamais déçu (CSI, Without a Trace, Cold Case, Law & Order -- et je vais me remettre à L&O : Criminal Intent, car l'infâme executive producer Warren Leight l'a quittée et ce sont deux vétérans de L&O, Walon Green et Michael Chernuchin qui prennent le relais, et puis Jeff Goldblum succède à Chris Noth, alors je ne vais pas rater ça).

Mais mes habitudes n’ont pas, en elles-mêmes, d'importance au-delà du cercle restreint que constituent mon entourage et les lecteurs de ce blog.


En revanche, les habitudes du public américain de télévision sont peut-être elles aussi en train de changer…

Je lis ce matin dans Zap2it.com que pour la quatrième semaine d’affilée, c’est ABC et non CBS qui est le network le plus regardé. Par curiosité, je suis allé scruter la grille des programmes, et quelque chose m’a frappé immédiatement : pour toutes les chaînes, le public visé est principalement féminin, mais sur ABC, le casting des émissions l'est aussi : aussi bien celui des séries - Desperate Housewives, Brothers & Sisters, Ugly Betty, Grey’s Anatomy,Private Practice, Samantha Who ? – que celui de  émissions de téléréalité : Extreme Makeover Home Edition, Dancing with the Stars, Wife Swap, Supernanny…

Alors que sur CBS, leader depuis 8 ou 9 ans, les séries sont majoritairement des crime dramas ou des comédies d’une demi-heure. ABC n’a qu’une seule comédie de 30 minutes (Samantha Who ?, depuis la mi-saison 2007) et un seul crime drama (Life on Mars, depuis le 9 octobre 2008 !). Toutes ses séries sont "semi-réalistes". Et la seule qui soit franchement décalée de la réalité (Pushing Daisies) - et nettement plus originale que les autres - a du mal à trouver son public.


Ce qui me donne à penser que nous nous trouvons peut-être à l’aube d’une nouvelle ère - ou, plus modestement, à un nouveau carrefour - car si cette prééminence de ABC se confirmait, elle influera sans aucun doute sur la nature des programmes qui « domineront » le petit écran dans les années à venir. Le succès appelle les copies de ce succès...

Martin Winckler

 

------- En illustration : Chuck (Anna Friel) et Ned (Lee Pace), les amoureux qui, sous peine de mort, ne peuvent jamais se toucher -- Pushing Daisies (ABC, depuis 2007).

 

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Mon DVD de la semaine 

Koba Films réédite en deux DVD Les Aventures de Lagardère, version très fidèle au cycle de romans de Paul Féval dont Le Bossu est le volume le plus connu. Jean Piat y est épatant en Lagardère, Sacha Pitoëff glaçant en Gonzague. Si Le Bossu de De Broca, avec Daniel Auteuil et Fabrice Luchini, est à mon humble avis la meilleure version cinéma, cette mini-série (deux fois 100 minutes) des années 60, réalisée par Jean-Pierre Decourt, est la meilleure à la télévision, bien au-dessus de la calamiteuse (et pudibonde) version Canal +/France 2 du début des années 2000... Tout y est épatant : les acteurs (il y a une série de gueules dans les seconds rôles...), les paysages et la narration. Et l'insolence des personnages reflète bien aussi la révolte montante contre les pouvoirs de l'époque. L'immense majorité des séries françaises contemporaines ne peuvent pas en dire autant.

Si vous ne l'avez jamais vu, je vous recommande vivement ce Lagardère qui ne vend ni armes ni journaux mais qui manie l'épée (pour le bien) et le verbe (avec esprit) comme aucun autre Lagardère ne l'a fait depuis.

MW

Le site de Koba Films : http://www.kobafilms.fr/index.php

 

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