Accueil Date de création : 01/10/07 Dernière mise à jour : 27/05/09 21:10 / 42 articles publiés
 

Six feet under : des fantômes, des fantasmes et des hommes  posté le dimanche 04 janvier 2009 15:19

Fantôme (qui se dit d’un mort parmi les vivants) et fantasme ont la même étymologie. Celle-ci renvoie aux apparitions, aux hallucinations, en somme aux images. Décrite comme une grande série sur la mort et l’homosexualité, Six Feet Under transcende largement ces deux thèmes. Elle nous donne à voir ce que nous savons pourtant déjà : les êtres humains sont faits de fantômes et de fantasmes.

Fantasmes, fantômes, et images : c’est la combinaison secrète et magique de Six Feet Under.

Ainsi, au-delà du gimmick qui ouvre chaque épisode et vient opportunément nous rappeler la présence et la banalité de la mort, nous mettant ainsi « en condition »,  les auteurs incorporent littéralement la présence des fantômes dans la vie de leurs personnages. Leur père ou époux, dont la mort brutale ouvre le récit, fait des apparitions régulières dans les moments clefs de leur vie. Le traitement des apparitions du fantôme-père est particulièrement intéressant. Loin des contours éthérés et inquiétants que revêtent habituellement les fantômes  à l’écran, celui-ci a tout de l’homme ordinaire : il parle, il blague,  il fume, et il boit. Bref, il est aussi vivant que vous et moi, avec juste cette absence d’inhibition qui signale  qu’il est débarrassé de la contrainte d’être vivant.

C’est qu’il est filmé comme les autres personnages de l’histoire : point de halo lumineux l’entourant, point de musique céleste lorsqu’il apparaît. Ce procédé matérialise ce que vivent les endeuillés : les figures importantes et disparues de nos vies ont la force des vivants présents autour de nous, elles vivent dans notre esprit. Voulez vous leur échapper ? Elles se rappellent à vous car elles font partie de vous. Ce que la série montre également bien, c’est que le fantôme du mort n’est pas le mort. C’est l’homme vivant que chacun fait revivre, développant avec lui une relation fantasmagorique qui fait suite à la relation particulière qu’il entretenait de son vivant.  Finalement, les fantômes sont vivants et bien vivants, mais dans notre imagination.

Car les fantasmes sont omniprésents. Prenons le cas de David : toute sa personnalité, tout son parcours nous sont racontés à travers la représentation de ses fantasmes (homosexuel honteux, puis  assumant son choix, en couple, passant par tous les hauts et les bas de cette relation : conflits de la cohabitation quotidienne, expériences sexuelles, désir de paternité). Du jeune homosexuel assassiné dans la première saison, fantôme défiguré avec lequel il a un dialogue fantasmé, à ses multiples fantasmes sexuels (ah ! la scène de l’église, où il prêche devant une assemblée d’éphèbes nus – ou celle où, brusquement excité par le jeune animateur du club de danse, il lui roule illico une énorme pelle), jusqu’à ce personnage habillé d’une capuche rouge qui vient le hanter dans la dernière saison, tout ce qui le hante, l’excite, le guide ou le perd est représenté à l’image.

Le spectateur se fait régulièrement piéger par ces scènes. Aucune indication, à l’écran, ne vient nous prévenir que l’on entre dans le fantasme. C’est au spectateur de le comprendre et le quart de seconde (ou plus parfois) qu’il met à le réaliser, lui permet de se confronter à son propre imaginaire. Ainsi, les fantasmes non seulement s’imposent comme la réalité, mais la série parvient à dévoiler comment ils agissent sur elle, et sur chacun d’entre nous, pour la (nous) transformer.

Parfois, les auteurs choisissent au contraire de faire basculer le récit dans la féérie, et alors ils ne lésinent pas sur les moyens : les personnages se transfigurent pour chanter et danser leurs émotions, devenant ainsi « Bigger than life ». Car si les fantasmes transforment notre vie réelle, ils nous permettent également d’être, même un instant, autres que nous-mêmes.

Loin d’être morbide, Six Feet Under adresse aux vivants ce message : la mort est partout (et d’abord en nous), et, à cause de cela, nous sommes peuplés de fantômes et de fantasmes : mais c’est aussi ce qui nous fait vivre, évoluer, créer. Ce n’est pas le triomphe de la mort, c’est le triomphe de la fantaisie. Des fantômes et des fantasmes, nous faisons des images qui nous aident à vivre.  

Florence Sacchettini

 

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Tous les commentaires de l'article:
Six feet under : des fantômes, des fantasmes et des hommes

  • Alexis Z.

    mer 11 fév 2009 12:54

    Oui, bien vu, bien dit, merci !
    C'est effectivement une série pleine de vie et même revigorante. Faudrait quand même que je trouve le moyen de voir la fin...

  • Cyrille

    lun 05 jan 2009 13:17

    Merci pour ce joli texte sur cette série des plus troublantes. Une pensée émue pour Nate, et merci pour les créateurs de Six Feet Under de nous permettre d'entrevoir l'âme humaine.