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Pourquoi la série "Heroes" n’a-t-elle pas eu de succès sur TF1 ?  posté le vendredi 16 novembre 2007 23:04

Lisez "Ma série  de la semaine" en fin d'article. Aujourd'hui : Mission : Impossible.

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Pendant l’été 2007, TF1 programme la première saison de Heroes, série américaine diffusée pendant les mois précédents sur NBC et qui a alors remporté un succès public aussi impressionnant qu’imprévu. La programmation est similaire à celle de Lost les étés précédents – ou, du moins, l’été de sa première diffusion sur TF1 - 2 ou 3 épisodes d’affilée, en première partie de soirée, un soir par semaine.

 

En France, malgré la programmation sur la première chaîne privée, le succès public n’est pas, manifestement, au rendez-vous dans les proportions que TF1 espérait. Dans certains médias on parle d’échec d’audience ou du moins de « déception ». Les sites internet évoquent le téléchargement effréné dont la série a fait l’objet pendant sa diffusion américaine pour expliquer la désaffection du public sur TF1. Je ne sais pas exactement comment TF1 a analysé cet « échec » (relatif) ; je vais simplement donner ici un avis de spectateur. Un avis subjectif, intuitif et peut-être tout à fait différent des analyses que la chaîne n’aura pas manqué de faire au moyen de ses instituts de sondage. Mais qu’importe. Je ne cherche pas ici à imposer mon opinion sur ce sujet très peu important mais à expliquer comment je me la suis forgée… et à parler de séries.

 

Une série pas du tout ordinaire

 

Heroes n’est pas une série ordinaire. C’est une surprise, un OVNI dans le paysage télévisé américain. Relativisons d’abord son succès là-bas : elle ne fait pas mieux ni même  aussi bien que Desperate Housewives ou Lost ou Les Experts ou 24 heures Chrono, mais elle est un succès inattendu pour NBC, qui est celui des grands networks qui marche le moins bien, depuis plusieurs années. Et surtout, le public qu’elle touche (plutôt jeune et argenté) intéresse beaucoup les annonceurs, ce qui, en matière de programmation, est le principal critère pour une chaîne.

 En apparence, elle a des caractéristiques similaires à Lost : un groupe d’individus qui ne se connaissent pas sont mis séparément et collectivement, à leur corps défendant, dans une situation qui les amène à s’allier ou à se combattre pour survivre.

La forme est, comme celle de Lost, celle d’un feuilleton à suivre, qui suscite chez le spectateur l’attente impatiente du prochain épisode au moyen d’événements mystérieux et de mises en suspens.A première vue, les deux séries semblent donc très proches.

Mais (car il y a des mais...)

1° contrairement aux protagonistes de Lost qui ont certes parfois un passé très lourd, mais, à ma connaissance, pas de super-pouvoir, les personnages principaux de Heroes sont presque tous porteurs d’un don hors du commun : Nathan peut voler, Matt est télépathe, Claire est indestructible, Isaac peut peindre le futur, Jessica est l’hôtesse d’un double meurtrier, Linderman répare les êtres vivants qu’il touche, Hiro peut voyager dans l’espace et le temps, Peter peut absorber les pouvoirs spéciaux de tous ceux qu’il approche, etc. Les séries de SF ou fantastiques sont habituellement destinées à un public jeune (Buffy contre les Vampires, Smallville, Charmed). Or, Heroes vise certainement ce public-là mais les thèmes abordés, plutôt sombres, et les relations entre les personnages s’adressent aussi à un public plus âgés.

 

2° ce n’est pas une catastrophe passée qui les amène à s’unir ou à se combattre, mais une catastrophe à venir, qu’ils visent à éviter, à fuir, voire à utiliser à leur profit.

 

3° Dans Lost, les personnages se retrouvent dans étrange à la suite d’un accident d’avion. Leur quête est incertaine, pour eux comme pour les spectateurs : ils doivent comprendre le lieu où ils se trouvent (et décrypter les règles qui le régissent) et le quitter pour retrouver leur monde d’origine. Lost est au fond une adaptation contemporaine de Perdus dans l’espace ou des Robinsons Suisses, l’histoire de cette famille échouée sur une île. Lost évoque aussi bien sûr les émissions de télé-réalité comme Survivor (Koh Lanta, sur TF1) dans lesquelles des candidats transportés dans un milieu hostile doivent y accomplir des tâches et y réussir des épreuves pour remporter un prix.

L’enjeu de la première saison de Heroes est en revanche beaucoup plus précis : dès le premier épisode, on sait que New York doit être détruite par une explosion nucléaire ; Hiro Nakamura, le jeune japonais qui assiste à l’explosion dans le futur proche, retourne vers le présent pour tenter de prévenir cette catastrophe. Dans sa quête, il « recrute » un certain nombre de personnages qu’il entraîne dans son aventure. Il ne s’agit donc pas d’une « fiction survivaliste » comme Lost, mais d’une course contre la montre.

 

De plus, sur la forme, Heroes présente des caractéristiques très particulières :

 

La situation initale est éclatée, contrairement à celle de Lost, les personnages de Heroes étant répartis au début de la série sur tout le territoire américain, certains même hors des Etats-Unis (Japon, Inde), leurs itinéraires respectifs les conduisant à se regrouper progressivement en plusieurs lieux-clé : Nevada, Texas, puis enfin New York. La narration de Heroes est donc tissée de plusieurs récits parallèles, qui s’entrecroisent périodiquement ou non selon que les personnages entrent en contact les uns avec les autres, puis se séparent, pour enfin se rejoindre lors du season finale.

 

Cette forme métisse deux modes narratifs : celui des séries, qui pour beaucoup sont construites avec une intrigue principale et une ou deux intrigues secondaires par épisode, et celui des des comic-booksmangas, dont la narration continue s’étend sur de nombreux fascicules mensuels, pour raconter des histoires-fleuve comme le faisaient déjà les feuilletonnistes européens du XIXe siècle ou… de la Chine ancienne. 

 

L’influence du comic-book est bien entendu assumée, et même revendiquée, à la fois par les titres d’épisodes, qui se présentent comme autant de titres de chapitres, et par la présence, dans l’intrigue même, des peintures prophétiques dessiné par Isaac, l’un des personnages et insérées dans le comic-book lu par Hiro Nakamura, le voyageur spatio-temporel de la série.

 

Par son contenu et par sa forme, qui renvoie également à l’imagerie du jeu vidéo, Heroes est donc une fiction très neuve, qui traite de manière allégorique l’actualité de l’Amérique, puisqu’elle fait en particulier allusion clairement à l’attentat du 11 septembre et, dans un épisode de la fin de saison, au risque de voir le pays devenir un État totalitaire, dans lequel la police fait la chasse aux personnes « différentes »…

Et qui dit "série différente" dit "public particulier"...  

 

Heroes sur TF1

 

Depuis vingt ans, les grandes chaînes de télévision française ont totalement ignoré la science-fiction anglo-saxonne et produit peu de SF autochtone. Pendant plusieurs décennies, le comic-book a eu encore plus mauvaise presse en France que la BD européenne et le public français ne connaît les super-héros qu’au travers de films unitaires (Spider Man, The X-Men), qui touchent un public jeune, voire très jeune.

 

Les séries américaines vedette de TF1 sont habituellement des fictions policières non feuilletonnantes telles les trois déclinaisons de CSI (Les Experts), et deux des Law & Order (L&O : Special Victims Unit - New York Unité Spéciale et L&O : Criminal Intent - New York Section Criminelle) rediffusées à souhait dans le désordre le plus total, que d’autre part, les spectateur français ne sont pas très habitués à regarder des fictions à suivre (même 24 heures Chrono ne fait pas de très bon scores d’audience sur TF1…).

 

Dans quelles conditions cette série ambitieuse, aux lignes narratives multiples, exigeant du spectateur une attention soutenue et inspirée par des formes d’expression artistiques très particulières a-t-elle été diffusée sur TF1 ?

 

En plein été, avec un générique « franchouillardisé » (il n’y a pratiquement pas de générique dans la version originale), à raison de deux à trois épisodes par soirée (la diffusion américaine ne comptait qu’un épisode par semaine, et il y a eu une interruption de plusieurs semaines entre la première et la deuxième moitié de la saison), alourdis de résumés même lorsqu’ils étaient diffusés en rafale (les résumés n’ont pas d’intérêt quand on regarde plusieurs épisodes d’affilée, la version DVD permet d’ailleurs de regarder tous les chapitres sans résumés, comme on lirait un livre), dans une version française mal traduite et mal jouée, comme d’habitude, et bien sûr coupée…

 

À la question : « Pourquoi est-ce que Heroes n’a pas rencontré le succès sur TF1 ? »’, j’ai simplement envie de répondre que, compte tenu de tout ce que l’on pouvait savoir de Heroes en l’ayant vue, les programmateurs de TF1 ont choisi de la programmer sans tenir compre de ce qui peut ou non plaire à leur public. J’ai en effet le sentiment qu’ils n’ont pas encore compris que pour les séries télévisées comme pour n’importe quel spectacle, il n’y a pas UN public, mais DES publics, et que ce n’est pas seulement le public qui choisit une série, c’est aussi la série qui choisit son public. Et, comment vous dire ? Le public "choisi" par (mettons) Les Experts : Miami (à mon humble avis, une des séries actuelles les plus réactionnaires qui soient) ne me paraît pas tout à fait superposable au public de Heroes

Ou, pour le formuler autrement, parmi LES publics possibles, celui qui aurait apprécié de voir Heroes à la télévision (ou plutôt, celui que Heroes aurait "choisi") n’avait peut-être pas du tout eu envie de la regarder l’été, dans une mauvaise VF, sur TF1.

 D'ailleurs, ce public-la ne regarde peut-être jamais TF1.

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Ma série de la semaine :

 

Je revois Mission : Impossible, dont Paramount a déjà réédité les 3 premières saisons. Bon, je sais que je suis partial, pour lui avoir consacré mon premier livre sur les séries, mais même quinze ans après l'excitation de ce premier livre, mon sentiment à l'égard de M:I est le même : c'était une série extraordinaire, avec des "gueules" épatantes dans le rôle des méchants (et interprétant parfois trois rôles différents dans un espace de 10 m2, comme Paul Stevens dans "Le Cardinal", S. 3) , avec des acteurs qui pouvaient tout faire (il faut avoir vu Barbara Bain jouer les jeunes effarouchées et, deux épisodes plus tard, les officiers d'Allemagne de l'Est, ou Martin Landau grimé en vieux professeur se transformer en homme de 35 ans sans bouger de son siège (dans "Princess Céline/The Heir Apparent", ep. 301) et avec des scénarios d'une ingéniosité diabolique, qui jouait aussi bien avec les formes du film noir ("Crimes", S.2), du film d'espionnage des années 60 ("L'échange", S. 3), du film de SF ("L'hibernation", S.3), et même avec le théâtre "engagé" ("Au sommet", S.3). La troisième saison est indubitablement celle qui compte le plus d'épisodes époustouflants, mais les deux premières valent également leur pesant de plaisir, le tout avec  une image de toute beauté et en VO, bien sûr. 

Quarante ans après sa création, Mission : Impossible est plus que jamais une série classique, écrite, tournée et interprétée avec un brio insensé pour le plus grand plaisir de spectateurs intelligents.

Enjoy !  

 Mission : Impossible, 1966-1973, 7 saisons. Editions DVD en Zone 2 : 3 saisons disponibles (Paramount)

 

 

 

 

Martin Winckler

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Bientôt :

 - Les séries télé comme outil pédagogique

- La critique de séries existe-t-elle en France ?

 

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Télécharger ou ne pas télécharger ? (2/2) – Mais pourquoi se donner autant de mal ?  posté le jeudi 08 novembre 2007 15:50

La semaine dernière, j’ai abordé les aspects juridiques mais ce qui m’intéresse personnellement, ce sont les aspects individuels du téléchargement de séries télévisées.

 

Télécharger des séries est un processus contraignant, aussi contraignant et coûteux en temps que le fait d’enregistrer avec un magnétoscope (il faut surveiller les programmes, rechercher les « torrents », les vérifier une fois chargés…) et en ressources informatiques. Ça prend de la place sur les disques durs et sur les DVD à graver, ça fait chauffer le graveur, et le résultat n’est jamais d’aussi bonne qualité que ce qu’on peut voir en DVD. Enfin, il faut du temps pour regarder les séries : télécharger, ça n’a pas du tout la même fonction que d’acheter des dizaines de coffrets de DVD et d’en remplir des étagères comme on le ferait avec des livres…

 

Autant de raisons qui font du téléchargement de séries un phénomène le plus souvent ponctuel et restreint à une mince fraction de spectateurs potentiels. Pourquoi ces spectateurs internautes consacrent-ils tant d’énergie au téléchargement ?

 

Je limiterai mon propos, pour simplifier, au téléchargement des séries américaines (et parfois, britanniques) par un internaute français.

 

Je supposerai, par ailleurs, qu’il n’existe plus de doute sur la richesse des séries en tant que forme d’expression artistique, et que le lecteur de ce blog sait qu’une fiction télévisée peut être aussi créative, provocatrice, subversive et marquante qu’un roman, un film ou une pièce de théâtre.  

Parmi les lecteurs de romans (de nouvelles, de polars, de SF, de BD…) certains sont prêts à écumer les librairies ou les échopes de bouquinistes à la recherche d’une édition épuisée, d’un numéro de revue défraîchi, d’un volume dépareillé. Ce n’est pas l’objet imprimé qui les intéresse, mais le contenu, le texte dont ils connaissent l’existence sans jamais l’avoir tenu entre les mains, celui qu’ils découvrent par hasard, celui qu’ils ont voulu retrouver pour le relire. Il en va de même pour le cinéphile et le spectateur de séries. 

Je postule donc ici qu’il n’y a pas de différence de nature entre un amateur de séries télévisées, un cinéphile et un lecteur de romans ou de nouvelles. Tous sont des dévoreurs de fictions.

 

Qu’est-ce qu’on télécharge quand on télécharge un épisode de série ?

 Les séries télévisées américaines ont un mode de production et de diffusion qu’on peut résumer de la manière suivante :

 - il s’agit de fictions à épisodes produites spécifiquement pour la télévision sur commande d’un « Network » (réseau de chaînes affiliées au même groupe : ABC, CBS, CW, FOX, NBC)  ou d’une chaîne câblo-satellitaire plus ou moins indépendante (HBO, FX, SCI-FI, USA, LIFETIME, SHOWTIME, TNT, AMC, etc.) ;

 - leur format leur permet de s’inscrire dans des plages de 30 minutes d’antenne (comédies) ou de 60 minutes (dramas) ; en pratique, étant donné le temps d’antenne réservé aux annonceurs, la durée habituelle d’un épisode de comédie est à peu de chose près de 21 minutes, celle d’un épisode de drama de 42 minutes.

 - elles sont diffusées pour la première fois le soir, entre 19h (on dîne tôt aux Etats-Unis) et 23 heures, sur un rythme hebdomadaire, à raison de 20-25 épisodes entre octobre et mai sur les Networks, de 8 à 13 épisodes en été ou en début d’année (donc, en décalage par rapport aux Networks) sur les chaînes câblées.

 - elles peuvent durer de nombreuses années : Law & Order (New York District) entamera sa 18e année de diffusion en janvier prochain ; ER (Urgences) vient de commencer la 14e ; CSI (Les Experts) en est déjà à la 8e, etc.

 (Les séries télévisées britanniques sont produites en général à un rythme moins soutenu : 6 à 8 épisodes par an, mais sont diffusés également à un rythme hebdomadaire et ont un format identique)

 Toutes ces caractéristiques visent – et, parfois, assurent – la fidélisation du public, comme pour toute production culturelle de longue durée : on regarde une série assidûment comme les lecteurs de journaux et de magazines lisaient leur feuilleton quotidien à l’époque d’Eugène Sue ou l’aventure mensuelle de Sherlock Holmes dans The Strand Magazine.

 Autrement dit : chaque épisode d’une série occupe une fonction narrative similaire à celle d’un chapitre de roman ou d’une nouvelle dans un recueil. Celui qui télécharge un épisode, chaque semaine, ne fait au fond que se procurer auprès d’un ou plusieurs spectateurs qui les ont vus et sont d’accord pour les partager, le dernier "chapitre" de Urgences, la dernière "nouvelle" de Law & Order en date.

  

Pour un spectateur français amateur de séries américaines, il est très difficile de regarder des séries récentes dans de bonnes conditions.

 
(Je ne parle pas ici des séries anciennes, qui, même inédites en France, sont de plus en plus souvent éditées en
DVD)

 En pratique, il n’est pas possible de regarder les chaînes américaines diffusant des séries. Ce n’est pas un problème technique : grâce au satellite, il y a dix ans déjà, France 2 a diffusé en pleine nuit, en même temps que NBC, le season premiere de la 4e saison d'Urgences, tourné en direct. Il y a quelques années, elle a remis ça avec le Super Bowl, la finale du championnat de football américain...

On peut concevoir sans peine tout plein de raisons pour que cet accès aux programmes américains ne soit pas permanent : les chaînes et les sociétés de productions américaines peuvent redouter que cette diffusion ne compromette la bonne exploitation commerciale ultérieure de leurs programmes – en particulier la vente aux chaînes françaises ; la France peut, de son côté, craindre que la diffusion « incontrôlée » de programmes d’information, de fictions ou de publicités américaines sur son territoire n’ait une influence néfaste sur son public… (Elle en a déjà, mais au moins, c’est de la faute des chaînes françaises…) 

Ce qui est dommage, c’est que semblable diffusion ne soit pas possible, même sous forme payante (Personnellement, je préfèrerais payer pour regarder HBO que de recevoir TF1 gratuitement).

 

D’un autre côté, Il est actuellement impossible de voir l’immense majorité des séries américaines récentes à la télévision française  dans de bonnes conditions ; parmi les éléments qui compromettent cette bonne vision des séries en France, citons : la censure d’épisodes et les coupes de scènes opérées par les chaînes hexagonales ; les VF (traduction et interprétation) bâclées ou carrément modifiées au mépris du respect des auteurs ; la diffusion en bouche-trou, à des horaires impossibles (journée, nuit) ou sur un rythme incohérent (deux ou trois épisodes à la fois, dans le désordre le plus complet) ; etc.

A noter que les séries britanniques font l’objet de la même censure de fait, puisque les grandes chaînes françaises (TF1, France Télévision) évitent soigneusement de diffuser les séries britanniques les plus audacieuses sur les canaux et aux heures de plus grande écoute.

 Aujourd’hui, hormis l’achat de DVD plusieurs mois après la première diffusion, la seule possibilité offerte à l’amateur pour voir des séries américaines ou britanniques en « temps réel » (quand il ne vit pas dans leur pays de diffusion), c’est le téléchargement. C’est de plus la seule possibilité de regarder des séries au même rythme que les spectateurs auxquels elles sont destinées. En effet, la plupart des « torrents » d’épisodes de séries sont mis en ligne dès le lendemain de (et parfois quelques heures seulement après) leur diffusion.

 

Pourquoi vouloir regarder les séries au rythme de leur diffusion ?

La réponse est tellement simple et évidente qu’elle échappe complètement à ceux qui n’y connaissent rien : parce qu’elles sont faites pour être regardées comme ça !!!

 Ainsi, même si elle ne sont pas les plus nombreuses, on peut comprendre clairement l’intérêt de regarder, en même temps qu’elles sont diffusées, les séries résolument feuilletonnantes, dont la narration est conçue pour se dérouler sur plusieurs épisodes ou sur toute une saison (24, Desperate Housewives, Heroes, Prison Break, pour ne citer que les plus connues) ; bien sûr, on peut attendre de tout voir en DVD, mais les deux modes de lecture ne sont pas identiques, car l’attente imposée au public par le rythme hebdomadaire détermine la manière dont ces séries sont conçues par leurs auteurs.

Il est donc légitime de dire qu’une série feuilletonnante peut se regarder de deux manières : séquentielle (un épisode par semaine) ou « à jet continu » (plusieurs épisodes - voire une saison - d’affilée). Exactement comme un feuilleton quotidien ou les nouvelles d’un auteur publiées en magazine.

Même lorsqu'elles ne sont pas feuilletonnantes, beaucoup de séries diffusées entre octobre et mai sont rythmées par des événements annuels qui concernent soit les spectateurs, soit les chaînes elles-mêmes, soit encore le pays tout entier !

De manière variable en fonction du type de série (familiale ou non, réaliste ou fantastique, comique ou noire) beaucoup d'épisodes sont « calés » sur des repères temporels communs à tous les spectateurs américains :

- fêtes familiales ou communautaires (Thanksgiving, Halloween, Noël, jour de l’an) ;

- dates importantes pour les jeunes gens (rentrée scolaire, Saint Valentin, « spring break » (vacances de printemps des étudiants), remise des diplômes de fin d’études secondaires) ;

- manifestations sportives (Super Bowl), etc.

 

De plus, les scénaristes s’inspirant très souvent de faits de société contemporains (affaires judiciaires, faits divers marquants, débats politiques, conflits armés, etc.), les séries constituent en elles-mêmes un regard personnalisé, à peine décalé dans le temps, sur l’histoire contemporaine des Etats-Unis. En un sens, chaque série est plus ou moins une chronique individuelle ou collective de la société environnante. 

 Ainsi, entre 1990 et 2006, sous la ligne éditoriale de René Balcer Law & Order et L&O Criminal Intent ont procédé à un examen méthodique de nombreuses formes d'abus de pouvoir, tant individuelles que collectives, exercées au sein de la société américaine.

Tout récemment, au mois d’Octobre 2007, deux séries très regardées, diffusées sur deux chaînes concurrentes (Law & Order SVU, Without a Trace) ont consacré des épisodes marquants dénonçant la torture, l’une pratiquée par l’armée américaine, l’autre par la CIA.

 La programmation et le fonctionnement commercial des chaînes influe aussi sur le contenu des séries : pendant les sweeps (périodes de mesure de l’audimat qui conditionnent la vente des espaces publicitaires), en novembre, en février et en mai, les chaînes appellent les sociétés de production à proposer des épisodes spéciaux, soit par leur forme (épisode double, crossover entre plusieurs séries, épisode en direct), soit par les guest-stars invitées, soit par leur contenu. La semaine du 7 novembre 2007, les séries de NBC ont consacré tout ou partie d’un de leurs épisodes au thème de l’écologie, la comédie 30 Rock ayant même accueilli le récent Prix Nobel de la Paix Al Gore.

Je voudrais enfin citer ne raison toute simple pour laquelle un amateur français de séries pourrait vouloir les regarder au rythme où elles sont diffusées : c’est, tout bonnement, son goût pour cette forme d’expression culturelle. 

 Il paraît parfaitement acceptable que le lecteur français d’un quotidien ou d’une revue américaine aille l’acheter dans une librairie spécialisée quelques jours après de sa parution, ou s’abonne pour le recevoir de manière aussi régulière que s’il l’achetait sur place. Le désir de regarder des séries télévisées au rythme où elles sont diffusées procède du même mécanisme, et n’a rien en soi de particulier. Mais le regard porté sur ces spectateurs de séries résulte de la mauvaise image générale des programmes de télévision, et non de la « qualité » intrinsèque de ces programmes. Selon que l’objet est « noble » (journal, revue) ou « méprisable » (émission de télévision), celui qui s’y intéresse régulièrement sera qualifié d’ « amateur », de « consommateur » ou « d’accro ». En France, ce qui est produit pour la télévision n’est le plus souvent pas considéré par les « élites intellectuelles » comme étant aussi « noble », ni aussi respectable, que ce qui est produit pour l’édition, le cinéma ou le théâtre. Il s’agit évidemment là d’un pur préjugé de classe.

 

Du téléchargement comme acte subversif et esthétique

 Je crois l’avoir suggéré jusqu’ici, pour le spectateur français amateur de séries, le téléchargement est moins une méthode destinée à « ne pas payer » (le téléspectateur américain ne paie pas non plus les séries qui lui sont proposées par les networks, et quand il s’abonne à une chaîne câblée, c’est pour bénéficier de l’ensemble de ses prestations, pas seulement des fictions) qu’un moyen d’accéder à des émissions qui ne lui sont pas proposées dans son pays

Le téléchargement peut donc parfaitement être vu comme un acte éminemment subversif puisqu’il transgresse les réglementations du pays ou de la région et permet de voir les fictions telles qu’elles ont été montrées initialment, sans subir les manipulations (V.F., coupes, etc.) effectuées par les chaînes de seconde diffusion.

 Il est par conséquent hypocrite de reprocher d’une part à un internaute français de télécharger des fictions américaines (qui ont souvent une grande portée politique et critique)… et  de louer d’autre part l’internaute chinois, par exemple, qui recherche via l’internet une information libre et critique sur des sites occidentaux…

 Du fait que les fichiers vidéo partagés en ligne (le téléchargement est un processus de distribution simultanée) ne contiennent pas de publicités, le téléchargement est également subversif en ce qu’il court-circuite le circuit commercial de distribution des fictions. On remarquera cependant que la suppression des publicités n’est pas le résultat du téléchargement, mais le fait du spectateur qui enregistre sans pub, grâce à un décodeur/enregistreur numérique programmable, l'épisode qu'il a ensuite l'intention de partager avec d'autres internautes. 

 

Enfin, l'acte qui consiste à regarder des séries (téléchargées ou en DVD), sur un ordinateur portable en particulier, revêt également pour le spectateur un aspect esthétique, pour ne pas dire synesthésique.

La multiplicité des méthodes de diffusion des images permet en effet de choisir la distance du regard et de l’écoute : sur l’écran d’un ordinateur portable, les images occupent un champ de vision plus personnel, plus intime que l’est un écran de télévision ou de cinéma, et beaucoup plus lisible que celui celui des lecteurs de petite taille, type Ipod, pour lesquels existent désormais tout un marché de vidéos à télécharger.

Coiffé d’un casque audio, les mains posées sur le clavier ou la souris, les yeux fixés sur l’écran rectangulaire d’un ordinateur portable posé sur ses genoux le spectateur se trouve visuellement, auditivement, tactilement parlant à la fois autour et au centre de la fiction qu’il regarde.

Cette expérience de plongée dans une sorte de « caisson sensoriel » est-elle enfermement ou évasion ? Eh ! (comme dirait "Q" (1)) Les deux, Mon Capitan !  Le spectateur plongé dans une bonne série se met hors du temps et explore la réalité.

Ni plus, ni moins qu'un lecteur plongé dans un roman.

 
Martin Winckler

(1) Le "Q" de Star Trek, interprété par l'excellent John DeLancie, pas celui de James Bond 

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Prochains épisodes  :

- "Flop" de Heroes sur TF1.  Une explication personnelle...

 - Les séries télé comme outil pédagogique

- La critique de séries existe-t-elle en France ? 

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Télécharger ou ne pas télécharger ? (1/2) - par Martin Winckler  posté le mercredi 31 octobre 2007 14:21

 

1/2 – L’histoire, la loi et les réalités inavouées

 Du plus loin qu’il m’en souvienne, j’ai toujours vécu dans un monde où l’on pratiquait le partage culturel. Règlementé ou non.

 

Une histoire récente riche en échanges culturels…

 

Entre 1963 et 1972, je suis allé toutes les semaines ou presque à la bibliothèque pour Tous de mon quartier, y emprunter des bandes dessinées ou des romans tout frais achetés à la librairie voisine.

 

À la fin des années 60, lorsque les premiers magnétophones à cassettes sont apparus (les « mini-K7 », comme on les appelait), j’enregistrais déjà mes émissions de radio favorites sur un magnétophone à bandes. Un de mes amis, « Grec » Decoudun, peintre et musicien de son état, enregistrait couramment les émissions de Jazz sur France Musique. Il m’a fait découvrir de bien belles choses. Et j’ai dans mes cartons des centaines de cassettes enregistrées, repiquées, dupliquées contenant de la musique, des émissions littéraires, des feuilletons radiophoniques…

 

J’ai eu un magnétoscope très tôt, vers 1983, il me semble. Pas aussitôt que mon collègue critique Alain Carrazé, qui si je me souviens bien s’est acheté son premier magnéto vers 1979… c'est-à-dire quasiment l’année où on a commencé à en commercialiser en France. Avec mon magnétoscope, j’ai enregistré des centaines de films, d’émissions et de séries télé. Je n’en ai jamais fait commerce, mais j’en ai prêté des dizaines, à d’innombrables amis et correspondants.

 

Entre 1995 et 2005, Debbie White, une correspondante internet américaine que je n’avais jamais rencontrée alors, et que je n’ai jamais rencontrée depuis… , m’a enregistré toutes les semaines les trois séries Law & Order de NBC. Elle m’envoyait les cassettes deux fois par an, en échange de quoi je lui envoyais mes livres sur les séries.

 

A partir de 2004, deux de mes lecteurs fans de séries m’ont expliqué qu’ils téléchargeaient des séries et m’ont proposé de m’en faire profiter, en me gravant les épisodes qui m’intéressaient. À l’époque, le téléchargement était un phénomène balbutiant, en France. Depuis, il s’est beaucoup développé.

 

Si j’ai fait ce long préambule, c’est pour rappeler que la copie privée – et son partage non commercial – est un phénomène qui n’est pas récent et ne date pas de l’internet. Il s’est seulement largement étendu grâce à l’internet, car il se passe désormais de tout support matériel : on peut partager un fichier son ou vidéo sans avoir besoin de le véhiculer sur une cassette un CD ou un DVD.

 

Le téléchargement de fichiers vidéo : un statut juridique très clair

 

En première approximation, il y a trois formes de vidéo téléchargeables (j’en oublie peut-être, mais celles-ci sont les plus courantes).

 

les fichiers vidéo volontairement mis en ligne par leurs ayant-droits, sur des sites officiels ; ils sont visionnables en « streaming » ou bien téléchargeables, gratuitement ou de manière payante, pour être regardés sur un PC ou éventuellement gravés sur un DVD.

 

les fichiers vidéo enregistrés par des particuliers et dont les « torrents » sont mis en ligne sur des sites de P2P (peer-to-peer) ; lorsque ces fichiers vidéo sont issus d’un enregistrement direct (via un magnétoscope numérique) au moment de leur diffusion à la télévision, il s’agit initialement d’une copie privée. Mais cette copie mise en ligne est partagée avec des milliers de personnes. Ce qui en fait de la distribution sans autorisation des ayants-droits. Ce qui est illégal n’est pas la copie privée, mais la diffusion ou la distribution de cette copie à un grand nombre de personnes, gratuitement ou non. En effet, seul le détenteur du copyright peut, d’après la loi, autoriser la diffusion ou la distribution collective d’une production. Il en va de même pour un écrivain (ou pour son éditeur), à qui l’on doit demander l’autorisation de reproduire tout ou partie de ses textes dans un journal, sur un site ou dans un livre.

 

les copies pirates de DVD du commerce.

 

Pour les ayants-droits (détenteurs du copyright), le téléchargement non autorisé (les catégories 2 et 3 ci-dessus) est, ni plus ni moins, une activité illégale ; et l’accès illégal à un programme compromet la perception des revenus commerciaux qui découlent de la production de ces émissions.

 

De plus, comme me le faisait remarquer le producteur et scénariste René Balcer [1]  la distribution de fichiers vidéo de séries par est lucrative pour les sites de P2P (qui arborent le plus souvent des bannières publicitaires), alors qu’elle ne rapporte rien aux producteurs de ces séries. Il s’agit donc d’un détournement.

 

Quel que soit l’angle par lequel on l’envisage, le statut juridique du téléchargement de fichiers mis en ligne sans l’autorisation des ayants-droit est clair : s’il n’y a pas accord des ayants-droit, la mise en ligne est illégale = c’est de la distribution sans autorisation ; certes, le téléchargement n’est pas illégal en soi ; mais les systèmes de P2P sont des systèmes d’échange : techniquement, on redistribue en même temps qu’on télécharge…

 

Une réalité complexe

 Cela dit, on peut se demander pourquoi, de fait, il existe une certaine tolérance face aux échanges de fichiers. Bien sûr, il est très difficile de fermer tous les sites de P2P (ils rouvent ailleurs instantanément ; tous les pays n’ont pas la même réglementation, etc.). Mais il y a autre chose.

 

Les chaînes et les maisons de productions américaines ne sont pas radicalement opposées au principe de la mise en ligne et du téléchargement, bien au contraire. De plus en plus souvent, elles mettent à disposition du public, en streaming, sur leur propre site, les épisodes diffusés la veille. Pourquoi ? Pour favoriser la fidélisation du public à un programme qu’elles veulent lui faire regarder.

 

La mise en ligne d’un programme sans autorisation n’a pas du tout le même poids commercial selon qu’il s’agit de la copie pirate d’un film, d’une émission de télévision enregistrée en direct sur une chaîne gratuite, ou d’une émission originale issue d’une chaîne payante : dans ce dernier cas, le téléchargement ne lèse pas seulement les droits du producteur, mais aussi ceux du diffuseur (qui en principe ne propose ses programmes qu’à ses abonnés).

 

 

Le téléchargement illégal d'un film encore à l’écran ou dont la version vidéo n’est pas encore sortie compromet la vente des places ou des DVD. Mais le téléchargement d’un épisode de série, est-ce qu'il  modifie beaucoup l’audience d’une chaîne ce soir-là ? Non, puisque le plus souvent, le téléchargement a lieu APRES la diffusion ! 

 

Aux Etats-Unis, regarder la télévision est depuis toujours une activité collective et interactive : les coupures publicitaires sont le moment où les spectateurs se lèvent pour aller aux toilettes, se déboucher une bière ou… appeler leurs copains pour leur dire « Regarde ce qu’il y a sur KSTP-5 !!! » Même si une grande partie des foyers américains sont équipés d'un accès internet, il paraît douteux que la majorité se mette d'un seul coup à cesser de regarder la télévision en direct, collectivement (en famille ou entre amis) et se mette à enregistrer des émissions qu'elle regarderait plus tard...ou pas du tout. 

 

Pour les chaînes de télévision, les programmes sériels (fictions ou non) ne valent pas tant « à l’épisode » que sur la durée : c’est la fidélisation du spectateur qui compte. Cette fidélisation est souhaitée sur l’ensemble de la soirée : sur les chaînes américaines, entre 19 et 22 heures, on juge le résultat d’une émission non seulement sur sa capacité à attirer du public, mais à garder ou à accroître l’audience de l’émission qui précède. Elle est également souhaitée, bien sûr, pour l’ensemble de la chaîne et sur toute l’année.

 

Il faut noter également qu’aux Etats-Unis l’utilisation du TIVO (décodeur et magnétoscope numérique qui, en plus d’enregistrer les émissions… coupe les pubs ! ), déjà ancienne, est désormais prise en compte par les fameux sondages d’écoute de l’institut Nielsen. Autrement dit, les indices d’écoute ne tiennent plus seulement compte de l’audience immédiate, mais aussi de l’audience différée.

 

L’important, pour une chaîne est que l’on parle le plus possible de ses émissions, pour que beaucoup de personnes les regardent (en direct ou en différé) et reviennent sur la chaîne la semaine suivante… Les chaînes jouent en effet beaucoup, et sont en cela activement relayées par les médias d’information, sur l’attente du spectateur. 

 

Le jeu de l'attente

Cette attente, elle cherchent non seulement à l’entretenir, mais le plus possible à la créer. Et dans une certaine mesure, la circulation des images sur le web les y aide. 

 

Ainsi, depuis quelques années, il n’est pas rare, juste avant les débuts de la saison de diffusion, de voir apparaître sur les sites de P2P les épisodes pilotes, non encore diffusés, des séries en production. Nombre d’internautes ont ainsi pu voir, avant les débuts de la série sur ABC, le premier pilote de Desperate Housewives, dans lequel le rôle de Mary Alice Young, la narratrice fantôme, était tenu par Sheryl Lee. (L’actrice ayant décliné de tourner dans la série après que celle-ci a été retenue par ABC, Marc Cherry a dû confier le rôle à Brenda Strong et retourner avec elle les scènes du pilote dans lesquelles apparaissait Mary Alice.)

 

De même, pendant l’été 2007 quelques semaines avant la diffusion sur les networks, il était possible de télécharger (entre autres) les versions de travail des pilotes de Pushing Daisies, de Bionic Woman et de Aliens in America. Pour ce qui concerne les deux derniers, le spectateur a pu constater que certains acteurs avaient changé entre la version de travail et la version finalement diffusée. Pour Pushing Daisies, il n’est pas du tout exclu que le « buzz » extrêmement favorable dont la série bénéficiait dans les journaux et sur les sites internet ait été encore accentué par la diffusion préalable – et illégale – du pilote et par le bouche-à-oreille qui en a résulté.

 

Enfin, le succès inespéré de Heroes sur NBC pendant la saison 2006-2007 ne semble pas avoir été compromis, pendant cette même saison, par le « téléchargement massif » des épisodes. [2] 
On est même en droit de penser que le téléchargement a beaucoup fait dans le milieu internaute (sensible aux comic-books, aux jeux vidéos et aux séries) pour assurer le succès de Heroes sur NBC...  

 

Aujourd'hui même, 31 octobre 2007, j'ai découvert que sur YouTube, des internautes avaient mis en ligne certains suppléments inédits présents dans le coffret de la 3e saison  de Veronica Mars. Est-ce que la mise en ligne (non réglementaire, j'en suis sûr) de ces bonus va dissuader les fans de la série d'acheter le coffret de la troisième saison ? Rien n'est moins sûr....

 

De sorte qu’on peut se demander si le téléchargement d’épisodes de séries, tant qu'il reste non lucratif et concerne essentiellement des fans, est, pour les chaînes et les maisons de production américaines, une si mauvaise affaire que ça.
 

Du côté du spectateur, il y a aussi beaucoup de choses à dire. Et en particulier ceci : télécharger des séries est un processus contraignant, coûteux en temps et en ressources informatiques. Ça prend de la place sur les disques durs et sur les DVD à graver, ça fait chauffer le graveur, et le résultat n’est jamais d’aussi bonne qualité que ce qu’on peut voir en DVD. Autant de raisons qui font du téléchargement de séries un phénomène le plus souvent ponctuel et restreint à une fraction très petite des spectateurs potentiels.

Ce qui m’amène à me poser deux questions : 1° pour quelles raisons pourrait-on avoir envie de passer du temps à télécharger des séries télévisées ? 2° Qu’est-ce que ça apporte, qu’est-ce que ça change, pour un spectateur, de regarder des séries télévisées téléchargées ?

 (A Suivre…)

 

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Prochaines chroniques :

- Qu'est-ce que ça apporte de télécharger des séries ?

- "Flop" de Heroes sur TF1.  Une explication personnelle...

 - Les séries télé comme outil pédagogique

- La critique de séries existe-t-elle en France ?  

 



[1] On lui doit les meilleures années de production de Law & Order et de Law & Order Criminal Intent, et la création de cette deuxième série.

[2] C'est au "téléchargement massif" que TF1 a attribué le relatif insuccès de Heroes lors de sa diffusion pendant l’été 2007 en France). J’ai une autre explication à avancer pour expliquer l’insuccès de Heroes sur TF1, mais je vous en parlerai une autre fois.

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Je ne regarde plus la télé - par Martin Winckler  posté le mercredi 24 octobre 2007 12:39


Il y a dix ans, quand j’ai commencé à tenir une page hebdomadaire sur les séries (la première dans la presse française) dans Télécâble Satellite Hebdo, je passais beaucoup de temps devant la télévision. Je regardais rarement des émissions à l’heure où elles passaient. Quand on a des enfants, on peut difficilement être disponible à l’heure du film. Mais grâce à mon premier magnétoscope, acheté en 1982 ou 1983, je n’étais plus enchaîné et je pouvais aller me coucher sans regretter de rater Le Signe de Zorro à « La Dernière Séance » ou redouter de m’endormir devant un Jacques Tourneur rare diffusé par Patrick Brion dans son Cinéma de Minuit.

 

Mes enfants, tous nés depuis 1981, n’ont jamais été enchaînés au poste non plus. Ils ont très vite pris l’habitude de regarder des films ou des séries enregistré(e)s, le plus souvent en VO sous-titrée, ce qui leur a appris à lire le français et a probablement fait beaucoup pour leur compréhension de l’anglais bien avant que MTV et les autres chaînes musicales ne se mettent à diffuser des clips… Et quand ils avaient jeté leur dévolu sur une émission particulière, quotidienne ou hebdomadaire, ils savaient qu’on peut toujours l’enregistrer et la regarder plus tard, si on en a toujours envie, ce qui permet de ne pas empiéter sur les tâches plus urgentes ou sur les moments de partage familial (repas ou autre).

 

La grande vertu du magnétoscope, à bandes ou numérique, c’est qu’en repoussant la vision d’une émission à plus tard, il relativise et permet de distinguer le vrai désir du faux. Au fil des années, j’ai constaté que lorsque j’avais vraiment envie de voir quelque chose, je finissais toujours par le regarder. Quand le désir était passager, induit par les circonstances ou les bandes-annonces de la chaîne… les cassettes s’entassaient et je finissais par réenregistrer autre chose dessus.

 

Entre 1998 et 2005, j’ai fait tourner quatre magnétoscopes qui enregistraient en permanence douze à quinze émissions par semaine. Pour des raisons professionnelles (les séries que je regardais par plaisir et chroniquais), personnelles (des films à voir ou à revoir), familiales (dessins animés, films d’aventures, westerns, documentaires etc). De plus, les chaînes m’envoyaient régulièrement, en avant-première, les premiers épisodes des nouvelles séries qu’elles allaient diffuser. J’achetais aussi sur Amazon.com d’anciennes séries alors rééditées au compte-gouttes. Au fil des années, j’ai ainsi accumulé des centaines de cassettes vidéo, soigneusement rangées dans des placards spécialement conçus à cet effet.

 

Peu à peu, je n’ai plus regardé de films à la télévision : les éditions DVD sont tellement plus intéressantes. Je n’ai plus regardé le journal télévisé (ou alors seulement celui d’Euronews, plus ouvert sur le monde) : l’inanité des journaux français m’est devenue insupportable. Je n’ai plus regardé d’émissions littéraires – d’ailleurs, elles ont pratiquement disparu. Je n’ai jamais regardé les émissions politiques et encore moins les résultats d’élections qui me sont toujours apparu comme le degré zéro de l’information. Côté documentaires, j’adore tout ce qui se passe sous la mer, mais au bout d’un moment, il faut quand même que je remonte à l’air libre. Les jeux me laissent indifférent depuis que Monsieur Cinéma a disparu de l’antenne et les émissions de variétés m’insupportent - quant au sport, j’ai fini par me lasser du tennis.

 

De sorte que, depuis un bon bout de temps, je ne m’assieds plus devant mon poste que pour regarder des séries, américaines le plus souvent, britanniques de temps à autre. C’est comme ça que j’ai pu, en quinze ans, voir l’intégralité des quatre Law & Order (quelque chose comme 700 épisodes en tout), dix saisons d’Urgences, et à peu près la même quantité de Friends, de Frasier, et d’Everybody Loves Raymond, une vingtaine de saisons des diverses Star Trek, j’en passe… Et ça, c’est en plus des fictions sur lesquelles il fallait aussi que je jette un coup d’œil pour en dire du bien ou en dire pis que pendre ou, au pire, pour ne rien en dire parce que vraiment elles n’en valaient pas la peine – et alors, j’avais vraiment perdu mon temps.

 

Peu à peu, le paysage audiovisuel a malheureusement changé : les quelques chaînes qui, à la fin des années 90, passaient des séries en VOST (Série Club, Comédie !, Téva) se sont mises à ne plus diffuser que des VF, tandis que Jimmy, pionnière en son temps, voyait certains de ses fleurons confisqués par Canal +, de Spin City à Seinfeld et ses possibilités d’achats se réduire comme peau de chagrin.

 

Pour moi aussi, du jour au lendemain, tout a changé, lorsque j’ai perdu la page séries hebdomadaire que j’avais créée pour Télécâble. En raison d’une restructuration du groupe de presse et pour cause de convention collective, j’ai dû laisser ma place à un autre journaliste. (Comme ile est malheureusement beaucoup moins engagé et rigoureux – d’aucun diront « obsessionnel » - que je ne le suis dans le traitement de l’information, j’ai aussi perdu toute envie d’acheter Télécâble Hebdo… Brusquement libéré de la quasi-obligation hebdomadaire de regarder beaucoup de fictions qui, pour certaines, ne m’intéressaient pas du tout, je me suis senti revivre. Comme le critique gastronomique de Ratatouille après avoir perdu son boulot, j’ai retrouvé ma liberté… et le goût de regarder des séries pour le plaisir. Et j’ai pu enfin choisir, de manière beaucoup plus radicale qu’avant, non seulement ce que je regarde, mais la manière de le regarder.

 

Plutôt que d’enregistrer des séries mal diffusées, mal doublées et programmées n’importe comment (Vous qui regardez l’une ou l’autre des CSI en prime-time, vous avez sans doute oublié qu’il y a deux ans seulement, elles passaient encore après l’émission de variété de prime-time, à vingt trois heures trente, et souvent avec vingt-cinq minutes de retard…) j’ai pu, grâce au DVD et au DivX, me mettre à regarder les séries qui m’intéressent (et seulement celles-là) dans de bonnes conditions : en VO, en scope, dans l’ordre, sans coupes. Et si je veux simplement « échantillonner », le streaming proposé par de nombreux sites de chaînes est fait pour ça…

 

Je ne suis plus prisonnier des diktats de la diffusion (je n’achète même plus de magazine télé…) Je ne suis plus enchaîné à la publicité. Je ne suis plus obligé de bouffer la fin d’une émission indigeste en attendant celle que je veux voir. Bref, je ne subis plus, je déguste. Et j’ai de quoi faire : entre les sorties de DVD qui suivent de près la fin de saison d’une production récente et les intégrales de séries anciennes, j’en ai assez pour les vingt ans qui viennent… Que dis-je ? J’en ai assez pour tenir jusqu’à la fin de ma vie ! Enfin, en supposant que je cesse d’écrire, d’aller à l’hôpital deux fois par semaine, de voir les copains, d’aller au bowling ou à la piscine avec les enfants et d’assumer toutes les tâches matérielles qui encombrent la vie quotidienne. En supposant que je cesse de vivre, quoi !

 

Depuis que  je ne regarde plus que des séries, et que pour le plaisir (oui, et aussi pour en parler dans des bouquins, bien sûr, mais comme je dirige des bouquins collectifs, je laisse d’autres que moi traiter les séries que je n’ai pas envie de regarder…) je me suis remis à lire. Et une fois par semaine, je vais faire du bowling et je joue avec le club local. Et depuis quelques temps, je me remets à avoir envie d’aller au cinéma.

 

Tiens, d’ailleurs, la cinémathèque propose une rétrospective Sacha Guitry en ce moment, voyons le programme…


« Mmoui (voix de Sacha) c’est bien intéressant, tout ça… il faudrait décidément que j’aille y faire un tour… Car, Mon Dieu, pendant ce temps-là, l’intégrale des Soprano ne s’envolera pas, n’est-ce pas ? »

 

Martin Winckler

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PS  : Si vous voulez savoir ce qui sort en zone 1, allez jeter un œil sur www.tvshowsondvd.com, vous m’en direz des nouvelles. Jusqu'à aujourd'hui je pensais qu'il n'y avait pas de site français équivalent mais deux des trois premiers lecteurs de cet articles m'indiquent que si : www.dvdseries.net, quelle bonne nouvelle !
 

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  Prochains épisodes :

- Télécharger ou ne pas télécharger ?

- Les séries télévisées comme outil pédagogique.

- La critique de séries existe-t-elle en France ?

 

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Les séries que je déteste - par Martin WInckler  posté le mercredi 17 octobre 2007 23:45


Je me demande si ce titre n’est pas d’emblée fallacieux, parce qu’il n’y a pas beaucoup de séries que je déteste. Il y a surtout des séries que je n’aime pas beaucoup, ou pas du tout.

 
Par exemple, je n’aime pas Julie Lescaut, que je trouve moralisatrice, mal foutue mal écrit, mal jouée. Mais qui regarde encore Julie Lescaut ? Est-ce que c’est important d’aimer ou non Julie Lescaut ? Est-ce que ça remet vraiment la culture télévisuelle en question qu’on n’aime pas Julie Lescaut. Si je disais que Madame Bovary est un roman à l’eau de rose mal écrit, ou que Citizen Kane est une pochade narcissique, on serait en droit d’en discuter pied à pied. Mais Julie Lescaut…

 

J’aimais bien les tout premiers Navarro, en 1989-90, quand Roger Hanin n’avait que 64 ans et ne les faisait pas. C’était sympa. Ça s’appelait alors Le Système Navarro, en référence au fait que le commissaire et ses mulets jouaient au Loto en éliminant tous les numéros qu’ils avaient toujours envie de jouer, puisque ceux-là ne sortaient jamais, et en gardant ceux dont personne ne voulait. J’ai dû regarder la série pendant deux ou trois ans – peut-être une douzaine d’épisodes. Et puis ça m’a fatigué, je trouvais ça trop répétitif. Mais à l’époque (je n’écrivais pas d’articles sur les séries encore), je m’étais dit que c’était vraiment bien. Je n’ai pas honte de le dire aujourd’hui, et j’aimerais bien en revoir quelques-uns pour savoir si je penserais toujours la même chose.

 
Je n’ai jamais aimé La Petite Maison dans la Prairie, que j’ai toujours trouvée soporifique. La VF lénifiante de M6 y est peut-être pour quelque chose.

 
Alors que c’était l’une des séries les plus encensées de son époque, je n’ai jamais aimé Absolutely Fabulous, que je trouvais… pas drôle, parce que les héroïnes m’y semblaient caricaturales et je n’y trouvais pas le soupçon de tendresse qui aurait permis de les rendre supportables.

 

Je n’aime pas Seinfeld non plus parce que les personnages semblent n’y collectionner que les situations humiliantes ; or, je supporte mal de voir quiconque (même un personnage de fiction) se faire humilier, et encore moins se complaire dans l’humiliation. C’est pour la même raison que je n’aime pas Larry et son nombril (Curb your enthusiasm), qui est construite exactement sur le même thème, sur un mode encore plus pervers-narcissique puisque Larry David (créateur de Seinfeld…) s’y met lui-même en scène…

 
Je déteste, mais alors profondément, Un gars, une fille (version France 2, car la version québécoise est épatante, aux antipodes de ce qu’on nous a asséné ici) et Samantha Oups ! que je trouve vulgaires, racoleuses, hypocrites,  sexistes et d’une franchouillarderie telle qu’elles me donnent envie de fracasser des postes de télé à la hache comme le faisait (en noir et blanc) un personnage à la Choron dans Les Raisins Verts de Jean-Christophe Averty, dans les années 60. Autrement dit : elles m'énervent.

 
Je déteste profondément, mais alors plus que tout, CSI : Miami que je considère comme une série réactionnaire et crypto-fasciste, et le fait que David Caruso ne dispose, en tout et pour tout, que de trois expressions (les deux mains sur les hanches, le chaussage de Ray-Ban et le « Keep me posted ») n’est pas pour arranger les choses. Je l’ai regardée par acquit de conscience pendant trois saisons. Le jour où j’ai cessé, j’ai ressenti immédiatement un immense soulagement. Comme un homme qui a perdu vingt kilos en faisant un régime et se rend compte qu’il n’est plus gêné pour monter les escaliers…

 
Je peux me permettre de dire sereinement que je n’aime pas certaines séries parce qu’il m’arrive de commencer par ne pas aimer une série et par apprendre, ensuite, à l’apprécier. Je me souviens avoir été très déçu en regardant deux épisodes de Star Trek The Next Generation que Christophe Petit (lui-même critique et animateur de la revue Génération Séries pendant de nombreuses années) avait choisis et m’avait fait voir : je lui avais dit que ça me déplaisait parce que je n’y retrouvais pas la série des années 60, que j’aimais beaucoup. Christophe avait insisté en m'expliquant que précisément, ce n'était pas la série des années 60 mais une série nouvelle, plus adulte plus subtile, en me conseillant de reprendre depuis le début.

 

Finalement, j’ai regardé les 7 saisons de STTNG , les films, tout Deep Space Nine et une partie de Voyager, et je ne désespère pas de regarder aussi Enterprise même si elle ne vaut pas les trois autres… J’ai pareillement changé d’avis au sujet de Code Quantum, que mes enfants regardaient avec avidité et que je considérais d’un œil circonspect… jusqu’au moment où Christophe, encore lui, m’a proposé d’écrire un article à son sujet et où pressé par les uns et par les autres je me suis surpris à… la dévorer.

 
Pareillement, j’ai détesté Buffy contre les vampires tant que je n’ai vu que des extraits en VF sur M6, et je me suis mis à l’adorer quand j’ai commencé (brièvement) à en voir des épisodes en VO sur Série Club. Là, je me suis rendu compte à quel point on sabote certaines séries en France. Depuis, j’ai vu l’intégrale de Buffy et celle d’Angel en DVD, et je suis heureux d’avoir pu goûter à ces deux chefs-d’œuvre avant de devenir un (trop) vieux con. J’ai même le sentiment qu’elles m’ont aidé – et m’aident encore – à ne pas vieillir trop vite.

 
Quand je dis que "je n’aime pas" une série, ça ne veut pas dire que je la condamne ou que je la considère comme mauvaise ou que je méprise les gens qui la regardent (Qui suis-je pour porter pareils jugements ?) : heureusement, il faut de tout pour faire un monde. Je veux dire simplement que je n’éprouve aucun plaisir, pas même de l’intérêt à la regarder. Et, pour reprendre l'exemple de CSI : Miami, ça me gêne évidemment
beaucoup, en raison de son idéologie insuportable, qu’elle soit la série la plus regardée au monde (Eh oui... Vous ne regrettez pas l'époque où c'était Urgences ou même Baywatch/Alerte à Malibu ?) mais personne ne m’empêche de regarder autre chose et, je le sais très bien, c’est parce que les chaînes diffusent des programmes grand public qui leur rapportent beaucoup d’argent qu’elles peuvent donner leur chance à des séries qui plairont à un public plus réduit.

 
Il m’est arrivé d’aimer une série puis de ne plus l’aimer, parce que je me mettais à la considérer d'un autre oeil, plus lucide, et qu’un aspect qui m’avait d’abord échappé me la rendait très déplaisante. Il m’est arrivé de ne plus aimer une série, définitivement ou temporairement, parce que sa qualité avait baissé (Alias à partir de la saison 3, la 5e saison d’Ally McBeal, les saisons 7 et 8 de Friends…).

 

Il m’est arrivé de ne pas connaître une série et de dire que je ne l’aimais pas, par provocation. Ainsi, j’ai longtemps dit et écrit pis que pendre sur X-Files - avec une assez mauvaise foi - parce que les gloses interprétatives de certains fans me paraissaient vraiment insupportables : je pensais qu’il y n’avait pas de quoi en faire un fromage. Comme j'étais à l'époque un critique écouté, les fans m'en voulaient beaucoup. Sur les forums, certains menaçaient de me faire enlever par une soucoupe volante. Pour que je comprenne ma douleur. 

Et puis j’ai fait deux rencontres : d’abord, celle d’une enseignante amatrice de X-Files, Séverine Barthes, qui portait sur The X-Files un regard nuancé et m’a aidé à comprendre que c’était une bonne série, inégale mais souvent très intéressante, terriblement desservie par sa VF (l'humour et l'ironie des dialogues y disparaît complètement) ; plus tard, j’ai interviewé Frank Spotnitz, le bras droit et principal co-scénariste de Chris Carter. Son humour, son intelligence et sa modestie à l’égard de The X-Files (il aurait préféré, comme beaucoup de connaisseurs, qu’elle s’arrête à la 7e saison…) m’ont incité à reconsidérer ma position. Et grâce au DVD, j'ai pu regarder des épisodes choisis. Pour finir, j’ai même écrit une nouvelle, Le Mensonge est ici (reprise dans le recueil portant le même titre, chez Librio) en hommage à The X-Files et dont le personnage principal est Frank Spotnitz lui-même… Depuis, il n'y a plus d'OVNI au-dessus de ma maison. 

 
Quand on est amené à rencontrer les gens qui écrivent ou produisent des séries, on regarde leur travail autrement, bien sûr, avec plus ou moins de bienveillance et/ou d’intérêt, selon la qualité du contact qu'on a eu avec eux.

Ainsi, il y a quelques années, j’ai eu la chance de me rendre sur les plateaux de plusieurs séries produites par Touchstone, la section télévision de Disney. Le voyage de presse dont je faisais partie a rencontré les producteurs et acteurs d’Alias et de Scrubs (dont c’était la première saison), de la magnifique mais méconnue Once & Again (qui allait cesser peu de temps après), de Felicity et d’une comédie avec Jim Belushi intitulée According to Jim.

J’étais déjà conquis par Once & Again et Scrubs, et je me souviens de la rencontre avec leurs créateurs et leurs acteurs comme d’un moment de pur bonheur tant ils étaient drôles, intelligents et totalement en accord avec ce qu’on voyait sur l’écran. Pour Alias, ça n’a pas été la même chose. Comme beaucoup de spectateurs, j’avais été très impressionné par les premiers épisodes, que je trouvais spectaculaires et très réussis. Mon sentiment a beaucoup changé quand je me suis trouvé face à J.J. Abrams. Lorsque, les jours précédents, j’avais décrit Scrubs comme un Urgences loufoque à son créateur Bill Lawrence, ou dit combien je trouvais Once & Again encore plus abouti que My So-Called Life à son co-créateur, Marshall Herskowitz, je les avais entendus me répondre modestement que ça leur faisait très plaisir.

Croyant faire un compliment à Abrams (dans mon esprit, c’en était un) j’ai évoqué Mission : Impossible et les James Bond pour lui dire tout le bien que je pensais de sa série. Il m’a répondu sur un ton assez sec qu’il n’avait jamais regardé Mission : Impossible (« Non mais vous m’avez bien regardé ? » m’a-t-il fusillé du regard…) et que « Oui, en apparence, tous les films d’espionnage se ressemblent ». Sous-entendu : « Vous n’êtes même pas assez intelligent pour voir ce que ma série a d’original. » Et puis il s’est tourné vers un autre journaliste et ne m’a plus adressé la parole.

 

Ça ne m’a pas empêché de l’écouter attentivement. A la fin de la matinée, je m'étais forgé une opinion sans doute excessive, mais tenace, et que rien n’est venue détromper depuis (pas même Mission : Impossible III ou l’épouvantable perspective du prochain film Star Trek) : celle que J.J. Abrams était (à l’époque du moins) un petit con prétentieux à qui les chevilles venaient de gonfler bien trop vite. Depuis, je n’ai pas très envie de regarder les séries auxquelles son nom est associé. (Non, même pas Lost, désolé...) 

 

Finalement, c’est comme quand un écrivain passe à la télé. Et, bien que je ne sois pas souvent passé à la télé pour parler de mes livres de littérature, j’imagine que ça a bien dû arriver avec moi : si on trouve le gaillard prétentieux et antipathique, on n’a pas envie d’acheter ses livres.

 
Il y a des séries que je n’aurais pas dû aimer. Oz fait partie du lot. C’’est une série qui me faisait peur, par la violence de son contenu et de son traitement, et je n’ai jamais pu la regarder autrement que seul, tant je redoutais l’effet de sa violence sur celles ou ceux qui auraient pu la regarder avec moi. Et pourtant je l’ai regardée jusqu’au bout, quand j’ai compris que cette violence n’était pas un effet décoratif, mais le sujet même de la série : la violence des relations humaines, amour inclus. Et je suis heureux de l’avoir regardée, même si je sais que je ne la regarderai probablement jamais plus : il y a ainsi des films ou des romans qu’on est heureux de connaître, de par l’expérience marquante qu’ils nous ont fait vivre… mais qu’on n’a pas envie de renouveler.

 

Pendant longtemps, j’ai trouvé Les Soprano insupportable. Je ne comprenais pas qu’on puisse faire d’un mafioso, assassin sans scrupule, le héros d’une chronique. Alors je ne l’ai pas regardée. Mais j’ai écouté ce qu’on me disait, j’ai lu les critiques anglo-saxons et j’ai eu un jour l’occasion d’interviewer David Chase, son créateur. Je lui ai demandé comment il avait eu l’idée de la série. Sa femme était présente (ils étaient en vacances à Paris tous les deux). Elle a dit « Est-ce que je peux répondre ? » J’ai souri, j’ai regardé Chase, il a dit : » Elle peut vous raconter, c’est de sa faute. » Et sa femme poursuit : « Il essayait d’écrire une série qui parle d’un scénariste de télé, et il ne trouvait pas comment faire. Je lui ai dit : ‘Tu as des relations tellement compliquées avec ta mère, tu devrais écrire une série sur les relations entre un scénariste de télé et sa mère. Tu sauras exactement quoi dire.’ » Et David Chase enchaîne : « J’ai trouvé que c’était une très bonne piste. Mais au bout d’un moment, je me suis dit que ça ne marchait pas. Et puis j’ai eu l’idée de transformer le scénariste en mafioso. Et voilà… »

 

Or, Nancy Marchand, la comédienne qui interprète le rôle de Livia Soprano, la mère de Tony, est décédée entre la 1ère et la 2e saison. Cela aurait pu ruiner complètement le projet initial si David Chase n’avait pas été un vrai créateur. Il a surmonté cette disparition et a fait des Soprano l’une des productions les plus accomplies de la télévision.

 

Il y a quelques semaines, j’ai regardé le dernier épisode des Soprano, après qu’il a été diffusé sur HBO. J’avais entendu dire que la fin, plutôt abrupte pour le spectateur à défaut de l’être pour le personnage, avait fait hurler. Cette fin, je l’ai trouvée extrêmement audacieuse et, contrairement à beaucoup de critiques, d’une grande sobriété, d’une grande humilité. Du coup, je me suis dit qu’il était peut-être temps de surmonter mes préjugés. J’ai commandé le coffret des quatre premières saisons. Et, dès qu’il est arrivé, je me suis mis à regarder. J’en suis au sixième épisode. C’est vachement bien.

 

Il y a sept ans, quand la série a commencé, je n’étais probablement pas prêt. Comme quoi, une bonne série, c’est comme un bon vin ou un bon roman.

Pour l’apprécier, il faut la laisser vieillir un peu.

Et mûrir entretemps.

 

Martin Winckler

 

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