Accueil Date de création : 01/10/07 Dernière mise à jour : 27/05/09 21:10 / 42 articles publiés
 

Evolution  posté le mercredi 15 octobre 2008 09:11

Mes habitudes de lecteur ont changé au fil des années.
Adolescent et jeune homme, je lisais des BD, des comics, des romans policiers, de la SF. Peu de romans français.


À trente ans, je lisais encore énormément de comic-books et des romans – le plus souvent anglo-saxons, mais je m’étais mis à à lire des romans en français… et à en écrire.

Je lisais beaucoup de revues de cinéma. Aujourd’hui je lis essentiellement des revues en ligne et des livres de vulgarisation scientifique – également anglo-saxons, toujours en anglais. Les romans français que je lis sont presque tous publiés par P.O.L. Je ne lis plus de revues de ciném/ 


Je ne lis plus de comic-books et seulement rarement des BD. Mais j’ai des piles de recueils de nouvelles policières en anglais sur ma table de nuit. Je les achète le plus souvent d’occasion, par correspondance, sur des sites britanniques ou américains. Je peux dire que la nouvelle policière est le genre que j’ai lu avec le plus de constance, probablement depuis que j’ai découvert Sherlock Holmes, vers 10 ou 12 ans.


Mes habitudes de spectateur ont changé au fil des années. Je regardais beaucoup la télévision il y a 10 ans. Je faisais partie des quelques centaines de milliers de personnes qui avaient le câble dans leur rue, j’ai découvert Friends et NYPD Blue sur Jimmy, j’avais quatre magnétoscopes, j’enregistrais à tour de bras, et j’étais chroniqueur à l’hebdo Télécâble.


Aujourd’hui, je n’allume pratiquement plus jamais un poste de télévision, si ce n’est pas pour regarder un DVD et je regarde essentiellement des séries (parfois, des films), souvent sur mon ordinateur portable. Je lis beaucoup la presse télé américaine en ligne (TVGuide, Zap2it.com, EW.com) et presque pas la presse télé française. Pas par mépris mais tout simplement parce que, comme beaucoup de contemporains, je ne l’ai que rarement sous les yeux : le kiosque de la gare que je fréquente n’a pas Génériques, par exemple, alors je ne pense pas à l’acheter, et les premiers numéros que j’ai feuilletés ne m’ont pas donné envie de m’y abonner.

Par ailleurs, avoir travaillé dans beaucoup de revues consacrées aux séries qui paraissaient avant que ça ne devienne à la mode (Génération Séries, Episode…) me rend assez critique à l’égard de celles qui paraissent aujourd’hui.

Ces habitudes de lecteur et de spectateur ont certainement changé avec le type de livres et de spectacles – tout a beaucoup changé depuis que j’avais 10 ou 12 ans et que j’allais voir un film chaque dimanche au cinéma de la place de la mairie à Pithiviers, et parfois à la Salle Paroissiale où ils repassaient en général les « Grands Films » en cinémascope comme Lawrence d’Arabie ou l’incontournable Docteur Jivago, que j’ai subi une dizaine de fois (c’était un des films préférés de ma mère) et qui m’a laissé un souvenir abominable.

Tout a beaucoup changé depuis que mes feuilletons préférés étaient Rocambole, Les Cinq dernières minutes et Mission : Impossible... en noir et blanc.

Aujourd’hui, le choix de films ou de séries ou de livres est monstrueusement plus important qu’il y a quarante ans. Comme on ne peut pas tout regarder, inévitablement, on fait des choix.

Mais je sais que mes habitudes ont changé aussi, bien sûr, parce que j’ai changé. Je ne lis plus de la même manière : je suis plus exigeant, moins crédule, parce que j’écris moi aussi et parce que je sais ce qu’on peut mettre ou omettre dans un texte, et comment on fait en sorte de jouer avec le lecteur.


Je ne regarde plus les films et les séries de la même manière parce que j’accorde plus d’importance à des aspects que j’ignorais ou qui me passaient par-dessus la tête quand j’avais 13 ans – ou même 33 : le contexte politique, les allusions à l’actualité ou à l’histoire, les références culturelles.

J’ai appris à faire la différence entre les séries que je regarde, toujours par plaisir, mais aussi par goût de la culture et de l’histoire de l’Amérique (Cold Case, Swingtown, Mad Men, 30 Rock, Law & Order), par intérêt pédagogique ou éthique (Grey’s Anatomy, House, M.D. et les séries médicales en général et, bien sûr, Law & Order), pour oublier mes soucis (Numb3rs, NCIS, Bones, les comédies en général), par admiration narrative et/ou esthétique (Damages, Law & Order, Cold Case, Mad Men, Pushing Daisies, The Office), par sensibilité (Brothers & Sisters, Army Wives, Swingtown encore), par goût pour les personnages ou leur situation (Chuck, Life, Life on Mars) ou… parce que je les regarde depuis le début et qu’elles ne m’ont, jusqu’ici, jamais déçu (CSI, Without a Trace, Cold Case, Law & Order -- et je vais me remettre à L&O : Criminal Intent, car l'infâme executive producer Warren Leight l'a quittée et ce sont deux vétérans de L&O, Walon Green et Michael Chernuchin qui prennent le relais, et puis Jeff Goldblum succède à Chris Noth, alors je ne vais pas rater ça).

Mais mes habitudes n’ont pas, en elles-mêmes, d'importance au-delà du cercle restreint que constituent mon entourage et les lecteurs de ce blog.


En revanche, les habitudes du public américain de télévision sont peut-être elles aussi en train de changer…

Je lis ce matin dans Zap2it.com que pour la quatrième semaine d’affilée, c’est ABC et non CBS qui est le network le plus regardé. Par curiosité, je suis allé scruter la grille des programmes, et quelque chose m’a frappé immédiatement : pour toutes les chaînes, le public visé est principalement féminin, mais sur ABC, le casting des émissions l'est aussi : aussi bien celui des séries - Desperate Housewives, Brothers & Sisters, Ugly Betty, Grey’s Anatomy,Private Practice, Samantha Who ? – que celui de  émissions de téléréalité : Extreme Makeover Home Edition, Dancing with the Stars, Wife Swap, Supernanny…

Alors que sur CBS, leader depuis 8 ou 9 ans, les séries sont majoritairement des crime dramas ou des comédies d’une demi-heure. ABC n’a qu’une seule comédie de 30 minutes (Samantha Who ?, depuis la mi-saison 2007) et un seul crime drama (Life on Mars, depuis le 9 octobre 2008 !). Toutes ses séries sont "semi-réalistes". Et la seule qui soit franchement décalée de la réalité (Pushing Daisies) - et nettement plus originale que les autres - a du mal à trouver son public.


Ce qui me donne à penser que nous nous trouvons peut-être à l’aube d’une nouvelle ère - ou, plus modestement, à un nouveau carrefour - car si cette prééminence de ABC se confirmait, elle influera sans aucun doute sur la nature des programmes qui « domineront » le petit écran dans les années à venir. Le succès appelle les copies de ce succès...

Martin Winckler

 

------- En illustration : Chuck (Anna Friel) et Ned (Lee Pace), les amoureux qui, sous peine de mort, ne peuvent jamais se toucher -- Pushing Daisies (ABC, depuis 2007).

 

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Mon DVD de la semaine 

Koba Films réédite en deux DVD Les Aventures de Lagardère, version très fidèle au cycle de romans de Paul Féval dont Le Bossu est le volume le plus connu. Jean Piat y est épatant en Lagardère, Sacha Pitoëff glaçant en Gonzague. Si Le Bossu de De Broca, avec Daniel Auteuil et Fabrice Luchini, est à mon humble avis la meilleure version cinéma, cette mini-série (deux fois 100 minutes) des années 60, réalisée par Jean-Pierre Decourt, est la meilleure à la télévision, bien au-dessus de la calamiteuse (et pudibonde) version Canal +/France 2 du début des années 2000... Tout y est épatant : les acteurs (il y a une série de gueules dans les seconds rôles...), les paysages et la narration. Et l'insolence des personnages reflète bien aussi la révolte montante contre les pouvoirs de l'époque. L'immense majorité des séries françaises contemporaines ne peuvent pas en dire autant.

Si vous ne l'avez jamais vu, je vous recommande vivement ce Lagardère qui ne vend ni armes ni journaux mais qui manie l'épée (pour le bien) et le verbe (avec esprit) comme aucun autre Lagardère ne l'a fait depuis.

MW

Le site de Koba Films : http://www.kobafilms.fr/index.php

 

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Tous les commentaires de l'article:
Evolution

  • Geoffroy Klompkes mailto

    mar 04 nov 2008 09:13

    Juste un petit post-scriptum à mon commentaire sur "The Wire". Je viens de terminer la cinquième et ultime saison et je confirme qu'il s'agit bien là d'une série exceptionnelle, au sens le plus fort du mot. Dix épisodes seulement dont un dernier d'une heure trente en guise d'épilogue qui arrache régulièrement des larmes. Le même déchirement qu'au moment de refermer un énorme roman qui a rempli tellement d'heures de lecture. Alors, je ne sais pas si c'est la meilleure série de tous les temps. Je sais juste deux choses: 1. c'est une oeuvre magistrale, tous supports confondus. 2. Toute personne ayant vu la série se demande forcément si elle ne pourrait pas être la meilleure série de tous les temps. Dans le fond, l'important n'est pas de savoir si elle l'est vraiment, ce qui est significatif, c'est qu'on se pose la question. Quel vide terrible, maintenant que c'est fini...

  • Lord-of-babylon mailto

    dim 02 nov 2008 16:42

    Bonjour Martin. Concernant Lagardère j'ai appris qu'il y avait une version de 6 fois 50 minutes. Il semblerait que ce soit un autre montage qui est édité ici ? Est-ce dommageable ?

  • jacques mailto

    ven 31 oct 2008 23:56

    Copie de l'email envoyé par mes soins à Kobafilms :
    Bonjour,

    Je vous écris à propos de votre récente - et comme on va le voir médiocre - édition dvd des "aventures de lagardère" avec Jean Piat ...

    Malheureusement, c'est la version "cinéma" de Lagardère que vous avez le toupet de proposer au consommateur : donc très tronquée par rapport à la version tv bien plus complète (6 épisodes de 50 minutes = 300 minutes)
    Il aurait évidemment été bien plus intéressant, respectueux et logique de nous proposer l'intégrale de la série au lieu de cette version "light" qui comporte nombre de raccourcis à l'emporte pièce : environ 80 minutes passées à la trappe !!!

    Une belle occasion de manquée de votre part de faire vraiment plaisir aux nostalgiques de cette magnifique série : j'espère que le bouche à oreille fonctionnera rapidement et que vos ventes s'en ressentiront, négativement bien sûr ...

    Je suis à la fois déçu et en colère : était ce si compliqué de faire les choses correctement en proposant une intégrale digne de ce nom pour répondre aux attentes d'un public forcément composé en grande partie de nostalgiques de ce beau feuilleton et non de sa version cinéma style "reader's digest" ?

    Je sais que c'est une époque de "zapping" à outrance mais quand même ...
    Comptez sur moi pour faire circuler cette - mauvaise - nouvelle auprès de tous les amateurs sur tous les sites concernés ...

  • jacques mailto

    ven 31 oct 2008 23:31

    malheureusement, c'est la version "cinéma" de Lagardère qui est proposée en dvd : donc très tronquée par rapport à la version tv (6 épisodes de 50 minutes = 300 minutes)
    Il aurait été bien plus intéressant de nous proposer l'intégrale de la série ...

  • Emmanuelle mailto

    jeu 16 oct 2008 16:27

    Quelques petites réactions au texte de Martin:
    Qu'est-ce que la presse télé française, me suis-je demandé? Télé 7 jours? C'est pas terrible (il faut voir les couvertures : la Star Ac, PPDA, pfff...) mais au moins il ont fait deux pages sur Mad Men lors de sa première diffusion sur Canal Plus. Je préfère Télérama, qui pointe des émissions sur des chaines du satellite dont les autres journaux ne parlent pas.
    Quant à "Génériques", je le lis souvent, il me semble être un TRES bon magazine. Pour qui aime les séries bien sûr.

    Il est vrai qu'on évolue en vieillissant ( et heureusement, si la vie n'était qu'une répétition, quel ennui), et j'aime bien aussi les séries avec un contexte historique et culturel réél. J'en reviens toujours pour ma part, à "Rescue me". Je sais, je radote...

    Je ne sais pas si le public visé des séries actuelles est féminin. Vraiment, je suis dubitative. Les femmes travaillent quasi autant que les hommes, non? Ou alors je me trompe, et les producteurs cherchent à remplacer "Les feux de l'amour" (je l'ai vu une fois, même pas en entier, tellement c'était...pénible. Comment un truc pareil existe????). "Prison Break", c'est aussi pour les femmes? Pour le beau Michael et la jolie Sarah...????

    Cent fois d'accord pour le DVD "Les Aventures de Lagardère".
    J'ai vu récemment des films muets avec Louise Brooks, et un des films ressemblait à un épisode de Cold Case. Et j'ai plus été ému par Louise Brooks, même sans paroles, même en noir et blanc.
    Ancien ne veut pas dire vieux, et encore moins inintéressant par rapport aux productions actuelles.
    Comme les livres quoi...

  • Geoffroy Klompkes mailto

    jeu 16 oct 2008 10:13

    Concernant "Génériques", les premiers numéros étaient effectivement illisibles, avec une prose absconse digne des heures les plus ardues de "Positif". On y confondait trop prendre les séries au sérieux et se prendre sérieux. C'est beaucoup mieux aujourd'hui et la revue a le mérite d'offrir une approche intéressante, différente et complémentaire de celles que des vétérans (pardon, j'espère ne pas vous offenser ;-) ) comme vous ou Alain Carrazé peuvent avoir. Je précise que je n'ai aucune action dans ce magazine.

    Au risque de paraître lourdement insistant, je vous recommande plus que jamais "The Wire". Je suis quasiment certain, connaissant votre goût des choses humaines et morales, que vous devriez aimer.