Lisez "Ma série de la semaine" en fin d'article. Aujourd'hui : Mission : Impossible.
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Pendant l’été 2007, TF1 programme la première saison de Heroes, série américaine diffusée pendant les mois précédents sur NBC et qui a alors remporté un succès public aussi impressionnant qu’imprévu. La programmation est similaire à celle de Lost les étés précédents – ou, du moins, l’été de sa première diffusion sur TF1 - 2 ou 3 épisodes d’affilée, en première partie de soirée, un soir par semaine.
En France, malgré la programmation sur la première chaîne privée, le succès public n’est pas, manifestement, au rendez-vous dans les proportions que TF1 espérait. Dans certains médias on parle d’échec d’audience ou du moins de « déception ». Les sites internet évoquent le téléchargement effréné dont la série a fait l’objet pendant sa diffusion américaine pour expliquer la désaffection du public sur TF1. Je ne sais pas exactement comment TF1 a analysé cet « échec » (relatif) ; je vais simplement donner ici un avis de spectateur. Un avis subjectif, intuitif et peut-être tout à fait différent des analyses que la chaîne n’aura pas manqué de faire au moyen de ses instituts de sondage. Mais qu’importe. Je ne cherche pas ici à imposer mon opinion sur ce sujet très peu important mais à expliquer comment je me la suis forgée… et à parler de séries.
Une série pas du tout ordinaire
Heroes n’est pas une série ordinaire. C’est une surprise, un OVNI dans le paysage télévisé américain. Relativisons d’abord son succès là-bas : elle ne fait pas mieux ni même aussi bien que Desperate Housewives ou Lost ou Les Experts ou 24 heures Chrono, mais elle est un succès inattendu pour NBC, qui est celui des grands networks qui marche le moins bien, depuis plusieurs années. Et surtout, le public qu’elle touche (plutôt jeune et argenté) intéresse beaucoup les annonceurs, ce qui, en matière de programmation, est le principal critère pour une chaîne.
En apparence, elle a des caractéristiques similaires à Lost : un groupe d’individus qui ne se connaissent pas sont mis séparément et collectivement, à leur corps défendant, dans une situation qui les amène à s’allier ou à se combattre pour survivre.
La forme est, comme celle de
Lost, celle d’un feuilleton à suivre, qui
suscite chez le spectateur l’attente impatiente du prochain
épisode au moyen d’événements
mystérieux et de mises en suspens.A première vue, les
deux séries semblent donc très
proches.
Mais (car il y a des
mais...)
1° contrairement aux protagonistes de Lost qui ont certes parfois un passé très lourd, mais, à ma connaissance, pas de super-pouvoir, les personnages principaux de Heroes sont presque tous porteurs d’un don hors du commun : Nathan peut voler, Matt est télépathe, Claire est indestructible, Isaac peut peindre le futur, Jessica est l’hôtesse d’un double meurtrier, Linderman répare les êtres vivants qu’il touche, Hiro peut voyager dans l’espace et le temps, Peter peut absorber les pouvoirs spéciaux de tous ceux qu’il approche, etc. Les séries de SF ou fantastiques sont habituellement destinées à un public jeune (Buffy contre les Vampires, Smallville, Charmed). Or, Heroes vise certainement ce public-là mais les thèmes abordés, plutôt sombres, et les relations entre les personnages s’adressent aussi à un public plus âgés.
2° ce n’est pas une catastrophe passée qui les amène à s’unir ou à se combattre, mais une catastrophe à venir, qu’ils visent à éviter, à fuir, voire à utiliser à leur profit.
3° Dans Lost, les personnages se retrouvent dans étrange à la suite d’un accident d’avion. Leur quête est incertaine, pour eux comme pour les spectateurs : ils doivent comprendre le lieu où ils se trouvent (et décrypter les règles qui le régissent) et le quitter pour retrouver leur monde d’origine. Lost est au fond une adaptation contemporaine de Perdus dans l’espace ou des Robinsons Suisses, l’histoire de cette famille échouée sur une île. Lost évoque aussi bien sûr les émissions de télé-réalité comme Survivor (Koh Lanta, sur TF1) dans lesquelles des candidats transportés dans un milieu hostile doivent y accomplir des tâches et y réussir des épreuves pour remporter un prix.
L’enjeu de la première saison de Heroes est en revanche beaucoup plus précis : dès le premier épisode, on sait que New York doit être détruite par une explosion nucléaire ; Hiro Nakamura, le jeune japonais qui assiste à l’explosion dans le futur proche, retourne vers le présent pour tenter de prévenir cette catastrophe. Dans sa quête, il « recrute » un certain nombre de personnages qu’il entraîne dans son aventure. Il ne s’agit donc pas d’une « fiction survivaliste » comme Lost, mais d’une course contre la montre.
De plus, sur la forme, Heroes présente des caractéristiques très particulières :
La situation initale est éclatée, contrairement à celle de Lost, les personnages de Heroes étant répartis au début de la série sur tout le territoire américain, certains même hors des Etats-Unis (Japon, Inde), leurs itinéraires respectifs les conduisant à se regrouper progressivement en plusieurs lieux-clé : Nevada, Texas, puis enfin New York. La narration de Heroes est donc tissée de plusieurs récits parallèles, qui s’entrecroisent périodiquement ou non selon que les personnages entrent en contact les uns avec les autres, puis se séparent, pour enfin se rejoindre lors du season finale.
Cette forme métisse deux
modes narratifs : celui des séries,
qui pour beaucoup sont construites avec une intrigue principale et
une ou deux intrigues secondaires par épisode, et celui des
des
comic-booksmangas,
dont la narration continue s’étend sur de nombreux
fascicules mensuels, pour raconter des histoires-fleuve comme le
faisaient déjà les feuilletonnistes européens
du XIXe siècle ou… de la Chine
ancienne.
L’influence du comic-book est bien entendu assumée, et même revendiquée, à la fois par les titres d’épisodes, qui se présentent comme autant de titres de chapitres, et par la présence, dans l’intrigue même, des peintures prophétiques dessiné par Isaac, l’un des personnages et insérées dans le comic-book lu par Hiro Nakamura, le voyageur spatio-temporel de la série.
Par son contenu et par sa forme, qui renvoie également à l’imagerie du jeu vidéo, Heroes est donc une fiction très neuve, qui traite de manière allégorique l’actualité de l’Amérique, puisqu’elle fait en particulier allusion clairement à l’attentat du 11 septembre et, dans un épisode de la fin de saison, au risque de voir le pays devenir un État totalitaire, dans lequel la police fait la chasse aux personnes « différentes »…
Et qui dit "série différente" dit "public particulier"...
Heroes sur TF1
Depuis vingt ans, les grandes chaînes de télévision française ont totalement ignoré la science-fiction anglo-saxonne et produit peu de SF autochtone. Pendant plusieurs décennies, le comic-book a eu encore plus mauvaise presse en France que la BD européenne et le public français ne connaît les super-héros qu’au travers de films unitaires (Spider Man, The X-Men), qui touchent un public jeune, voire très jeune.
Les séries américaines vedette de TF1 sont habituellement des fictions policières non feuilletonnantes telles les trois déclinaisons de CSI (Les Experts), et deux des Law & Order (L&O : Special Victims Unit - New York Unité Spéciale et L&O : Criminal Intent - New York Section Criminelle) rediffusées à souhait dans le désordre le plus total, que d’autre part, les spectateur français ne sont pas très habitués à regarder des fictions à suivre (même 24 heures Chrono ne fait pas de très bon scores d’audience sur TF1…).
Dans quelles conditions cette série ambitieuse, aux lignes narratives multiples, exigeant du spectateur une attention soutenue et inspirée par des formes d’expression artistiques très particulières a-t-elle été diffusée sur TF1 ?
En plein été, avec un générique « franchouillardisé » (il n’y a pratiquement pas de générique dans la version originale), à raison de deux à trois épisodes par soirée (la diffusion américaine ne comptait qu’un épisode par semaine, et il y a eu une interruption de plusieurs semaines entre la première et la deuxième moitié de la saison), alourdis de résumés même lorsqu’ils étaient diffusés en rafale (les résumés n’ont pas d’intérêt quand on regarde plusieurs épisodes d’affilée, la version DVD permet d’ailleurs de regarder tous les chapitres sans résumés, comme on lirait un livre), dans une version française mal traduite et mal jouée, comme d’habitude, et bien sûr coupée…
À la question : « Pourquoi est-ce que Heroes n’a pas rencontré le succès sur TF1 ? »’, j’ai simplement envie de répondre que, compte tenu de tout ce que l’on pouvait savoir de Heroes en l’ayant vue, les programmateurs de TF1 ont choisi de la programmer sans tenir compre de ce qui peut ou non plaire à leur public. J’ai en effet le sentiment qu’ils n’ont pas encore compris que pour les séries télévisées comme pour n’importe quel spectacle, il n’y a pas UN public, mais DES publics, et que ce n’est pas seulement le public qui choisit une série, c’est aussi la série qui choisit son public. Et, comment vous dire ? Le public "choisi" par (mettons) Les Experts : Miami (à mon humble avis, une des séries actuelles les plus réactionnaires qui soient) ne me paraît pas tout à fait superposable au public de Heroes.
Ou, pour le formuler autrement, parmi LES publics possibles, celui qui aurait apprécié de voir Heroes à la télévision (ou plutôt, celui que Heroes aurait "choisi") n’avait peut-être pas du tout eu envie de la regarder l’été, dans une mauvaise VF, sur TF1.
D'ailleurs, ce public-la
ne regarde peut-être jamais TF1.
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Ma série de la semaine :
Je revois Mission : Impossible, dont Paramount a déjà réédité les 3 premières saisons. Bon, je sais que je suis partial, pour lui avoir consacré mon premier livre sur les séries, mais même quinze ans après l'excitation de ce premier livre, mon sentiment à l'égard de M:I est le même : c'était une série extraordinaire, avec des "gueules" épatantes dans le rôle des méchants (et interprétant parfois trois rôles différents dans un espace de 10 m2, comme Paul Stevens dans "Le Cardinal", S. 3) , avec des acteurs qui pouvaient tout faire (il faut avoir vu Barbara Bain jouer les jeunes effarouchées et, deux épisodes plus tard, les officiers d'Allemagne de l'Est, ou Martin Landau grimé en vieux professeur se transformer en homme de 35 ans sans bouger de son siège (dans "Princess Céline/The Heir Apparent", ep. 301) et avec des scénarios d'une ingéniosité diabolique, qui jouait aussi bien avec les formes du film noir ("Crimes", S.2), du film d'espionnage des années 60 ("L'échange", S. 3), du film de SF ("L'hibernation", S.3), et même avec le théâtre "engagé" ("Au sommet", S.3). La troisième saison est indubitablement celle qui compte le plus d'épisodes époustouflants, mais les deux premières valent également leur pesant de plaisir, le tout avec une image de toute beauté et en VO, bien sûr.
Quarante ans après sa création, Mission : Impossible est plus que jamais une série classique, écrite, tournée et interprétée avec un brio insensé pour le plus grand plaisir de spectateurs intelligents.
Enjoy !
Mission : Impossible, 1966-1973, 7 saisons. Editions DVD en Zone 2 : 3 saisons disponibles (Paramount)
Martin Winckler
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Bientôt :
- Les séries télé comme outil pédagogique
- La critique de séries existe-t-elle en France ?
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