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Les dessous des prises d’otage (dans les séries...)  posté le mardi 03 février 2009 19:14

Comme Geoffroy (voir l’article précédent), je n’aime pas beaucoup les « épisodes prise d’otages » (EPO)… qui me procurent un désagréable sentiment de claustrophobie.
Mais je ne crois pas qu’ils reflètent un manque d’originalité des scénaristes, plutôt une contrainte qui n’est pas visible de notre fauteuil, à savoir… les restrictions budgétaires. Un EPO est ce qu’on appelle en langage de séries un « bottle show ».

Un épisode « en bouteille » a en effet plusieurs intérêts économiquement parlant
- pas de décor extérieur (ça se passe dans le décor de la série, le plus souvent)
- une ou deux guest-stars au maximum
- une intrigue rapide à écrire
Tout cela permet de gagner du temps, et donc de l’argent, ce qui est parfois nécessaire quand on a plusieurs épisodes en production (ce qui est le plus souvent le cas dans les séries de Networks, qui produisent 20 à 25 épisodes par an, ce qui est considérable) et qu’on a besoin d’un épisode prêt rapidement pour insérer entre le dernier déjà prêt et celui qui est plus long à produire que prévu parce qu’il faut attendre que les secondes équipes achèvent les effets spéciaux, par exemple, ou les prises de vue sous-marines pour l’épisode des sweeps où l’on voit Tom Cruise (non crédité au générique car il est déguisé en nourrisson) parodier ses cascades de Mission : Impossible dans une baignoire.

L'autre (beaucoup plus mauvaise) solution pour faire un "bottle show" à visée économique consiste à faire un épisode dans lequel on passe en revue des séquences d'épisodes précédents, avec une (mince) narration pour lier le tout. C'est souvent pire, et souvent aussi utilisé par les sitcoms (les meilleurs, à commencer par Friends, y ont eu recours).

Donc, quand vous voyez un EPO dans une série, dites-vous bien que cet épisode-là (ça aurait pu être pire…) a l’intérêt de vous faire patienter jusqu’à l’excellent épisode tourné en extérieurs sur Mars ou Vénus que vous verrez ensuite.

Je préciserai enfin qu’un EPO n’est pas nécessairement inutile ou vain. Tout dépend où il se passe, s’il sert l’action à long terme ou seulement à remplir un trou. Si la prise d’otages a des conséquences sur les personnages par la suite (je pense à la prise d'otages dont est victime le mari de Alison DuBois dans Medium), on peut penser que c’est une manière de les faire évoluer. Si elle n’en a pas, en revanche, on peut admettre que c’était seulement utilitaire. La prise d’otages est, en elle-même, un genre cinématographique. Les westerns, les films policiers et les films/séries médicales sont pleines d’histoires (vraies) de prises d’otages, et les relations ambiguës entre otages et geôliers sont à l’origine de ce qu’on appelle « Le syndrome de Stockholm » et ont été illustrées par l’histoire de Patty Hearst, la riche héritière enlevée (et manipulée ?) par des gauchistes pendant les années 60. La grande série des années 80 Hill Street Blues commence par une prise d’otages dans une épicerie… La prise d’otages, c’est ce qui met en question la loi, ce qui oppose la force et la raison, etc. C’est une situation dramatiquement simple à mettre en place, bien sûr, mais narrativement difficile à trousser de manière crédible. Donc, ça n’est pas aussi « facile » que ça en a l’air, scénariquement parlant. 

Même s’il est clair que la prise d’otages est, dans un certain nombre de cas, un « gimmick » pour remplir un épisode, ça n’est pas seulement ça. Des séries entières ont été fondées sur le thème de la prise d’otages : la courte et inachevée The Nine (NBC, 2006), histoire d’une prise d’otages dans une banque et des conséquences sur ses victimes, et la toute récente Flashpoint (CBS, 2007 +), qui parle d’une brigade d’intervention le plus souvent concernée par des forcenés tenant des otages au bout de leur fusil. 

Et n’oublions pas que Quentin Tarantino soi-même fut,  il y a une douzaine d’années, réquisitionné par une série phare de la télévision américaine, Urgences (ER) pour réaliser un EPO avec (rien que ça) Ewan McGregor. Et que le même Tarantino (à croire qu’il aime les lieux clos, c’est bizarre, hein, quand on voit sa filmo, on croirait pas comme ça…) co-écrit et réalisé un épisode mémorable des Experts (CSI) dans lequel Nick Stokes est pris en otage et enterré vivant. Plus « bottle-show » que ça, je meurs…

Du coup, je suis en train de me rappeler que je n’ai toujours pas vu le récent House, MD dans lequel (si j’ai bien lu), l’excellent Zeljko Ivanek prend en otage tout le staff du Princeton Plainsboro et je me dis que je devrais consacrer un livre entier aux prises d’otages dans les séries américaines, merci Geoffroy !

Martin Winckler

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Tous les commentaires de l'article:
Les dessous des prises d’otage (dans les séries...)

  • Raoul

    lun 25 mai 2009 14:27

    Je ne suis pas toujours d'accord avec votre point de vue car dans certains cas cela peut apporter un plus à l'ensemble d'une saison. D'ailleurs, si cela peut sembler incongru dans certaines séries, cela correspond parfaitement à d'autres comme The Shield ou NY 911. Sans compter certaines séries comme Kill Point ou The Nine qui sont entièrement basées sur une prise d'otages

  • Alexis Z.

    mer 11 fév 2009 13:01

    C'est bien parce que la prise d'otage est un genre en soi que son irruption régulière dans des séries d'autres genres pose souvent problème. J'aime le mélange des genres, mais l'irruption régulière de ce seul genre parmi les autres est très lassant.