Chère Clara, Cher Gilles et cher JP,
Vous êtes des êtres étranges. D’abord pour votre saison deux,
là où certains se contentent d’une nouvelle coupe de cheveux,
vous choisissez de changer totalement d’apparence. Voilà qui
n’est pas banal. Même si l’on rechigne pendant
plusieurs épisodes- le téléspectateur n’aime pas qu’on
lui change ses habitudes- cette métamorphose, plus qu’une
contrainte, apparaît petit à petit comme une chance, votre chance.
Car ce qu’il révèle, c’est que vous, Clara, Gilles et
JP, personnages de fiction, dépassez largement vos interprètes.
Certes, héros parisiens bobos, vous avez tout pour être énervants
(et vous l’êtes, parfois au plus haut point). Mais en dépit
de la légèreté d’abord accablante de vos petites histoires de
cœur et de cul, il y a chez vous une personnalité, une
originalité, une fantaisie qui ne cherche qu’à jaillir pour
dépasser le mot d’esprit –que vous pratiquez à
outrance, et avec talent, il faut le dire- et qui finit par éclater
enfin, dans la deuxième partie de la saison deux.
Vous existez par vous mêmes, et mieux, vous faîtes exister une
liberté rare à la télévision française. Contrairement à vos
contemporaines New-yorkaises, qui, dans « Sex and the
city » étalent leur soi disant liberté de mœurs tout en
rêvant bêtement au Prince Charmant, vous osez la révolution
amoureuse. D’abord à votre corps défendant, et puis
franchement, parce qu’il faut bien se rendre à
l’évidence : vous êtes ni homme ni femme, mais plutôt mi
homme, mi femme, à côté, en dehors, entre les deux. Surtout vous,
JP et Gilles. D’ailleurs, vous allez expérimenter
l’Erotisme avec un grand E et l’Amour avec un grand A,
et faire basculer le téléspectateur dans une autre dimension.
Certains indices de cette révolution étaient présents dans la
saison un. On y voyait un Gilles « omni érotique », objet
et sujet de tous les désirs, (tout en arborant, c’est sa
malice, les traits classiques du fantasme hétérosexuel moyen),
introduisant le début d’un commencement de conception
d’une sexualité qui ne serait pas lié au sexe/genre, mais qui
les transcenderait. Au début de la saison 2, tout occupés à nous
agacer des minauderies de Clara, nous avions oublié cet aspect de
votre histoire. Il revient sonner à la porte (de JP) avec une force
extraordinaire, qu’illustre à merveille
l’extraordinaire rêve/cauchemar de Clara.
Ainsi, JP, tu aimes le corps de Gilles (ce qui donne lieu au
meilleur gros plan de fesses masculines poilues2 qu’il
m’ait été donné de voir à la télé à une heure de grande
écoute), et il se pourrait même que tu aimes Gilles, mieux que
Clara ! Et Gilles, tu te laisses happer par JP, malgré ton
désir ardent de paternité ! Mais alors, cela signifierait-il
qu’il y a de l’amour possible par delà tout objectif de
reproduction ? Et, plus prosaïquement, que mêmes les hommes
les plus virils peuvent pratiquer (avec grâce de surcroît) la
sodomie ? Je ne peux que saluer votre liberté, et le
souffle érotique et philosophique qu’elle insuffle à notre si
petit écran : vous lui ouvrez grand les portes de
l’amour et de la réflexion. Clara, Gilles et JP, dîtes merci
à vos auteurs car ils doivent bien vous connaître et vous aimer,
pour vous oser vous emmener sur ces chemins.
Je noterai juste que le couple hétérosexuel classique (et donc toi,
Clara, grande perdante de cette valse à trois temps) est décrit
comme une impasse, alors que les autres formes de couple débouchent
sur la possibilité d’un amour. Alors, Clara, Gilles et JP,
cela signifierait-il que le couple homo est l’avenir du
couple hétéro ? Que l’homme est l’avenir de
l’homme ? Ou qu’il faut pour réinventer
l’amour, se débarrasser totalement des lourdes pesanteurs de
la tradition hétérosexuelle patriarcale ? Je vous donne
jusqu’à la fin de la saison trois, pour répondre, à votre
manière, légère et radicale, à cette grave question.
Florence Sacchettini
Post-Scriptum 1 : est-il vraiment utile que vous vous pavaniez
dans des appartements de trop grand standing et qu’on nous
bombarde d’images clichées de Paris? S’agit-il de nous
en mettre plein la vue ? Portez plainte contre vos
producteurs, car ils vous méprisent, en même temps qu’ils
nous méprisent. Nous n’avons pas besoin de vos atours, vos
attraits sont autrement supérieurs.
Post Scriptum 2 : il faut que vous couchiez ensemble,
vous les hommes, pour qu’on vous voie nus à l’écran. Si
vous couchez avec une femme, c’est la femme que l’on
verra nue. Conclusion, vous filmez toujours votre désir.
--------------------
Comme Florence Sacchettini, envoyez-nous vos textes sur les séries sur ce blog. Tous les détails (à lire avant d'écrire) sont sur cette page :http://martinwinckler.blog.toutlecine.com/6664/Ce-blog-devient-collaboratif-contributif-collectif/

Commentaires