Je voudrais profiter de ce blog pour lancer un appel aux
scénaristes du monde entier. Cet appel, je ne suis pas dupe, a peu
de chances d’être entendu. Au moins me permettra-t-il
d’exprimer un agacement qui, peut-être, rencontrera le vôtre.
Cet appel pourrait être résumé en ces mots : halte aux prises
d’otages dans les séries!
C’est un cliché narratif assez pénible. Il semblerait que
chaque série ou presque, à un moment de son existence, doit avoir
son épisode avec prise d’otages. De Without a Trace (en fin
de saison 1) à Dirt, de House M.D. à Desperate Housewives, de Alias
à 24, quasi toutes y passent à un moment donné. La pourtant très
bonne Avocats et Associés y a déjà eu recours à (au moins) deux
reprises.
On voit bien la fonction de ces épisodes : mettre les
personnages qu’on aime dans une situation de danger, créer
une tension, fut-elle artificielle. Mais c’est à un véritable
détournement de série qu’on assiste habituellement. A la
place de l’enquête sur des personnes disparues ou de la
chronique tragi-comique de femmes au foyer désespérées, on se
retrouve soudain face à un thriller.
Ce ne serait pas si gênant si le recours à ce procédé
n’apparaissait, à qui regarde trop de séries, affreusement
systématique. Qui plus est, on se fait un peu escroquer. En
particulier sur les séries qui reposent avant tout sur
l’évolution de leurs personnages. Nous, si on regarde ces
séries, c’est pour suivre cette évolution, pour savoir ce qui
va arriver ensuite dans leurs vies. De ce point de vue, un épisode
avec prise d’otages est souvent, sinon un épisode pour rien,
au moins un épisode pour pas grand-chose. Malgré l’importance
de l’enjeu (la survie des personnages), ça débouche rarement
sur un développement significatif.
Les personnages ne sont pas les seuls à être pris en otage,
c’est également le cas des spectateurs et de la série
elle-même. Pendant un épisode, tout s’arrête, tout semble
gelé. Comme en témoignent parfois les images venues des télés, à
l’extérieur, qui généralement interrompent leurs programmes
pour suivre l’avancement de cette situation de crise.
Au moins, dans une mini-série comme The Kill Point (sortie
récemment en DVD chez France Télévisions), la prise d’otages
est-elle l’objet même de la série. Pas de raison de se sentir
floué : on sait qu’on va passer quelques heures dans une
banque avec braqueurs, otages, négociateurs et tireurs
d’élite. Elle remplit très honnêtement son contrat de petit
thriller nerveux.
Pour le reste, je vous le demande gentiment, scénaristes qui nous
donnez tellement la plupart du temps, cessez de voir la prise
d’otages comme un bon gimmick narratif. C’est désormais
un affreux lieu commun impuissant à masquer votre passager manque
d’inspiration.
Geoffroy Klompkes
Chroniqueur séries et DVD sur Pure FM (http://www.purefm.be)
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Martin Winckler


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