Accueil Date de création : 01/10/07 Dernière mise à jour : 27/05/09 21:10 / 42 articles publiés
 

Les séries que je regarde, que je garde et que j'attends  posté le vendredi 23 mai 2008 09:08

Vendredi 23 mai

 

Bon, en ce moment je n’ai pas vraiment le temps de les regarder toutes, mais voici la liste des séries que je regarde et que je garde (ou dont j’achète les DVD quand ils sortent)

 

Big Bang Theory (très très drôle et attachant)

Bones (épatante)

Brothers & Sisters (très drôle et très émouvante)

Cold Case (magnifique)

CSI/Les Experts (toujours renouvelée, c’est impressionnant)

Grey’s Anatomy

Heroes (décevante, mais quand même)

House (toujours grande)

How I met your Mother (Legen---- (wait for it…) DARY ! )

Life (épatante)

L&O (New York District, qui a pris un coup de jeune depuis cette saison grâce au retour de René Balcer en tant que producteur exécutif – c'est-à-dire rédacteur en chef…), et L&O SVU (New York Unité Spéciale)

Medium (méconnue, je trouve)

NCIS (me lave la tête)

Scrubs (moins bien cette année, mais je m’accroche)

The Office (je regarde la 3e saison en ce moment, et c’est toujours aussi bien)

Without a Trace (FBI portés disparus) qui est une série de plus en plus noire…

 

 

J’ai aussi regardé et bien aimé cette année (2007-2008) :

 

New Amsterdam (excellente, et malheureusement annulée)

The Women’s Murder Club (marrante, et annulée

 

Les séries que je regarde, mais que je ne garde pas :

 

30 Rock (très drôle pour qui connaît bien l’Amérique et sa télévision)

CSI : NY (moins bien que CSI mais infiniment meilleure que CSI : Miami)

Numbers (j’aime beaucoup)

Two and a Half Men (des vannes sexuelles souvent insensées d’audace et de drôlerie)

 

 

Les séries que je garde en sachant que je vais les regarder un de ces jours

 

Moonlight

The Tudors

Ugly Betty

 

Ainsi que In Treatment, une série sur un psy et ses patients qui est impressionnante (je n’en ai vu encore que la moitié mais j’ai hâte de voir la fin)

 

Les séries d’été dont j’attends le retour

 

Army Wives

Burn Notice

Damages

Dexter

Mad Men

Monk

The Closer

 

 

 

Je dois en oublier quelques-unes. Heureusement, l’été arrive…

 

Martin Winckler

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Maurice Frydland, téléaste  posté le dimanche 06 avril 2008 13:08

L'an dernier, à l'occasion des 20 ans des Rencontres INternationales de télévision de Reims, on m'a demandé de faire un portrait de son directeur, Maurice Frydland. Le voici.


Maurice Frydland, artiste engagé

 

Quelle est la différence entre un film de cinéma et un téléfilm ? Ceux qui n’ont pas vraiment réfléchi à la question répondront probablement : « le mode de diffusion » (grand écran en un réseau de salles ; petit écran, dans un bouquet de chaînes) ... tout en laissant entendre que la différence essentielle est ailleurs. Tourner un film serait admirable, tourner un téléfilm ne le serait pas. Cette distinction entre un médium « noble» (le cinéma) et un autre qui serait « vulgaire » (la télévision) n’existe pas en Angleterre ou aux Etats-Unis, où le monde du spectacle est depuis toujours voué au public. Quelle différence y aurait-il alors entre un cinéaste et un téléaste ? Le premier serait-il un artiste tandis que l’autre ne le serait pas ? L’itinéraire de l’un et de l’autre seraient-ils si différents ? Je me suis toujours demandé si cette « hiérarchie » établie entre le cinéaste et le téléaste n’était pas aussi arbitraire que celle qui distingue l’écrivain - mot qui en France désigne essentiellement le romancier - du writer, terme générique qui, dans le monde anglo-saxon, désigne un auteur, sans préjugé de la nature des textes qu’il rédige et de leur lieu de publication. Quand on se sent plus writer qu’écrivain, on ne voit pas son métier différemment selon que l’on écrive de la fiction ou des articles scientifiques, des analyses critiques ou des textes autobiographiques ; selon qu’on publie un livre à compte d’éditeur ou un feuilleton dans une revue.

 

Quand on a l’occasion de l’envisager dans son ensemble, on constate que la carrière de Maurice Frydland ressemble plus à celle d’un écrivain polygraphe et ouvert sur le monde comme l’étaient Boris Vian ou Georges Perec qu’à celle d’un romancier replié sur lui-même comme l’étaient Proust ou Flaubert.

 

Interrompant ses études de médecine pour faire du cinéma, Maurice Frydland devient au cours des années soixante l’assistant de Robert Dhéry, Joris Ivens et Michel Boisrond et co-écrit avec Gilles Perrault un court-métrage, Le Cœur Renversé (1971), qui sera sélectionné à Cannes. Sa carrière prend un tournant lorsqu’il rencontre Jean-Marie Drot, Marcel Bluwal et Claude Santelli. Fasciné par la culture de ces hommes qui, au début des années soixante-dix, tentaient encore d’en faire un grand médium à la fois éducatif et populaire, Maurice Frydland comprend que la télévision est un lieu d’invention et de création bien plus souple que le cinéma. Il s’attelle aussi bien à des grands reportages (pour Panorama, Point contrepoint), qu’à des magazines de société (Dim Dam Dom) ou culturels (Les Cent livres) et, bien entendu, à des fictions. Dès 1974, il réalise Le Mystère Frontenac, adpatation du roman de François Mauriac co-écrite avec Françoise Verny. La collaboration du réalisateur avec sa co-scénariste donnera naissance à plusieurs autres téléfilms au cours des années 70.

 

S’il n’est pas possible de passer en revue toutes les réalisations de Maurice Frydland, la rétrospective présentée aux 20e Rencontres Internationales de Télévision de Reims permet de retracer sa carrière en quatre mots : ouverture, engagement, fidélité, humour.

 

L’ouverture est évidente par la variété des formats et des propos. Les documentaires vont d’un portrait du plus shakespearien des cinéaste (Citizen Welles, 1974) à l’exploration, sur les traces de Paul Morand, d’une des villes les plus littéraires d’Europe (Venises, 1980) en passant par le documentaire géopolitique (Objectifs : Le Chili, un nouveau Cuba, 1970) et la balade littéraire dans les Cévennes (Sur les traces de Stevenson, 1979). Les fictions ne sont pas moins variées : récit sensible d’un monde en guerre vu par un enfant (Un été alsacien, 1991) ; fable ironique située dans la communauté juive parisienne du Sentier (Le miel amer, 1991) ; fiction politique âpre sur la guerre d’Algérie (L’arme au bleu, 1981) ; satire cinglante de la vie d’un cadre supérieur après son licenciement (Assédicquement vôtre, 1994) et, pour finir, oublier ce bijou de feuilleton dans la tradition de Rocambole et des Habits Noirs qu’est l’épatant Le Mystérieux Docteur Cornélius (1984).

 

L’engagement n’est pas moins évident quand on voit de quelle manière Maurice Frydland aborde ses sujets. Car l’histoire « avec sa grande hache », comme disait Georges Perec est aussi omniprésente dans ses fictions qu’elle l’est dans ses films documentaires. Dans L’arme au bleu et Un été alsacien, déjà cités, mais aussi dans le magnifique L’épingle noire (1982), fresque située au cours d’une période méconnue de l’histoire de France (les débuts de la IIe république) et dans les téléfilms noirs où apparaît Nestor Burma, le héros de Léo Malet. Ainsi, les fantômes de l’Occupation hantent Les Rats de Montsouris (1985), la toute première adaptation des « Nouveaux Mystères de Paris » dans laquelle Frydland avait eu l’idée lumineuse de confier l’imperméable de Burma au merveilleux Gérard Desarthe. Sept ans plus tard, de nouveau sous la direction de Frydland, Guy Marchand arborait la pipe à tête de taureau du détective pour poursuivre un ancien criminel de guerre dans Du Rébecca Rue des Rosiers (1992).

 

La fidélité de Frydland est discrète et pudique, mais clairement lisible dans ses films : c’est la fidélité à la mémoire culturelle juive, qui teinte Venises (où l’on apprend l’origine du mot ghetto), Le Miel Amer et ses personnages plus vrais que nature mais aussi l’émouvante évocation biographique Les enfants du Vel d’Hiv (1992). C’est aussi la fidélité aux acteurs - Gérard Desarthe, bien sûr, irrésistible Docteur Cornéliux mais aussi l’ambigu Pierre Arditi de L’Arme au bleu et de L’épingle noire, le malicieux Jean Bouise et le mésestimé Maurice Vaudaux.

 

Quant à son humour et à sa malice, ils font bien sûr le régal des spectateurs quand Frydland met en scène l’histoire de Seidel, qui attend le Messie sur le quai de la Gare de Lyon dans Le Miel Amer, ou lorsque, au détour d’une enquête de Burma, Claude Klotz, co-scénariste de ses téléfilms Le moustique (1980) et Jupiter (1981) tient le rôle d’un ami du détective, tandis que Frydland lui-même campe celui d’un anonyme fonctionnaire face Guy Marchand.

 

Armé d’un stylo et d’une caméra, aidé de comédiens qu’il aime et qui le lui rendent bien, Maurice Frydland nous raconte avec son intelligence et ses yeux des histoires qui lui tiennent au cœur et aux tripes. Ce qui fait de lui un spécimen rare d’artiste engagé : un téléaste de notre temps.

 

Martin Winckler

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Post Scriptum :  Alors que la BBC et les chaînes privées britanniques ne se privent pas d'éditer leurs téléfilms classiques, pourquoi est-il si difficile - pour ne pas dire presque impossible - de voir et de revoir (en rediffusion, ou en DVD) les téléfilms des auteurs les plus importants et les plus solides de la télévision française ?



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Le coin des classiques : "Twin Peaks"  posté le samedi 05 avril 2008 19:24

 

C’est un OVNI de la télévision, et un OVNI qui a la vie dure. D’autant que beaucoup de gens en parlent sans l’avoir vu - alors que n’est pas, pourtant, une série très longue (une trentaine d’épisodes). Mais c’est une œuvre qui trimbale derrière elle un certain nombre d’idées reçues, de mythes, de faux-semblants. Est-ce bien étonnant ? Twin Peaks s’y prête.

 

Tout commence très sagement par un générique champêtre, qui montre des bois, une scierie, une cascade, un rossignol dans un arbre, et le célèbre panneau d’entrée de la ville avec, comme il est rituel en Amérique du nord le chiffre de sa population : 51201 âmes... moins une.

 

Cette image d’Epinal d’un middle-west rugueux mais somme toute sympathique ne fait pas illusion longtemps. Dans la petite ville sans histoire, on découvre très vite au fil de l’eau un corps emballé dans du plastique : celui de Laura Palmer, reine de beauté blonde à croquer, assassinée de manière aussi sauvage que soudaine.

 

L’équilibre tranquille de Twin Peaks (la ville) se met alors à vaciller... ou du moins, à osciller sous un vent aussi étrange qu’inquiétant. Twin Peaks (la série) devient alors le développement minutieux de cette inquiétante étrangeté. L’homme qui vient y enquêter sur la mort de Laura Palmer, l’agent Dale Cooper, est au moins aussi bizarre que l’affaire et le lieu du crime.

 

Il croise une ribambelle de personnages qui sont, tout comme lui, à double sens (tout le monde parle par métaphores ou par sous-entendus) et les lieux à double fond - à l’image de l’Hôtel du Grand Nord, dont les cloisons cachent des passages qu’emprunte la délicieuse Audrey (Sherylinn Fenn) pour espionner les clients, et de la Red Room, où Cooper n’en finit pas de rêver qu’on lui souffle le nom de l’assassin.

 

Au milieu de personnages aussi attachants qu’irritants (du shérif Truman au Dr Jacoby, le psychiatre, en passant par la femme à la bûche, qui rend ses oracles en consultant un rondin de bois qu’elle trimbale comme un enfant), l’agent évolue au jugé mais sans préjugé, armé d’un humour bien personnel et d’une dépendance absolue au café et à la tarte aux myrtilles. Bref, il plonge - et nous, avec lui.

 

Engendrée, nul ne l’ignore, par David Lynch, Twin Peaks est aussi, cependant, la création d’un scénariste, Mark Frost. C’est cette double paternité qui donne probablement à la série son cachet indéfinissable. Car les circonvolutions de la narration - une suite de récits savamment entrecroisés - ne sont pas le fait du seul Lynch, mais d’abord de Frost, dont le projet était initialement de se servor de la mort de Laura comme du prétexte d’une histoire perpétuelle. Car le temps est comme suspendu à Twin Peaks : chaque épisode se passe en un jour, et l’épisode suivant le lendemain.

 

Aux commandes de cette histoire qu’ils prennent leur temps pour développer (au bout de deux années de diffusion dans le monde réel, il ne s’est passé que 29 jours à Twin Peaks...) Lynch et Frost jouent avec les codes convenus de la série policière : les pistes ne mènent nulle part, les enquêteurs sont inévitablement perdus - quand ils ne sont pas transformistes comme Dennis/Denise (génial David Duchovny, bien avant X-Files), ou sourds (Lynch lui-même dans un rôle comique). Ils se jouent aussi des conventions du soap-opera puisque la télévision locale de la ville a le sien, Invitation à l’amour, toujours à l’antenne quand les couples de Twin Peaks se déchirent. Ils se jouent enfin du désir de repères des spectateurs : la mort de Laura Palmer est à la fois tristement réelle ET absolument symbolique ; son assassin est humain ET surnaturel ; la vérité est connue ET insaisissable.

 

Un OVNI, vous dis-je. Il s’est posé un jour de 1990 dans la grande forêt d’antennes du Nord-Ouest - puis en 1991 et dans une VF catastrophique de contresens et de bêtise sur les écrans de La 5 - avant de disparaître en laissant sur le champ rétinien des spectateurs des crop-circles indélébiles, et dans leur mémoire des questions sans réponse.

 

À moins que les soucoupes-DVD...

 Martin Winckler

 

Twin Peaks est désormais visible en DVD (http://www.dvdseries.net/serie-655-Twin_Peaks.html), intégralement. En VO, avec des sous-titres... Allez donc vous perdre dans le Nord-Ouest.

 

 

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A voir absolument : Intégrale « Minuit le soir » (CinéCinéculte, 29 et 30 Mars)  posté le lundi 24 mars 2008 17:44

 

Montréal, 2005. Fanny, jeune femme propriétaire de plusieurs boîtes de nuit, achète Le Manhattan à son propriétaire vieillissant. Elle veut rajeunir le style de la boîte et son personnel et décide de licencier les trois doormen (portiers), qu’elle trouve trop vieux (les deux premiers ont plus de 40 ans, le troisième plus de 60) et aussi incultes et violents.  Mais Marc, Louis et Gaëtan ne savent pas vraiment faire autre chose que travailler comme doormen et ce licenciement les désespère. Pendant la première saison, il vont persuader Fanny de les reprendre… et devoir s’adapter à une nouvelle vie et à leur nouvelle patronne.

 

Minuit le soir est une série comme vous n’en avez jamais vu. Si vous imaginez que la vie de trois « videurs » est dénuée d’intérêt, vous avez tort. Car il s’agit là d’une série passionnante, en tous points. Une série urbaine qui parle de la vie nocturne dans les boîtes, de la solitude et de la fraternité de trois hommes – et d’un certain nombre de femmes, aussi – dans le Montréal d’aujourd’hui.

 

Tout est beau dans la série écrite par Pierre-Yves Bernard et Claude Legault (qui incarne Marc) et réalisée par Podz. Le scénario, d’abord, qui mêle avec une maestria incroyable des dialogues fabuleusement drôles (en particulier pendant la première saison), des émotions palpables et une narration à petites touches - il se passe peu de chose au cours d’un épisode, mais ce peu de chose est d’une densité incroyable - qui donne toujours envie de savoir la suite. Des personnages formidables de nuances, de mystère et d’humour, toujours surprenants, toujours nouveaux malgré leur tête de dur de dur (Marc), de bon gros (Louis) ou de vieux de la vieille (Gaëtan).

 

Marc (Claude Legault, à droite sur la photo), l’ancien militaire, ne passe jamais qu’une nuit avec les femmes qu’il séduit et s’en débarrasse au moment de s’endormir au moyen d’un truc à pleurer de rire… qui finit par se retourner contre lui. Sa solitude auto-infligée, Marc tente de la meubler en adoptant des chats et des chiens errants qu’il baptise d’une manière aussi drôle qu’arbitraire en choisissant leur nom au hasard dans le dictionnaire… et qu’il perd irrémédiablement, dans les circonstances les plus insensées. Lorsque Fanny reprend la direction de la boîte, il tombe amoureux d’elle sans bien sûr pouvoir le lui dire. Dès que la première saison commence on sait que leur relation, plus que compliquée, courra en filigrane pendant toute la série.

 

Louis (Louis Champagne, à gauche), grand mangeur et grand buveur au gabarit approprié, travaille le jour à la voirie municipale de Montréal. Il surveille les cônes orange sur les trottoirs. Il s’allonge dans les camions pleins de branches pour regarder le ciel. Il vit avec une femme mais ne peut faire l’amour que s’il se déguise – en pompier, en Batman – car sinon, il ne bande pas. C’est à la fois le plus naïf, le plus fragile des trois, et en quelque sorte l’enfant des deux autres.

 

Gaëtan (Julien Poulin, au milieu), est le plus âgé et le plus émouvant. Son âge rend sa situation encore plus précaire que celle de ses deux amis. On mettra un moment à découvrir qu’il évite systématiquement certaines situations… parce qu’il ne sait pas faire une chose toute simple, si {élémentaire} qu’on a tendance à oublier que tout le monde ne sait pas la faire. Il va tomber amoureux d’une call-girl, Brigitte, dont il cherchera à racheter la dette afin qu’elle quitte le métier.

 

Fanny (Julie Perreault), elle aussi, est un personnage profondément attachant, par son désir d’apparaître comme une « patronne » au plein sens du terme et par les sentiments d’attachement qu’elle éprouve, de manière croissante, pour les hommes avec qui elle travaille. Ses relations avec son père, immigrant italien naguère en cheville avec la mafia locale, et ses illusions perdues d’indépendance sont particulièrement touchantes.

 

Tous ces personnages, ainsi que les figures secondaires – mais d’une épaisseur incroyable -  que sont Brigitte la call-girl ou Yan, le beau gosse qui veut jouer les portiers mais n’en a pas la carrure, sont impeccablement interprétés par des comédiens d’une vérité et d’une intensité rares.

 

La mise en scène et la cinématographie de Minuit le soir sont exceptionnelles, elle aussi. Montée de manière incroyablement libre, usant du flou, du grain, du gros plan, de fondus, de faux-raccords et de mouvements de caméras provocants, alternant le noir et blanc et la couleur sans qu’on parvienne jamais à saisir les passages de l’un à l’autre, la narration visuelle est toujours surprenante, car elle mêle sans prévenir – mais de manière parfaitement intelligible – le présent, le passé lointain des personnages (une scène dans une voiture renvoie à une scène similaire dans laquelle Fanny ou Marc étaient enfants) et l’imaginaire. Minuit le soir, et ce n’est pas sa moindre qualité, est absolument  réaliste par ses personnages et les situations qu’ils traversent et complètement onirique par le traitement visuel de leurs épreuves. Des scènes hilarante (un « duel » symbolique, à des kilomètres de distance, entre deux hommes qui enfoncent chacun un clou à coup de marteau) précèdent des scènes tragiques (la mort par overdose d’un client dans les toilettes d’une des boîtes) et d’autres d’une grande noirceur (Marc se souvenant de la violence de ses parents lorsqu’il est frappé par la douceur des parents du jeune homme décédé).

 

C’est très frustrant de parler de Minuit le soir, pour tout plein de raisons. D’abord parce que je n’ai pas encore tout vu (j’en suis à l’épisode 7 de la saison 2, et d’après ce qu’en disent les Québécois, l’ensemble est parfait d’un bout à l’autre) ; ensuite parce que je voudrais tout raconter, mais que ça n’est pas possible : même si je savais le faire (et j’en doute) cela ne restituerait en rien la richesse de la série.

 

L’imaginaire né de la frustration et de l’incapacité à parler est d’ailleurs un des sujets centraux de Minuit le soir, comme en témoigne une scène saisissante de la fin de première saison que je vais tenter de vous décrire. Alors que toute l’équipe est rassemblée chez elle pour une petite fête, Fanny demande à Marc de tenir le saladier de punch pour qu’elle y rajoute du rhum. Alors que Fanny se met à verser le rhum, Marc lâche le saladier, et se met à tourner très, très lentement, autour de Fanny en passant ses mains à quelques millimètres du corps de la jeune femme, tandis que le rhum s’écoule, s’écoule, sans fin dans le saladier suspendu en l’air… Le spectateur revient à la réalité (et le saladier sort de sa lévitation) lorsque Fanny, troublée, sort d’un fantasme dont on ne sait pas, finalement, s’il est celui de Marc ou le sien.

 

Ce qui est également très frustrant, c’est de voir qu’on peut, autour d’une petite équipe (deux scénaristes, un seul réalisateur, une demi-douzaine de comédiens permanents, un nombre limité de décors et, bien sûr, un personnel technique probablement bien inférieur à celui d’une production de France 2 ou TF1), en trois saisons et une quarantaine d’épisodes de 25 minutes, un feuilleton d’une grande intensité, d’une grande tendresse, constamment intelligent et passionnant. Un feuilleton en langue française.

 

Parlons-en, justement, de la langue. Marc, Louis, Fanny, Gaëtan parlent le français de Montréal, avec un accent, des expressions et un vocabulaire qui n’ont rien d’exotique, mais qui dit exactement le monde où ils vivent. J’ai ouï dire que France 2 avait acheté la série et avait l’intention… de la doubler. Ce ne serait pas la première fois qu’on double une série québecoise pour la télévision française : la série policière {Fortier} a déjà subi cette infâmie. Si Minuit le soir faisait les frais de ce mauvais traitement ce serait plus que tragique et tout aussi insupportable que de doubler les films de Denys Arcand. Comment des doubleurs français pourraient-ils restituer la gouaille, l’humour, la verdeur et la complicité de comédiens qui manifestement ont travaillé leur texte au millimètre, comme des comédiens de théâtre, comme un trio de comiques de scène ? J’espère donc que ce n’est qu’un ouï-dire et non une réalité. (Sur les DVD, des sous-titres pour malentendants permettent de surmonter les quelques hésitations initiales liées à l’accent et au vocabulaire, mais au bout de deux épisodes, on ne les lit plus…Ils sont en vente à la boutique en ligne de Radio-Canada http://www.cbcshop.ca/)

 

Car si les dialogues de Minuit le soir sont drôles, ce n’est pas à cause du « drôle d’accent » ou des « drôles d’expression » de ses personnages, pas du tout, mais de l’humour qui naît de leurs affrontements, de leurs dialogues poétiques, de leur désespoir. Un doublage en « français de France » serait donc aussi criminel que le fut, en son temps celui de Friends. Pire qu’un crime : une faute. Un contresens absolu.

 

En attendant une prochaine diffusion sur l’hertzien (tard le soir, car malgré son immense pudeur la série est noire, crue, sexuellement explicite et pas du tout destinée au jeune public) , vous pourrez peut-être saisir l’intégrale de Minuit le soirdiffusée en marathon par CinéCinéculte les samedi 29 mars (de 11 heures à 20 heures, saison 1 et 2) et dimanche 30 mars (de 13 à 18 heures, saison 3), à l’occasion des 21e Rencontres Internationales de Télévision de Reims, où après bien d’autres cette magnifique série a été programmée en 2007.

 

Au sujet des RITV, manifestation exceptionnelle et malheureusement menacée, (du 27 au 30 mars), je vous renvoie à l’article publier sur mon site personnel (www.martinwinckler.com). Je reviendrai sur le palmarès 2008 des Rencontres (et décrirai ce que j'y ai vu) dans le prochain article de ce blog.

 

Mais c’est pas le tout, ça, les {chums}. Dans la dernière scène de Minuit le soir que j’ai vue, Marc collait un coup de pied au cul vengeur à l’un des employés de la voirie qui venaient d’humilier le malheureux Louis. J’ai envie de savoir la suite. Alors j’y retourne.

 

Martin Winckler

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La série de la semaine : "Mad Men' (TPS, dimanche soir, depuis le 16 mars 2008)  posté le jeudi 20 mars 2008 17:53

C'est une des meilleures séries de la saison 2007, un OVNI dans la production actuelle. Créée par Matthew Weiner, l'un des scénaristes de The Sopranos, Mad Men est une oeuvre impressionnante, visuellement, scénariquement et d'un point de vue historique et symbolique.

Le tableau est tracé dès le générique, superbe et troublant : la silhouette stylisée d’un homme à attaché-case tombe du sommet d’un gratte-ciel en effleurant au passage des publicités pour les bas ou les cigarettes. Cette chute sans fin, à la fois symbolique et fantasmatique, semble illustrer l’histoire de l’homme qui se jette du haut de l’Empire State Building et qui, à chaque personne qui le voit passer devant sa fenêtre, lance ironiquement « So far, so good » (« Jusque là, ça va… »)

En 1960, à l'orée de la campagne présidentielle Nixon-Kennedy, dans une des innombrables agences de publicité installées sur Madison Avenue, à New York. Dans l’Amérique de l’après-guerre et du boom économique, un groupe de personnages tente de vivre leur vie sous la double contrainte des conventions sociales et des faux-semblants.

Si l'image est pétante de couleurs, on est ici dans un monde en noir et blanc, en positif-négatif, d’un monde double dans lequel la réalité des individus est verrouillée sous les conventions comme les seins des femmes sous leurs soutien-gorges rigides.

De l’aveu même de son créateur, Matthew Weiner, l’un des sujets centraux de Mad Men, c’est la guerre (froide) entre les sexes. Une exploration incisive, sans complaisance, aussi précise que chez Balzac ; aussi cinglante que chez Flaubert.

Donald Draper (Jon Hamm), brillant executive, joue sur deux tableaux : d’un côté une charmante épouse blonde, Betty (January Jones), des enfants et une belle maison dans les suburbs ; de l’autre une maîtresse bohème brune à Manhattan. Il n’est d’ailleurs pas le seul. Roger Sterling (John Slattery), l’un des senior partners de la firme vit une passion torride – à l’hôtel – avec l’une de ses assistantes de direction, Joan (Christina Hendricks). Quant au plus jeune cadre, Pete (Vincent Kartheiser), la veille de son mariage à une riche héritière il passe la nuit avec la secrétaire novice, Peggy (Elizabeth Moss).

Tandis que les hommes mènent une double vie, les femmes s’efforcent - parfois sans grand succès - d’exister par elles-mêmes. Betty Draper étouffe au point d’aller consulter un psychanalyste… qui rend des comptes à son mari. Joan profite de sa situation de femme entretenue et ne tient pas du tout à voir Roger divorcer. Quant à Peggy, elle prend la pilule et se montre aussi créative que les publicitaires de la firme en trouvant un slogan pour un nouveau rouge à lèvres.

Le sujet de la guerre des sexes à la veille de l’éclosion du féminisme pourrait à lui seul suffire à capter l’attention du spectateur, mais il est loin de résumer la richesse narrative de Mad Men. Car les treize épisodes de la première saison, diffusée l’été dernier par la chaîne AMC et depuis le 16 mars sur TPS Star, tissent une foule d’histoires qui nous parle de l’Amérique des années 60 : depuis l’invention de la publicité conceptuelle jusqu’à la campagne très médiatique de John Kennedy, en passant par la volonté du jeune état d’Israël d’attirer les riches touristes américains et par les efforts considérables des cigarettiers pour masquer les méfaits du tabac derrière le rideau de fumée de la cool attitude.

Au milieu de cet univers policé, Don Draper est un personnage énigmatique, dont on apprend très vite qu’il a changé d’identité. Plusieurs flash-backs saisissants de beauté nous font remonter le temps dans son histoire personnelle, quand il était enfant au fin fond de l’Amérique profonde pendant la crise de 1929, ou lorsqu’il servit comme GI dans le Pacifique. Ces retours en arrière soigneusement choisis démontrent que le vernis du monde « moderne » recouvre des pages d’histoire qui n’ont pas été véritablement tournées.

Plastiquement superbe, scénariquement passionnante, impeccablement filmée et interprétée c’est indubitablement, avec Damages (Canal +), LA série à suivre à la télévision française en ce moment.

Martin Winckler

 

Au sujet de Mad Men et d’American Dreams, autre série située dans les années 60, lire l’article de Marjolaine Boutet dans L’Année des séries 2008 (Hors Collection).


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