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La série de la semaine : "Mad Men' (TPS, dimanche soir, depuis le 16 mars 2008)  posté le jeudi 20 mars 2008 17:53

C'est une des meilleures séries de la saison 2007, un OVNI dans la production actuelle. Créée par Matthew Weiner, l'un des scénaristes de The Sopranos, Mad Men est une oeuvre impressionnante, visuellement, scénariquement et d'un point de vue historique et symbolique.

Le tableau est tracé dès le générique, superbe et troublant : la silhouette stylisée d’un homme à attaché-case tombe du sommet d’un gratte-ciel en effleurant au passage des publicités pour les bas ou les cigarettes. Cette chute sans fin, à la fois symbolique et fantasmatique, semble illustrer l’histoire de l’homme qui se jette du haut de l’Empire State Building et qui, à chaque personne qui le voit passer devant sa fenêtre, lance ironiquement « So far, so good » (« Jusque là, ça va… »)

En 1960, à l'orée de la campagne présidentielle Nixon-Kennedy, dans une des innombrables agences de publicité installées sur Madison Avenue, à New York. Dans l’Amérique de l’après-guerre et du boom économique, un groupe de personnages tente de vivre leur vie sous la double contrainte des conventions sociales et des faux-semblants.

Si l'image est pétante de couleurs, on est ici dans un monde en noir et blanc, en positif-négatif, d’un monde double dans lequel la réalité des individus est verrouillée sous les conventions comme les seins des femmes sous leurs soutien-gorges rigides.

De l’aveu même de son créateur, Matthew Weiner, l’un des sujets centraux de Mad Men, c’est la guerre (froide) entre les sexes. Une exploration incisive, sans complaisance, aussi précise que chez Balzac ; aussi cinglante que chez Flaubert.

Donald Draper (Jon Hamm), brillant executive, joue sur deux tableaux : d’un côté une charmante épouse blonde, Betty (January Jones), des enfants et une belle maison dans les suburbs ; de l’autre une maîtresse bohème brune à Manhattan. Il n’est d’ailleurs pas le seul. Roger Sterling (John Slattery), l’un des senior partners de la firme vit une passion torride – à l’hôtel – avec l’une de ses assistantes de direction, Joan (Christina Hendricks). Quant au plus jeune cadre, Pete (Vincent Kartheiser), la veille de son mariage à une riche héritière il passe la nuit avec la secrétaire novice, Peggy (Elizabeth Moss).

Tandis que les hommes mènent une double vie, les femmes s’efforcent - parfois sans grand succès - d’exister par elles-mêmes. Betty Draper étouffe au point d’aller consulter un psychanalyste… qui rend des comptes à son mari. Joan profite de sa situation de femme entretenue et ne tient pas du tout à voir Roger divorcer. Quant à Peggy, elle prend la pilule et se montre aussi créative que les publicitaires de la firme en trouvant un slogan pour un nouveau rouge à lèvres.

Le sujet de la guerre des sexes à la veille de l’éclosion du féminisme pourrait à lui seul suffire à capter l’attention du spectateur, mais il est loin de résumer la richesse narrative de Mad Men. Car les treize épisodes de la première saison, diffusée l’été dernier par la chaîne AMC et depuis le 16 mars sur TPS Star, tissent une foule d’histoires qui nous parle de l’Amérique des années 60 : depuis l’invention de la publicité conceptuelle jusqu’à la campagne très médiatique de John Kennedy, en passant par la volonté du jeune état d’Israël d’attirer les riches touristes américains et par les efforts considérables des cigarettiers pour masquer les méfaits du tabac derrière le rideau de fumée de la cool attitude.

Au milieu de cet univers policé, Don Draper est un personnage énigmatique, dont on apprend très vite qu’il a changé d’identité. Plusieurs flash-backs saisissants de beauté nous font remonter le temps dans son histoire personnelle, quand il était enfant au fin fond de l’Amérique profonde pendant la crise de 1929, ou lorsqu’il servit comme GI dans le Pacifique. Ces retours en arrière soigneusement choisis démontrent que le vernis du monde « moderne » recouvre des pages d’histoire qui n’ont pas été véritablement tournées.

Plastiquement superbe, scénariquement passionnante, impeccablement filmée et interprétée c’est indubitablement, avec Damages (Canal +), LA série à suivre à la télévision française en ce moment.

Martin Winckler

 

Au sujet de Mad Men et d’American Dreams, autre série située dans les années 60, lire l’article de Marjolaine Boutet dans L’Année des séries 2008 (Hors Collection).


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Tous les commentaires de l'article:
La série de la semaine : "Mad Men' (TPS, dimanche soir, depuis le 16 mars 2008)

  • Alexis Z.

    dim 23 mar 2008 14:05

    Moi je le regrette encore plus qu'Emmanuelle que ça passe sur TPS Star car je ne suis pas abonné.

  • mailtoEmmanuelle

    dim 23 mar 2008 11:53

    Pour répondre à Lurdo : j'aime justement les personnages sombres, ma série de référence étant "Rescue me", inégalable pour moi dans la vérité humaine. Et pourtant, à la lecture du sujet, des pompiers après le 11 septembre, franchement, je m'en fichais pas mal. Erreur...ILs étaient plus priches que moi que les "Desperate Housewives"...

    Pardon pour ceux qui me lisent, je fais preuve de dyslexie quand mon texte est trop long et que j'écris trop vite. Je n'arrive pas à faire de copié-collé avec Word.

  • mailtoEmmanuelle

    ven 21 mar 2008 22:42

    Le générique est un bijou, oui, entièrement d'accord, Martin.
    Stylistique, énigmatique, symbolique : cetet chute sans fin nous fait tous penser à quelque chose de personnel, il me semble.
    Je n'ai vu pour l'instant que le début de la série et je regrette qu'elle passe sur la chaine TPS Star et pas sur une autre chiane qui aurait plus d'abonnés. Comme la série a , de plus, peu fait parler d'elle dans les journaux télés (merci aux journalistes "spécialisés" télé, vous faites quoi??? A part Sophie Bourdias dans Télérama, merci à elle).
    Ce qui m'intéresse dans cette série, c'est la vie des personnages, al vie telle qu'elle va, la vie qu'ons 'impose, avec ses contraintes sociales et ses mensonges (en en revient toujours au même : les mensonges, n'est-ce pas Dr house?). On n'est pas élevé, je veux dire que nos parents ne nous parlent pas de ce que sera notre vie d'adulte réellement (pas plus à l'école), que nous serons confrontés au mensonge quotidiennement : le mensonge de nos collègues, nos voisins, nos amis. Et le mensonge de la société, celle qui nous fait prendre des vessies pour des lanternes (et les cigarettes pour un décontractant sympa, sans risque).
    Quant à la vie de couple, vous parlez Martin de la vision de Balzac et de Flaubert, je parlerai en une phrase de celle de Maupassant : "Le mariage, c'est un échange de mauvaises humeurs le jour et de mauvaises odeurs la nuit".
    Maupassant aussi a décrit le tableau classique de l'homme menant une double vie : une femme bon chic-bon genre et une maîtresse un peu fofolle (dans le bon sens du treme, c'est à dire amusante, pétillante et pas forcément idiote). D'un côté : la respectabilité, les enfants, la famille tenir un rôle. De l'autre : les parties de jambes en l'air, être plus soi-même.
    Ce que j'aime beaucoup, c'ets le rendu de l'atamosphère de ces années, comme savnet si bien le faire aussi certains épisodes de Cold Case.
    Et qu'une série ose parler de l'économie d'ISraêl me fait plaisir : peu de gens savent qu'ISraêl a toujours eu besoin d'attirer de riches touristes pour faire renter des devise sdans le pays.
    Merci, Martin, de nous faire découvrir des séries aussi belles.
    Emmanuelle.

  • Lurdo

    ven 21 mar 2008 22:25

    En ce qui me concerne, j'ai une opinion très mitigée de Mad Men. Le principal problème que j'ai eu avec le show, en fait, et qui m'a forcé à m'y reprendre en plusieurs fois pour arriver à la fin de la saison, c'est le caractère quasiment toujours tourmenté et antipathique de tous les personnages.

    Ça s'estompe certes un peu au fil du temps, mais reste toujours le sentiment que le trait est forcé sur le côté sombre de tous les protagonistes, au détriment de la moindre qualité positive ou attachante.

    Un peu comme si, dans sa volonté de montrer le côté obscur de ces 60s trop souvent idéalisées, Weiner avait oublié que pour que l'obscurité existe et ait un sens, il faut aussi de la lumière.

    Or là, en l'occurence, j'ai eu énormément de mal à m'attacher au moindre de ces personnages, qui sont tous sombres, troublés, menteurs, manipulateurs, etc...

    (Si Jim Profit était aussi mémorable, c'est précisément parce qu'autour de lui, on pouvait trouver tous les degrés de l'âme humaine, et que lui s'érigeait en pire spécimen de l'humanité, moralement parlant. Dans Mad Men, ils semblent parfois tous tellement "pourris" qu'au bout d'un moment, j'ai eu un peu de mal à se préoccuper de leurs problèmes...)

    Je sais que mon opinion est très minoritaire et que le show a énormément de fans (voire encore plus, même, depuis que les critiques le plébiscitent), mais j'ai tout de même vu ici ou là que cette même noirceur inconditionnelle avait ennuyé aussi certains spectateurs américains... comme quoi...

  • jacobkrigstein

    ven 21 mar 2008 17:30

    c' est effectivement la seule nouvelle série vraiment excitante dans le maelstrom de série sois disant excitantes qu' on nous vend tout les ans depuis qu' aimer les bonnes séries américaines c' est devenu à la mode. J' ai lu deux articles dans la presse specialisés ça m' intriguait ; j' ai vu des extraits dans +clair : ça a l 'air génial