Accueil Date de création : 01/10/07 Dernière mise à jour : 09/11/08 12:47 / 34 articles publiés
 

Le Robot des Origines  posté le lundi 30 juin 2008 00:11

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Le Robot des Origines


Il y a quelques jours, avec mes garçons, j’ai regardé Planète Interdite (Forbidden Planet, Fred M. Wilcox, 1956). Belle copie restaurée, dans un chouette étui DVD collector, avec tout plein de bonus dont je reparlerai plus loin.

Un mot sur l’argument : l’équipage du vaisseau d’exploration militaire terrien C-57 D aborde la planète Altaïr 4 à la recherche des colons qui s’y sont installés vingt ans plus tôt. Il n’y découvre que deux survivants, un savant et sa fille, car tous les nouveaux arrivants ont été décimés par une force monstrueuse et invisible qui menace de les détruire à leur tour.

Forbidden Planet est un classique du cinéma de SF, mais pas seulement : il contient en germe un grand nombre d’éléments visuels et scénaristiques qui ont par la suite inspiré la SF au cinéma et à la télévision.

L’esthétique, d’abord : servis par un scope couleur superbe et très inspirés par les peintures des artistes illustrateurs des pulps de l’époque, les paysages de planète désertique, les décors de centrale d’énergie souterraine, les vêtements des personnages et bien sûr la forme du vaisseau terrien anticipent des œuvres aussi différentes que la série Star Trek (1966-1969), l’univers de Star Wars ou Mars Attacks !

 

La figure de Robby le Robot, principale vedette du film, portant le corps sans vie d’un astronaute sur l’affiche de Forbidden Planet est devenue si fameuse qu’elle fut souvent reprise. Robbie sera l’année suivante le héros d’un autre film de SF – cette fois-ci destiné aux enfants – intitulé The Invisible Boy (en VF Le Cerveau Invisible, allez savoir pourquoi !) et apparaîtra dans un épisode de la série The Thin Man (NBC, 1957-1959, 30’, 72 épisodes) plusieurs épisodes de The Twilight Zone et dans de nombreuses autres séries parmi lesquelles The Man from U.N.C.L.E (Agents très spéciaux),Columbo, Wonder Woman et bien sûr The Simpsons….

 

Il fera d’autres apparitions (parfois sous la forme d’une image ou d’une maquette dans Gremlins (1984) et même The Phantom Menace (1999). Un autre robot, assez ressemblant mais sans jambes, et conçu lui aussi par le directeur artistique Robert Kinoshita, sera l’une des vedettes de la série Lost in Space (1965-1967). Robbie lui-même n’est d’ailleurs pas issu du néant puisque son comportement (obéir aux ordres des humains, sauf pour faire du mal à un humain) est directement inspiré par les lois de la Robotique inventées par Isaac Asimov dans les nouvelles du recueil I, Robot (Les Robots). Il s’agit donc d’une figure extrêmement importante de la culture populaire américaine des années 50, au point qu’elle a été reprise dans une publicité télévisée pour AT&T (compagnie de téléphone) en 2006.

 

Le vaisseau spatial est intéressant à plusieurs titres : il a la forme d’une soucoupe volante, celle qu’on attribue rituellement aux vaisseaux extra-terrestres et qu’on retrouve en particulier dans Mars Attacks !. Il est singulier que dans ce film, ce sont les terriens qui se déplacent en soucoupe. Au tout début du film, le vaisseau utilise, pour voyager à grande vitesse, ce qu’on appelle le « saut dans l’hyperespace » ou, dans Star Trek, le warp drive (« vitesse de distortion »). Pour ce faire, l’équipage (y compris le cuistot, qu’on reconnaît à son tablier blanc !!!) se placent sur des plots et sont temporairement désintégrés pendant le voyage.

 

En 1966 et pendant les quarante années suivantes, les personnages des séries Star Trek auront recours au même type de dispositif en guise d’unité de télétransport. Un autre élément, dans le fonctionnement de Robbie cette fois-ci, préfigure Star Trek. Morbius, le savant survivant d’Altaïr 4, explique à ses hôtes que le robot est capable d’analyser toutes les substances qu’on introduit dans une sorte de fente de boîte à lettre située sur son abdomen et de les resynthétiser. Les réplicateurs des vaisseaux Enterprise et Voyager ou de la station Deep Space 9 ne procèdent pas autrement.

 

Il y a encore beaucoup de choses assez étonnantes dans Forbidden Planet, et il faudrait sans doute un article beaucoup plus long pour les détailler, mais je voudrais en citer deux. La première est que la trame s’inspire… de La Tempête, de William Shakespeare. Nouvelle preuve, s’il en est, que le cinéma américain a toujours su puiser dans les œuvres antérieures pour les renouveler de la manière la plus surprenante. La seconde, c’est que le monstre qui détruit toute vie sur la planète Altaïr 4 est directement issu des tréfonds de l’esprit humain (je vous laisse découvrir comment si vous avez la curiosité de voir le film).

 

Ce plot twist, qui n’est pas nouveau à l’époque (Fritz Lang et Hitchcock entre autres ont donné un rôle important à l’inconscient dans des films comme Le secret derrière la porte ou La Maison du Dr Edwardes, au cours de la décennie précédente) est toutefois très surprenant dans un film de Space Opera.

 

J’ai passé un très bon moment en (re)voyant Planète Interdite (je ne l’avais jamais vu en scope et dans les couleurs superbes de son premier passage à l’écran). Même si les acteurs y sont aussi statiques que dans la version années 60 des Rois Maudits, larichesse de ses inventions visuelles, la dimension poétique et tragique de son propos et les visibles influences sur des œuvres cinématographiques et télévisuelles ultérieures sont tout à fait rafraîchissantes.

 

Je vous recommande l’édition américaine Warner de 2006 (50th anniversary two-disc special edition), qui contient de nombreux bonus, en particulier The Invisible Boy et l’épisode de The Thin Man dans lequel Robbie apparaît.

 

Martin Winckler









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Tous les commentaires de l'article:
Le Robot des Origines

  • Alexis-z

    ven 04 jui 2008 00:04

    Et la musique ! Je me souviens qu'elle se voulait futuriste, avec des ondes martenot je crois... C'était ce qu'il y avait de plus original dans mon souvenir avec les décors de la cité souterraine...
    La Tempête, oui, un vieil homme érudit (voire tout puissant ?) et sa fille, et des inconnus qui abordent... Mais sinon ça dévie beaucoup. Remarquez, ça doit être rigolo de regarder Planète interdite et , tout de suite après, Prospero's books, la version de la Tempête faite par Peter Greenaway. Surtout qu'en fait , j'y pense , il y a un équivalent au personnage du robot, mais c'est un vilain démon réduit en esclavage par Prospero ! Intéressant comme évolution du personnage...