Accueil Date de création : 01/10/07 Dernière mise à jour : 27/05/09 21:10 / 42 articles publiés
 

Les Seventies d’hier et d’aujourd’hui : "Search", "The Name of the Game" et "Swingtown".  posté le mardi 16 septembre 2008 22:44

[>

Sur un site de torrents consacrés aux séries anciennes, j’ai trouvé ces jours-ci les torrents du pilote et du premier épisode d’une série des années 70, que j’ai vue « en direct » pendant l’année que j’ai passée aux Etats-Unis.

Search

Le pilote de 90 minutes, diffusé en février 1972, était intitulé Probe ; la série proprement dite, diffusée de septembre 72 à mai 73 était (re)baptisée Search. Même si elle n’a duré qu’une saison, j’en avais gardé un souvenir très précis et j’ai pu constater, 35 ans plus tard, que c’était une série très intéressante, à bien des égards. Elle contait les enquêtes internationales d’une officine semi-officielle chargée de rechercher des criminels, de récupérer des biens ou de libérer des otages et dont les agents étaient équipés d’une technologie très avancée pour l’époque et qui aujourd’hui ne paraît plus si incroyable : ils pouvaient recevoir et émettre des messages grâce à des implants neuronaux, possédaient des caméras scanners qui enregistraient tout ce qui se passait autour d'eux et ils étaient « monitorés » en permanence par une équipe équipée d’une flopée d’odinateurs et d’écrans vidéo. Le tout par satellite, bien entendu.

 

Une autre particularité de la série était que ses trois agents, Lockwood  (Hugh O’Brian), Bianco (Tony Franciosa) et Grover (Doug McClure) apparaissaient en alternance, une semaine sur trois, et les personnalités respectives des interprètes et des personnages donnaient à chaque épisode une tonalité particulière.

 

En découvrant le téléfilm-pilote (que je n’avais pas vu à l’époque) ce qui m’a le plus frappé, en dehors évidemment du caractère extraordinairement précis et prophétique des gadgets, c’est le ton léger et l’humour, typiques des séries des années 70. Le personnage interprété par Hugh O’Brian se nomme Hugh Lockwood et cette insistance sur le prénom, sa coupe de cheveux, ses vêtements et sa personnalité de don juan, amplement commentée par la jolie blonde qui suit ses déplacements à la trace, font irrésistiblement penser à un autre Hugh – Hefner, créateur de Playboy, dont les années 70 étaient la grande époque.

 

Un signe plus anecdotique mais très significatif m’a montré s’il en était besoin que je devais vraiment beaucoup aimer Search, lorsque je l’ai vue : j’avais mémorisé le thème musical très "seventies" composé par Dominic Frontiere pour le générique, et il m’est revenu intégralement dès les premières mesures.

 

Il est toujours très gratifiant de retrouver son plaisir passé en relisant un livre ou en revoyant un film qui nous a marqué. Mon plaisir en revoyant Search est de ceux-là, avec la satisfaction d’avoir su percevoir à l’époque, malgré mon « innocence » en matière de séries, toutes les qualités de celle-ci.

 

The Name of the Game

 

L’alternance de personnages dans une même série ou une même case horaire (1) n’est pas une nouveauté de Search puisque, de 1968 à 1971, NBC produisit une série constituée d’épisodes de 90 minutes et intitulée The Name of the Game.

 

Diffusée partiellement en France sous le titre de Les règles du jeu, cette bonne série des années 70 faisait elle aussi alterner ses trois vedettes : Robert Stack (l’Elliot Ness des Incorruptibles) ; Gene Barry (auparavant vedette de Burke’s Law et médecin assassin face à Peter Falk dans le pilote de Columbo) et… Tony Franciosa. Les trois héros bossaient tous dans la presse : Barry était le propriétaire d’un journal, Stack son rédac-chef et Franciosa son journaliste d’investigation. Ajoutons, pour vous faire saliver, qu’un tout jeune Steven Spielberg réalisa en 1971 un épisode de The Name of the Game complètement atypique, L. A. 2017, dans lequel le personnage interprété par Barry est, selon l’excellente fiche de Wikipédia consacrée à la série, « poursuivit dans une Los Angeles future frappée par une pollution mortelle, où un gouvernement fasciste dirigé par des psychiatres a contraint la population à vivre dans le sous-sol pour échapper à la pollution »…

Ca, c'est un épisode que j'aimerais bien voir. Il faudrait d'ailleurs qu'un jour quelqu'un ait la bonne idée de composer un coffret DVD avec tous les épisodes de séries tournés par Spielberg. Histoire de montrer que la télévision, aux USA comme en Grande-Bretagne (je pense à Mike Leigh, par exemple) peut être le lieu d'épanouissement des cinéastes débutants.  Quand on prend la peine de leur faire confiance.

 

Malgré leurs naïvetés, Search et The Name of the Game font partie de ces bonnes séries des Seventies que la télévision française a le plus souvent ignorées ou méconnues quand elle ne les a pas purement et simplement interdites d’antenne (Search est inédite en français, il me semble), et elles m’incitent à vous parler d’une autre série située à la même époque (en 1976, exactement) mais qui vient d’être diffusée par CBS.

 

Swingtown

 

Le sujet de Swingtown est osé, surtout pour la respectable chaîne « familiale » actuellement numéro 1 aux USA : c’est l’histoire de trois couples vivant à Chicago dont la vie, les relations conjugales et les pratiques sexuelles évoluent au contact les uns des autres. Susan et Bruce Miller changent de quartier le jour où Bruce, qui est trader, monte en grade. Ils emménagent en face de la maison de Trina et Tom, un couple « libéré » qui n’hésite pas à organiser des parties échangistes dans son sous-sol. Ce simple déplacement de quelques rues, du quartier où la middle-class fait ses pique-niques entre voisins à un quartier plus huppé, dont les résidents fréquentent le club Playboy de Downtown Chicago, organisent des rallyes dont les énigmes ont des connotations sexuelles et des soirées de soutien à l’acteur principal de Deep Throat poursuivi par la justice – est lourd de conséquences pour les deux couples, et pour un troisième, celui que forment Roger et Janet, les anciens voisins et meilleurs amis de Susan et Bruce. Trois couples, trois manière d’envisager la vie familiale et sexuelle : Trina et Tom ont (apparemment) choisi de vivre sans enfants ;  Roger et Janet entretiennent des relations datant des années 50 ; Bruce et Susan (surtout Susan) sont prêts à envisager leur épanouissement personnel hors du cadre rigide dans lequel ils sont entrés à l’adolescence (ils se connaissent depuis le lycée).

 

Située à dessein l’année du bicentenaire des Etats-Unis Swingtown parle non seulement de la libération sexuelle mais aussi du changement de paradigme auquel sont confrontés ces couples de quadragénaires mais aussi leurs enfants, qui en même temps qu’ils découvrent l’attachement et la sexualité, constatent que leurs parents ne sont pas plus (et parfois moins) dégourdis qu’eux sur le sujet.

 

En dehors même de la finesse de la reconstitution d’époque – les décors, les vêtements, les couleurs, et même les transitions entre scènes, qui reprennent avec humour le montage des séries des 70’s – Swingtown est une série à la fois passionnante et émouvante. Passionnante parce qu’elle décrit l’époque charnière où des femmes américaines qui ne sont pas spécialement militantes commencent à se penser autrement que comme « l’épouse de quelqu’un » ; émouvante parce que les sentiments décrits sont justes et finement dessinés, dans toute leur précision, leur tendresse et leur cruauté. Moins remarquée que Mad Men (dont j’ai déjà parlé sur ce blog), elle est cependant de la même trempe et de la même qualité.

Pour avoir eu dix-huit ans aux Etats-Unis à la même époque, je suis admiratif de la description qui est faite des enfants de Susan et Bruce : les interrogations de BJ, leur garçon de 14 ou 15 ans, et la libération de leur fille Laurie, qui en a 18.

 

Créée par Mike Kelley, scénariste originaire de Chicago, et par le réalisateur Alan Poul, l’un des principaux artisans de Six Feet Under, cette belle série a remporté un grand succès critique, un moins grand succès d’audience sur CBS, où elle a été diffusée cet été, et son renouvellement éventuel pour une nouvelle saison, l’été prochain, est encore hypothétique à l’heure où j’écris ceci (16 septembre 2008). Mais l’édition DVD de sa première (et peut-être unique) saison de 13 épisodes, qui se conclut de manière très satisfaisante pour le spectateur, est d’ores et déjà annoncée sur www.tvshowsondvd.com. Je ne saurais donc trop en recommander l’acquisition à tous les amateurs de grandes séries réalistes et aux spectateurs qui, comme moi, s’intéressent de près à l’histoire culturelle des Etats-Unis. 

 

Martin Winckler

 (1) À la même époque, toujours sur NBC, les téléfilms des séries Columbo, McCloud - avec Dennis Weaver, 1970-1977, inspiré par le Un shérif à New York de Don Siegel avec Clint Eastwood - et McMillan & Wife - avec un Rock Hudson moustachu dans son premier emploi régulier à la télévision, si je ne m’abuse - alternaient chaque semaine dans la case du NBC Mystery Movie.

Partager

Déposez un commentaire !

(facultatif)

(facultatif)

error

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.107.191.112) pour vous identifier.     

Aucun commentaire pour l'article:
Les Seventies d’hier et d’aujourd’hui : "Search", "The Name of the Game" et "Swingtown".