In Treatment est la dernière création en date de HBO. C’est aussi une expérience de narration télévisuelle de forme très originale, qui n’aurait pas été possible sur une autre chaîne. Sa diffusion a commencé le 28 janvier. Elle est quotidienne (un épisode d’une demi-heure du lundi au vendredi), fréquence singulière mais qui renvoie au cadre de sa narration : elle décrit en effet le travail quotidien d’un psychothérapeute, Paul Weston (Gabriel Byrne) qui reçoit le lundi : Laura, une jeune femme aux relations amoureuses compliquées ; le mardi : Alex, aviateur militaire contraint à consulter après avoir bombardé une école à Bagdad ; le mercredi : Sophie, une adolescente qui s’est peut-être jetée volontairement sous les roues d’une voiture ; le jeudi : un couple, Jake et Amy, déchirés depuis que cette dernière est enceinte. Quant au vendredi…
Chacun de ces épisodes se déroule dans le cabinet de Paul, au rez-de-jardin de son domicile. Et chaque épisode de 30 minutes se déroule en « temps réel » pendant la séance entre le thérapeute et ses patients. (Et sans coupure de pub, comme c’est la norme sur HBO).
A priori, rien ne risque d’être plus ennuyeux que 30 minutes pendant lesquelles deux (ou trois) personnes se parlent dans un lieu clos. Ou plutôt, pendant lesquelles une personne se « déballe » (ou résiste à l’idée de le faire) ou « agresse » à sa façon, un psy qui finit – comme il le reconnaît lui-même - par l’agresser en retour, parce qu’il n’arrive plus à garder ses distances.
Au fil de la première semaine de diffusion, on sent Paul de plus en plus atteint, ébranlé par ses patients. Lorsque, poussé à bout par Jake, il adopte une attitude violente et contraire à l’éthique, et s’en rend compte, Paul décide d’appeler quelqu’un qu’il va voir, à son tour, le vendredi soir. Gina (Dianne Wiest) est son « contrôle », la psychothérapeute qu’il consultait, huit ans auparavant, pour qu’elle lui serve de guide face à ses patients. Au fil de la première conversation, on comprend qu’il a rompu ce lien – garde-fou en principe indispensable pour tout psychothérapeute - de manière assez brutale. On sent aussi que Paul et Gina ont dû être liés par autre chose qu’une simple relation professionnelle. En effet, Gina est très troublée car elle ne sait pas si Paul vient la consulter en tant que collègue (pour lui demander un avis thérapeutique), en tant qu’amie (pour lui parler des échos très puissants que les histoires de ses patients font résonner dans sa vie personnelle) ou en tant que contrôle - pour lui servir de garde-fou face aux transgressions qu’il pourrait commettre (en particulier face à Laura, qui se dit amoureuse de lui).
Malgré son caractère intimiste et son dispositif théâtral, In Treatment n’en est pas moins (à mes yeux) une série passionnante – ou tout au moins captivante ;-) - non seulement grâce à la solidité de l’interprétation et la pertinence de la réalisation, efficace et sans effets appuyés, mais aussi grâce à sa forme. Car la diffusion quotidienne n’est pas un simple « gimmick », destiné à fidéliser le spectateur à une heure fixe de la soirée. C’est également un élément tout à fait important de la narration, utile non seulement à la compréhension de l’histoire, mais aussi à celle de ses personnages.
La diffusion du lundi au vendredi constitue en quelque sorte un « croisement » des rythmes quotidien et hebdomadaire, car les patients et Gina ne sont vus qu’une fois par semaine, tandis que Paul, lui, est présent à l’écran tous les jours.
Pour qui sait ce qu’est le travail d’un soignant (l’écoute thérapeutique n’est pas différente selon qu’on est psychothérapeute, médecin généraliste ou conseillère conjugale) il apparaît que In Treatment n’est pas, contrairement à ce qu’on pourrait penser, une série « consacrée à la thérapie » mais plutôt à un thérapeute – et plus précisément à « la crise de la cinquantaine de ce thérapeute face à ses patients ». Il serait bien entendu possible de regarder seulement « les séances avec Laura » ou « les séances avec Amy et Jake » - et de suivre ainsi une tranche de thérapie consacrée à un patient donné. Mais en regardant la série chaque jour (ou, comme je viens de le faire, les épisodes d’une semaine en une seule après-midi) on sent comment les séances quotidiennes de Paul avec ses patients distillent les éléments qui vont nourrir sa rencontre hebdomadaire avec Gina.
Ainsi, au cours de l’épisode 105 – qui conte ses retrouvailles avec Gina - on voit Paul traversé par les mêmes sentiments (d’agressivité et de révolte, en particulier) que les patients qu’il s’est efforcé, avec un mal croissant, d’écouter pendant les quatre séances précédentes. C’est ce dispositif de « double narration », à la fois continue (pour Paul) et discontinue (pour les autres personnages) qui donne toute son épaisseur à In Treatment.
À ce stade de la diffusion, et sans préjuger de l’ensemble, que je n’ai pas encore vu, In Treatment, est à mon humble avis la première série télévisée qui donne à sentir, de manière palpable et sensible, intelligible et intelligente, la complexité et le poids que représentent, pour un soignant, l’écoute quotidienne et pas du tout « neutre » des autres.
Je ne manquerai pas de revenir sur cette première appréciation lorsque j’aurai vu la série dans son intégralité. D’après ce que j’ai lu, vingt-cinq épisodes sont prévus. Rendez-vous dans quelques semaines…
Martin Winckler
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Note à propos des séries sur les « psy »
In Treatment est une série réaliste : il ne s’agit pas d’une comédie comme State of Mind, diffusée l’été dernier sur Showtime (la chronique d’un groupe de psychiatres travaillant un cabinet commun) ou fantasmagorique comme Sessions (1991), une minisérie co-écrite par Billy Crystal et réalisée par Thomas Schlamme (le compère de Sorkin sur The West Wing) dans laquelle Elliot Gould (grand comédien révélé par MASH de Robert Altman et qui incarna, sur un mode mineur, le père de Ross et Monica dans Friends) psychanalysait un avocat interprété par Michael McKean (qui fut Gibby Fiske, le patron obsédé sexuel de Martin Tupper dans Dream On).
Une série dramatique britannique formidable, intitulées Psychos (GB, Channel 4, 1999, 6 épisodes), a été présentée aux Rencontres Internationales de Télévision de Reims. Elle n’a jamais été diffusée en France bien qu’elle ait été écrite par David Wolstencroft, auteur par ailleurs de MI5 (Spooks) et interprétée par Douglas Henshall, interprète aux côtés d’un tout jeune Ewan McGregor de la remarquable Lipstick on your Collar de Dennis Potter (GB, 1993) et aujourd’hui interprète principal de la série Primeval (GB, 2007).
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Notes à propos du « rythme » et de la forme des séries
À côté de séries construites comme des chroniques hebdomadaires, la télévision expérimente périodiquement avec les rythmes. La plus évidente est celle de 24 heures chrono, dont chaque saison relate les événements d’une seule journée et non une période de 9 à 10 mois comme la plupart des séries hebdomadaire qui épousent le rythme de l’année en cours, avec des épisodes de Thanksgiving, Noël ou de Saint-Valentin…
Twin Peaks de David Lynch et Mark Frost, était elle aussi construite de manière originale puisque chaque épisode était censé se dérouler sur une journée. Ce découpage entraînait un décalage croissant entre le « temps de Twin Peaks » et les repères temporels des spectateurs et il n’est pas exclu que ce décalage – voulu par les narrateurs, - ait été en partie responsable du désintérêt du public.
Les expériences formelles de narration télévisuelle sur les nouveaux médias ne sont pas rares : entre la 2e et la 3e saison de The Office (version américaine) une dizaine de webisodes courts ont conté, sur le site de NBC, des événements censés se dérouler pendant l’été entre les deux saisons.
Récemment, Marshall Herskowitz et Edward Zwick, co-producteurs de séries comme thirtysomething (Nos meilleures années), My So-Called Life (Angela, 15 ans) et Once & Again (Seconde Chance) et de films tels que Shakespeare in Love et The Siege (Couvre-Feu), ont produit une série intitulée Quaterlife, diffusée sur son propre site web et sur myspace, et dont les personnages sont ceux qui entourent une bloggeuse de 25 ans vivant à Los Angeles parmi un groupe de jeunes gens cherchant leur voie au milieu des nouvelles technologies. En raison de la grève des scénaristes, les trente épisodes de 9 minutes (écrits et produits bien avant la grève) ont été achetés par un network en mal de fictions neuves et seront regroupés en six épisodes d’une heure diffusés au printemps.
Au sujet du temps dans les séries, je vous recommande l’excellent article consacré à ce sujet par Antonio Fabbri dans « 2008 L’Année des Séries» (Hors Collection)




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