Mes habitudes de lecteur ont changé au fil des années.
Adolescent et jeune homme, je lisais des BD, des comics, des romans
policiers, de la SF. Peu de romans français.
À trente ans, je lisais encore énormément de comic-books et des
romans – le plus souvent anglo-saxons, mais je m’étais
mis à à lire des romans en français… et à en écrire.
Je lisais beaucoup de revues de cinéma. Aujourd’hui je lis essentiellement des revues en ligne et des livres de vulgarisation scientifique – également anglo-saxons, toujours en anglais. Les romans français que je lis sont presque tous publiés par P.O.L. Je ne lis plus de revues de ciném/
Je ne lis plus de comic-books et seulement rarement des BD. Mais
j’ai des piles de recueils de nouvelles policières en anglais
sur ma table de nuit. Je les achète le plus souvent
d’occasion, par correspondance, sur des sites britanniques ou
américains. Je peux dire que la nouvelle policière est le genre que
j’ai lu avec le plus de constance, probablement depuis que
j’ai découvert Sherlock Holmes, vers 10 ou 12 ans.
Mes habitudes de spectateur ont changé au fil des années. Je
regardais beaucoup la télévision il y a 10 ans. Je faisais partie
des quelques centaines de milliers de personnes qui avaient le
câble dans leur rue, j’ai découvert Friends et
NYPD Blue sur Jimmy, j’avais quatre magnétoscopes,
j’enregistrais à tour de bras, et j’étais chroniqueur à
l’hebdo Télécâble.
Aujourd’hui, je n’allume pratiquement
plus jamais un poste de télévision, si ce n’est pas pour
regarder un DVD et je regarde essentiellement des séries (parfois,
des films), souvent sur mon ordinateur portable. Je lis beaucoup la
presse télé américaine en ligne (TVGuide, Zap2it.com,
EW.com) et presque pas la presse télé française. Pas par
mépris mais tout simplement parce que, comme beaucoup de
contemporains, je ne l’ai que rarement sous les yeux : le
kiosque de la gare que je fréquente n’a pas Génériques, par
exemple, alors je ne pense pas à l’acheter, et les premiers
numéros que j’ai feuilletés ne m’ont pas donné envie de
m’y abonner.
Par ailleurs, avoir travaillé dans beaucoup de revues consacrées aux séries qui paraissaient avant que ça ne devienne à la mode (Génération Séries, Episode…) me rend assez critique à l’égard de celles qui paraissent aujourd’hui.
Ces habitudes de lecteur et de spectateur ont certainement changé avec le type de livres et de spectacles – tout a beaucoup changé depuis que j’avais 10 ou 12 ans et que j’allais voir un film chaque dimanche au cinéma de la place de la mairie à Pithiviers, et parfois à la Salle Paroissiale où ils repassaient en général les « Grands Films » en cinémascope comme Lawrence d’Arabie ou l’incontournable Docteur Jivago, que j’ai subi une dizaine de fois (c’était un des films préférés de ma mère) et qui m’a laissé un souvenir abominable.
Tout a beaucoup changé depuis que mes feuilletons préférés étaient Rocambole, Les Cinq dernières minutes et Mission : Impossible... en noir et blanc.
Aujourd’hui, le choix de films ou de séries ou de livres est monstrueusement plus important qu’il y a quarante ans. Comme on ne peut pas tout regarder, inévitablement, on fait des choix.
Mais je sais que mes habitudes ont changé aussi, bien sûr, parce que j’ai changé. Je ne lis plus de la même manière : je suis plus exigeant, moins crédule, parce que j’écris moi aussi et parce que je sais ce qu’on peut mettre ou omettre dans un texte, et comment on fait en sorte de jouer avec le lecteur.
Je ne regarde plus les films et les séries de la même manière parce
que j’accorde plus d’importance à des aspects que
j’ignorais ou qui me passaient par-dessus la tête quand
j’avais 13 ans – ou même 33 : le contexte politique,
les allusions à l’actualité ou à l’histoire, les
références culturelles.
J’ai appris à faire la différence entre les séries que je regarde, toujours par plaisir, mais aussi par goût de la culture et de l’histoire de l’Amérique (Cold Case, Swingtown, Mad Men, 30 Rock, Law & Order), par intérêt pédagogique ou éthique (Grey’s Anatomy, House, M.D. et les séries médicales en général et, bien sûr, Law & Order), pour oublier mes soucis (Numb3rs, NCIS, Bones, les comédies en général), par admiration narrative et/ou esthétique (Damages, Law & Order, Cold Case, Mad Men, Pushing Daisies, The Office), par sensibilité (Brothers & Sisters, Army Wives, Swingtown encore), par goût pour les personnages ou leur situation (Chuck, Life, Life on Mars) ou… parce que je les regarde depuis le début et qu’elles ne m’ont, jusqu’ici, jamais déçu (CSI, Without a Trace, Cold Case, Law & Order -- et je vais me remettre à L&O : Criminal Intent, car l'infâme executive producer Warren Leight l'a quittée et ce sont deux vétérans de L&O, Walon Green et Michael Chernuchin qui prennent le relais, et puis Jeff Goldblum succède à Chris Noth, alors je ne vais pas rater ça).
Mais mes habitudes n’ont pas, en elles-mêmes, d'importance au-delà du cercle restreint que constituent mon entourage et les lecteurs de ce blog.
En revanche, les habitudes du public américain de télévision sont
peut-être elles aussi en train de changer…
Je lis ce matin dans Zap2it.com que pour la quatrième semaine
d’affilée, c’est ABC et non CBS qui est le network le
plus regardé. Par curiosité, je suis allé scruter la grille des
programmes, et quelque chose m’a frappé immédiatement : pour
toutes les chaînes, le public visé est principalement féminin, mais
sur ABC, le casting des émissions l'est aussi :
aussi bien celui des séries - Desperate Housewives, Brothers
& Sisters, Ugly Betty, Grey’s Anatomy,Private Practice,
Samantha Who ? – que celui de émissions de
téléréalité : Extreme Makeover Home Edition, Dancing with the
Stars, Wife Swap, Supernanny…
Alors que sur CBS, leader depuis 8 ou 9 ans, les séries sont majoritairement des crime dramas ou des comédies d’une demi-heure. ABC n’a qu’une seule comédie de 30 minutes (Samantha Who ?, depuis la mi-saison 2007) et un seul crime drama (Life on Mars, depuis le 9 octobre 2008 !). Toutes ses séries sont "semi-réalistes". Et la seule qui soit franchement décalée de la réalité (Pushing Daisies) - et nettement plus originale que les autres - a du mal à trouver son public.
Ce qui me donne à penser que nous nous trouvons peut-être à
l’aube d’une nouvelle ère - ou, plus modestement, à un
nouveau carrefour - car si cette prééminence de ABC se confirmait,
elle influera sans aucun doute sur la nature des programmes qui «
domineront » le petit écran dans les années à venir. Le succès
appelle les copies de ce succès...
Martin Winckler
------- En illustration : Chuck (Anna Friel) et Ned (Lee Pace), les amoureux qui, sous peine de mort, ne peuvent jamais se toucher -- Pushing Daisies (ABC, depuis 2007).
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Mon DVD de la semaine
Koba Films réédite en deux DVD Les Aventures de Lagardère, version très fidèle au cycle de romans de Paul Féval dont Le Bossu est le volume le plus connu. Jean Piat y est épatant en Lagardère, Sacha Pitoëff glaçant en Gonzague. Si Le Bossu de De Broca, avec Daniel Auteuil et Fabrice Luchini, est à mon humble avis la meilleure version cinéma, cette mini-série (deux fois 100 minutes) des années 60, réalisée par Jean-Pierre Decourt, est la meilleure à la télévision, bien au-dessus de la calamiteuse (et pudibonde) version Canal +/France 2 du début des années 2000... Tout y est épatant : les acteurs (il y a une série de gueules dans les seconds rôles...), les paysages et la narration. Et l'insolence des personnages reflète bien aussi la révolte montante contre les pouvoirs de l'époque. L'immense majorité des séries françaises contemporaines ne peuvent pas en dire autant.
Si vous ne l'avez jamais vu, je vous recommande vivement ce Lagardère qui ne vend ni armes ni journaux mais qui manie l'épée (pour le bien) et le verbe (avec esprit) comme aucun autre Lagardère ne l'a fait depuis.
MW
Le site de Koba Films : http://www.kobafilms.fr/index.php

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