Accueil Date de création : 01/10/07 Dernière mise à jour : 27/05/09 21:10 / 42 articles publiés
 

Télécharger ou ne pas télécharger ? (1/2) - par Martin Winckler  posté le mercredi 31 octobre 2007 14:21

 

1/2 – L’histoire, la loi et les réalités inavouées

 Du plus loin qu’il m’en souvienne, j’ai toujours vécu dans un monde où l’on pratiquait le partage culturel. Règlementé ou non.

 

Une histoire récente riche en échanges culturels…

 

Entre 1963 et 1972, je suis allé toutes les semaines ou presque à la bibliothèque pour Tous de mon quartier, y emprunter des bandes dessinées ou des romans tout frais achetés à la librairie voisine.

 

À la fin des années 60, lorsque les premiers magnétophones à cassettes sont apparus (les « mini-K7 », comme on les appelait), j’enregistrais déjà mes émissions de radio favorites sur un magnétophone à bandes. Un de mes amis, « Grec » Decoudun, peintre et musicien de son état, enregistrait couramment les émissions de Jazz sur France Musique. Il m’a fait découvrir de bien belles choses. Et j’ai dans mes cartons des centaines de cassettes enregistrées, repiquées, dupliquées contenant de la musique, des émissions littéraires, des feuilletons radiophoniques…

 

J’ai eu un magnétoscope très tôt, vers 1983, il me semble. Pas aussitôt que mon collègue critique Alain Carrazé, qui si je me souviens bien s’est acheté son premier magnéto vers 1979… c'est-à-dire quasiment l’année où on a commencé à en commercialiser en France. Avec mon magnétoscope, j’ai enregistré des centaines de films, d’émissions et de séries télé. Je n’en ai jamais fait commerce, mais j’en ai prêté des dizaines, à d’innombrables amis et correspondants.

 

Entre 1995 et 2005, Debbie White, une correspondante internet américaine que je n’avais jamais rencontrée alors, et que je n’ai jamais rencontrée depuis… , m’a enregistré toutes les semaines les trois séries Law & Order de NBC. Elle m’envoyait les cassettes deux fois par an, en échange de quoi je lui envoyais mes livres sur les séries.

 

A partir de 2004, deux de mes lecteurs fans de séries m’ont expliqué qu’ils téléchargeaient des séries et m’ont proposé de m’en faire profiter, en me gravant les épisodes qui m’intéressaient. À l’époque, le téléchargement était un phénomène balbutiant, en France. Depuis, il s’est beaucoup développé.

 

Si j’ai fait ce long préambule, c’est pour rappeler que la copie privée – et son partage non commercial – est un phénomène qui n’est pas récent et ne date pas de l’internet. Il s’est seulement largement étendu grâce à l’internet, car il se passe désormais de tout support matériel : on peut partager un fichier son ou vidéo sans avoir besoin de le véhiculer sur une cassette un CD ou un DVD.

 

Le téléchargement de fichiers vidéo : un statut juridique très clair

 

En première approximation, il y a trois formes de vidéo téléchargeables (j’en oublie peut-être, mais celles-ci sont les plus courantes).

 

les fichiers vidéo volontairement mis en ligne par leurs ayant-droits, sur des sites officiels ; ils sont visionnables en « streaming » ou bien téléchargeables, gratuitement ou de manière payante, pour être regardés sur un PC ou éventuellement gravés sur un DVD.

 

les fichiers vidéo enregistrés par des particuliers et dont les « torrents » sont mis en ligne sur des sites de P2P (peer-to-peer) ; lorsque ces fichiers vidéo sont issus d’un enregistrement direct (via un magnétoscope numérique) au moment de leur diffusion à la télévision, il s’agit initialement d’une copie privée. Mais cette copie mise en ligne est partagée avec des milliers de personnes. Ce qui en fait de la distribution sans autorisation des ayants-droits. Ce qui est illégal n’est pas la copie privée, mais la diffusion ou la distribution de cette copie à un grand nombre de personnes, gratuitement ou non. En effet, seul le détenteur du copyright peut, d’après la loi, autoriser la diffusion ou la distribution collective d’une production. Il en va de même pour un écrivain (ou pour son éditeur), à qui l’on doit demander l’autorisation de reproduire tout ou partie de ses textes dans un journal, sur un site ou dans un livre.

 

les copies pirates de DVD du commerce.

 

Pour les ayants-droits (détenteurs du copyright), le téléchargement non autorisé (les catégories 2 et 3 ci-dessus) est, ni plus ni moins, une activité illégale ; et l’accès illégal à un programme compromet la perception des revenus commerciaux qui découlent de la production de ces émissions.

 

De plus, comme me le faisait remarquer le producteur et scénariste René Balcer [1]  la distribution de fichiers vidéo de séries par est lucrative pour les sites de P2P (qui arborent le plus souvent des bannières publicitaires), alors qu’elle ne rapporte rien aux producteurs de ces séries. Il s’agit donc d’un détournement.

 

Quel que soit l’angle par lequel on l’envisage, le statut juridique du téléchargement de fichiers mis en ligne sans l’autorisation des ayants-droit est clair : s’il n’y a pas accord des ayants-droit, la mise en ligne est illégale = c’est de la distribution sans autorisation ; certes, le téléchargement n’est pas illégal en soi ; mais les systèmes de P2P sont des systèmes d’échange : techniquement, on redistribue en même temps qu’on télécharge…

 

Une réalité complexe

 Cela dit, on peut se demander pourquoi, de fait, il existe une certaine tolérance face aux échanges de fichiers. Bien sûr, il est très difficile de fermer tous les sites de P2P (ils rouvent ailleurs instantanément ; tous les pays n’ont pas la même réglementation, etc.). Mais il y a autre chose.

 

Les chaînes et les maisons de productions américaines ne sont pas radicalement opposées au principe de la mise en ligne et du téléchargement, bien au contraire. De plus en plus souvent, elles mettent à disposition du public, en streaming, sur leur propre site, les épisodes diffusés la veille. Pourquoi ? Pour favoriser la fidélisation du public à un programme qu’elles veulent lui faire regarder.

 

La mise en ligne d’un programme sans autorisation n’a pas du tout le même poids commercial selon qu’il s’agit de la copie pirate d’un film, d’une émission de télévision enregistrée en direct sur une chaîne gratuite, ou d’une émission originale issue d’une chaîne payante : dans ce dernier cas, le téléchargement ne lèse pas seulement les droits du producteur, mais aussi ceux du diffuseur (qui en principe ne propose ses programmes qu’à ses abonnés).

 

 

Le téléchargement illégal d'un film encore à l’écran ou dont la version vidéo n’est pas encore sortie compromet la vente des places ou des DVD. Mais le téléchargement d’un épisode de série, est-ce qu'il  modifie beaucoup l’audience d’une chaîne ce soir-là ? Non, puisque le plus souvent, le téléchargement a lieu APRES la diffusion ! 

 

Aux Etats-Unis, regarder la télévision est depuis toujours une activité collective et interactive : les coupures publicitaires sont le moment où les spectateurs se lèvent pour aller aux toilettes, se déboucher une bière ou… appeler leurs copains pour leur dire « Regarde ce qu’il y a sur KSTP-5 !!! » Même si une grande partie des foyers américains sont équipés d'un accès internet, il paraît douteux que la majorité se mette d'un seul coup à cesser de regarder la télévision en direct, collectivement (en famille ou entre amis) et se mette à enregistrer des émissions qu'elle regarderait plus tard...ou pas du tout. 

 

Pour les chaînes de télévision, les programmes sériels (fictions ou non) ne valent pas tant « à l’épisode » que sur la durée : c’est la fidélisation du spectateur qui compte. Cette fidélisation est souhaitée sur l’ensemble de la soirée : sur les chaînes américaines, entre 19 et 22 heures, on juge le résultat d’une émission non seulement sur sa capacité à attirer du public, mais à garder ou à accroître l’audience de l’émission qui précède. Elle est également souhaitée, bien sûr, pour l’ensemble de la chaîne et sur toute l’année.

 

Il faut noter également qu’aux Etats-Unis l’utilisation du TIVO (décodeur et magnétoscope numérique qui, en plus d’enregistrer les émissions… coupe les pubs ! ), déjà ancienne, est désormais prise en compte par les fameux sondages d’écoute de l’institut Nielsen. Autrement dit, les indices d’écoute ne tiennent plus seulement compte de l’audience immédiate, mais aussi de l’audience différée.

 

L’important, pour une chaîne est que l’on parle le plus possible de ses émissions, pour que beaucoup de personnes les regardent (en direct ou en différé) et reviennent sur la chaîne la semaine suivante… Les chaînes jouent en effet beaucoup, et sont en cela activement relayées par les médias d’information, sur l’attente du spectateur. 

 

Le jeu de l'attente

Cette attente, elle cherchent non seulement à l’entretenir, mais le plus possible à la créer. Et dans une certaine mesure, la circulation des images sur le web les y aide. 

 

Ainsi, depuis quelques années, il n’est pas rare, juste avant les débuts de la saison de diffusion, de voir apparaître sur les sites de P2P les épisodes pilotes, non encore diffusés, des séries en production. Nombre d’internautes ont ainsi pu voir, avant les débuts de la série sur ABC, le premier pilote de Desperate Housewives, dans lequel le rôle de Mary Alice Young, la narratrice fantôme, était tenu par Sheryl Lee. (L’actrice ayant décliné de tourner dans la série après que celle-ci a été retenue par ABC, Marc Cherry a dû confier le rôle à Brenda Strong et retourner avec elle les scènes du pilote dans lesquelles apparaissait Mary Alice.)

 

De même, pendant l’été 2007 quelques semaines avant la diffusion sur les networks, il était possible de télécharger (entre autres) les versions de travail des pilotes de Pushing Daisies, de Bionic Woman et de Aliens in America. Pour ce qui concerne les deux derniers, le spectateur a pu constater que certains acteurs avaient changé entre la version de travail et la version finalement diffusée. Pour Pushing Daisies, il n’est pas du tout exclu que le « buzz » extrêmement favorable dont la série bénéficiait dans les journaux et sur les sites internet ait été encore accentué par la diffusion préalable – et illégale – du pilote et par le bouche-à-oreille qui en a résulté.

 

Enfin, le succès inespéré de Heroes sur NBC pendant la saison 2006-2007 ne semble pas avoir été compromis, pendant cette même saison, par le « téléchargement massif » des épisodes. [2] 
On est même en droit de penser que le téléchargement a beaucoup fait dans le milieu internaute (sensible aux comic-books, aux jeux vidéos et aux séries) pour assurer le succès de Heroes sur NBC...  

 

Aujourd'hui même, 31 octobre 2007, j'ai découvert que sur YouTube, des internautes avaient mis en ligne certains suppléments inédits présents dans le coffret de la 3e saison  de Veronica Mars. Est-ce que la mise en ligne (non réglementaire, j'en suis sûr) de ces bonus va dissuader les fans de la série d'acheter le coffret de la troisième saison ? Rien n'est moins sûr....

 

De sorte qu’on peut se demander si le téléchargement d’épisodes de séries, tant qu'il reste non lucratif et concerne essentiellement des fans, est, pour les chaînes et les maisons de production américaines, une si mauvaise affaire que ça.
 

Du côté du spectateur, il y a aussi beaucoup de choses à dire. Et en particulier ceci : télécharger des séries est un processus contraignant, coûteux en temps et en ressources informatiques. Ça prend de la place sur les disques durs et sur les DVD à graver, ça fait chauffer le graveur, et le résultat n’est jamais d’aussi bonne qualité que ce qu’on peut voir en DVD. Autant de raisons qui font du téléchargement de séries un phénomène le plus souvent ponctuel et restreint à une fraction très petite des spectateurs potentiels.

Ce qui m’amène à me poser deux questions : 1° pour quelles raisons pourrait-on avoir envie de passer du temps à télécharger des séries télévisées ? 2° Qu’est-ce que ça apporte, qu’est-ce que ça change, pour un spectateur, de regarder des séries télévisées téléchargées ?

 (A Suivre…)

 

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Prochaines chroniques :

- Qu'est-ce que ça apporte de télécharger des séries ?

- "Flop" de Heroes sur TF1.  Une explication personnelle...

 - Les séries télé comme outil pédagogique

- La critique de séries existe-t-elle en France ?  

 



[1] On lui doit les meilleures années de production de Law & Order et de Law & Order Criminal Intent, et la création de cette deuxième série.

[2] C'est au "téléchargement massif" que TF1 a attribué le relatif insuccès de Heroes lors de sa diffusion pendant l’été 2007 en France). J’ai une autre explication à avancer pour expliquer l’insuccès de Heroes sur TF1, mais je vous en parlerai une autre fois.

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Je ne regarde plus la télé - par Martin Winckler  posté le mercredi 24 octobre 2007 12:39


Il y a dix ans, quand j’ai commencé à tenir une page hebdomadaire sur les séries (la première dans la presse française) dans Télécâble Satellite Hebdo, je passais beaucoup de temps devant la télévision. Je regardais rarement des émissions à l’heure où elles passaient. Quand on a des enfants, on peut difficilement être disponible à l’heure du film. Mais grâce à mon premier magnétoscope, acheté en 1982 ou 1983, je n’étais plus enchaîné et je pouvais aller me coucher sans regretter de rater Le Signe de Zorro à « La Dernière Séance » ou redouter de m’endormir devant un Jacques Tourneur rare diffusé par Patrick Brion dans son Cinéma de Minuit.

 

Mes enfants, tous nés depuis 1981, n’ont jamais été enchaînés au poste non plus. Ils ont très vite pris l’habitude de regarder des films ou des séries enregistré(e)s, le plus souvent en VO sous-titrée, ce qui leur a appris à lire le français et a probablement fait beaucoup pour leur compréhension de l’anglais bien avant que MTV et les autres chaînes musicales ne se mettent à diffuser des clips… Et quand ils avaient jeté leur dévolu sur une émission particulière, quotidienne ou hebdomadaire, ils savaient qu’on peut toujours l’enregistrer et la regarder plus tard, si on en a toujours envie, ce qui permet de ne pas empiéter sur les tâches plus urgentes ou sur les moments de partage familial (repas ou autre).

 

La grande vertu du magnétoscope, à bandes ou numérique, c’est qu’en repoussant la vision d’une émission à plus tard, il relativise et permet de distinguer le vrai désir du faux. Au fil des années, j’ai constaté que lorsque j’avais vraiment envie de voir quelque chose, je finissais toujours par le regarder. Quand le désir était passager, induit par les circonstances ou les bandes-annonces de la chaîne… les cassettes s’entassaient et je finissais par réenregistrer autre chose dessus.

 

Entre 1998 et 2005, j’ai fait tourner quatre magnétoscopes qui enregistraient en permanence douze à quinze émissions par semaine. Pour des raisons professionnelles (les séries que je regardais par plaisir et chroniquais), personnelles (des films à voir ou à revoir), familiales (dessins animés, films d’aventures, westerns, documentaires etc). De plus, les chaînes m’envoyaient régulièrement, en avant-première, les premiers épisodes des nouvelles séries qu’elles allaient diffuser. J’achetais aussi sur Amazon.com d’anciennes séries alors rééditées au compte-gouttes. Au fil des années, j’ai ainsi accumulé des centaines de cassettes vidéo, soigneusement rangées dans des placards spécialement conçus à cet effet.

 

Peu à peu, je n’ai plus regardé de films à la télévision : les éditions DVD sont tellement plus intéressantes. Je n’ai plus regardé le journal télévisé (ou alors seulement celui d’Euronews, plus ouvert sur le monde) : l’inanité des journaux français m’est devenue insupportable. Je n’ai plus regardé d’émissions littéraires – d’ailleurs, elles ont pratiquement disparu. Je n’ai jamais regardé les émissions politiques et encore moins les résultats d’élections qui me sont toujours apparu comme le degré zéro de l’information. Côté documentaires, j’adore tout ce qui se passe sous la mer, mais au bout d’un moment, il faut quand même que je remonte à l’air libre. Les jeux me laissent indifférent depuis que Monsieur Cinéma a disparu de l’antenne et les émissions de variétés m’insupportent - quant au sport, j’ai fini par me lasser du tennis.

 

De sorte que, depuis un bon bout de temps, je ne m’assieds plus devant mon poste que pour regarder des séries, américaines le plus souvent, britanniques de temps à autre. C’est comme ça que j’ai pu, en quinze ans, voir l’intégralité des quatre Law & Order (quelque chose comme 700 épisodes en tout), dix saisons d’Urgences, et à peu près la même quantité de Friends, de Frasier, et d’Everybody Loves Raymond, une vingtaine de saisons des diverses Star Trek, j’en passe… Et ça, c’est en plus des fictions sur lesquelles il fallait aussi que je jette un coup d’œil pour en dire du bien ou en dire pis que pendre ou, au pire, pour ne rien en dire parce que vraiment elles n’en valaient pas la peine – et alors, j’avais vraiment perdu mon temps.

 

Peu à peu, le paysage audiovisuel a malheureusement changé : les quelques chaînes qui, à la fin des années 90, passaient des séries en VOST (Série Club, Comédie !, Téva) se sont mises à ne plus diffuser que des VF, tandis que Jimmy, pionnière en son temps, voyait certains de ses fleurons confisqués par Canal +, de Spin City à Seinfeld et ses possibilités d’achats se réduire comme peau de chagrin.

 

Pour moi aussi, du jour au lendemain, tout a changé, lorsque j’ai perdu la page séries hebdomadaire que j’avais créée pour Télécâble. En raison d’une restructuration du groupe de presse et pour cause de convention collective, j’ai dû laisser ma place à un autre journaliste. (Comme ile est malheureusement beaucoup moins engagé et rigoureux – d’aucun diront « obsessionnel » - que je ne le suis dans le traitement de l’information, j’ai aussi perdu toute envie d’acheter Télécâble Hebdo… Brusquement libéré de la quasi-obligation hebdomadaire de regarder beaucoup de fictions qui, pour certaines, ne m’intéressaient pas du tout, je me suis senti revivre. Comme le critique gastronomique de Ratatouille après avoir perdu son boulot, j’ai retrouvé ma liberté… et le goût de regarder des séries pour le plaisir. Et j’ai pu enfin choisir, de manière beaucoup plus radicale qu’avant, non seulement ce que je regarde, mais la manière de le regarder.

 

Plutôt que d’enregistrer des séries mal diffusées, mal doublées et programmées n’importe comment (Vous qui regardez l’une ou l’autre des CSI en prime-time, vous avez sans doute oublié qu’il y a deux ans seulement, elles passaient encore après l’émission de variété de prime-time, à vingt trois heures trente, et souvent avec vingt-cinq minutes de retard…) j’ai pu, grâce au DVD et au DivX, me mettre à regarder les séries qui m’intéressent (et seulement celles-là) dans de bonnes conditions : en VO, en scope, dans l’ordre, sans coupes. Et si je veux simplement « échantillonner », le streaming proposé par de nombreux sites de chaînes est fait pour ça…

 

Je ne suis plus prisonnier des diktats de la diffusion (je n’achète même plus de magazine télé…) Je ne suis plus enchaîné à la publicité. Je ne suis plus obligé de bouffer la fin d’une émission indigeste en attendant celle que je veux voir. Bref, je ne subis plus, je déguste. Et j’ai de quoi faire : entre les sorties de DVD qui suivent de près la fin de saison d’une production récente et les intégrales de séries anciennes, j’en ai assez pour les vingt ans qui viennent… Que dis-je ? J’en ai assez pour tenir jusqu’à la fin de ma vie ! Enfin, en supposant que je cesse d’écrire, d’aller à l’hôpital deux fois par semaine, de voir les copains, d’aller au bowling ou à la piscine avec les enfants et d’assumer toutes les tâches matérielles qui encombrent la vie quotidienne. En supposant que je cesse de vivre, quoi !

 

Depuis que  je ne regarde plus que des séries, et que pour le plaisir (oui, et aussi pour en parler dans des bouquins, bien sûr, mais comme je dirige des bouquins collectifs, je laisse d’autres que moi traiter les séries que je n’ai pas envie de regarder…) je me suis remis à lire. Et une fois par semaine, je vais faire du bowling et je joue avec le club local. Et depuis quelques temps, je me remets à avoir envie d’aller au cinéma.

 

Tiens, d’ailleurs, la cinémathèque propose une rétrospective Sacha Guitry en ce moment, voyons le programme…


« Mmoui (voix de Sacha) c’est bien intéressant, tout ça… il faudrait décidément que j’aille y faire un tour… Car, Mon Dieu, pendant ce temps-là, l’intégrale des Soprano ne s’envolera pas, n’est-ce pas ? »

 

Martin Winckler

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PS  : Si vous voulez savoir ce qui sort en zone 1, allez jeter un œil sur www.tvshowsondvd.com, vous m’en direz des nouvelles. Jusqu'à aujourd'hui je pensais qu'il n'y avait pas de site français équivalent mais deux des trois premiers lecteurs de cet articles m'indiquent que si : www.dvdseries.net, quelle bonne nouvelle !
 

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  Prochains épisodes :

- Télécharger ou ne pas télécharger ?

- Les séries télévisées comme outil pédagogique.

- La critique de séries existe-t-elle en France ?

 

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Les séries que je déteste - par Martin WInckler  posté le mercredi 17 octobre 2007 23:45


Je me demande si ce titre n’est pas d’emblée fallacieux, parce qu’il n’y a pas beaucoup de séries que je déteste. Il y a surtout des séries que je n’aime pas beaucoup, ou pas du tout.

 
Par exemple, je n’aime pas Julie Lescaut, que je trouve moralisatrice, mal foutue mal écrit, mal jouée. Mais qui regarde encore Julie Lescaut ? Est-ce que c’est important d’aimer ou non Julie Lescaut ? Est-ce que ça remet vraiment la culture télévisuelle en question qu’on n’aime pas Julie Lescaut. Si je disais que Madame Bovary est un roman à l’eau de rose mal écrit, ou que Citizen Kane est une pochade narcissique, on serait en droit d’en discuter pied à pied. Mais Julie Lescaut…

 

J’aimais bien les tout premiers Navarro, en 1989-90, quand Roger Hanin n’avait que 64 ans et ne les faisait pas. C’était sympa. Ça s’appelait alors Le Système Navarro, en référence au fait que le commissaire et ses mulets jouaient au Loto en éliminant tous les numéros qu’ils avaient toujours envie de jouer, puisque ceux-là ne sortaient jamais, et en gardant ceux dont personne ne voulait. J’ai dû regarder la série pendant deux ou trois ans – peut-être une douzaine d’épisodes. Et puis ça m’a fatigué, je trouvais ça trop répétitif. Mais à l’époque (je n’écrivais pas d’articles sur les séries encore), je m’étais dit que c’était vraiment bien. Je n’ai pas honte de le dire aujourd’hui, et j’aimerais bien en revoir quelques-uns pour savoir si je penserais toujours la même chose.

 
Je n’ai jamais aimé La Petite Maison dans la Prairie, que j’ai toujours trouvée soporifique. La VF lénifiante de M6 y est peut-être pour quelque chose.

 
Alors que c’était l’une des séries les plus encensées de son époque, je n’ai jamais aimé Absolutely Fabulous, que je trouvais… pas drôle, parce que les héroïnes m’y semblaient caricaturales et je n’y trouvais pas le soupçon de tendresse qui aurait permis de les rendre supportables.

 

Je n’aime pas Seinfeld non plus parce que les personnages semblent n’y collectionner que les situations humiliantes ; or, je supporte mal de voir quiconque (même un personnage de fiction) se faire humilier, et encore moins se complaire dans l’humiliation. C’est pour la même raison que je n’aime pas Larry et son nombril (Curb your enthusiasm), qui est construite exactement sur le même thème, sur un mode encore plus pervers-narcissique puisque Larry David (créateur de Seinfeld…) s’y met lui-même en scène…

 
Je déteste, mais alors profondément, Un gars, une fille (version France 2, car la version québécoise est épatante, aux antipodes de ce qu’on nous a asséné ici) et Samantha Oups ! que je trouve vulgaires, racoleuses, hypocrites,  sexistes et d’une franchouillarderie telle qu’elles me donnent envie de fracasser des postes de télé à la hache comme le faisait (en noir et blanc) un personnage à la Choron dans Les Raisins Verts de Jean-Christophe Averty, dans les années 60. Autrement dit : elles m'énervent.

 
Je déteste profondément, mais alors plus que tout, CSI : Miami que je considère comme une série réactionnaire et crypto-fasciste, et le fait que David Caruso ne dispose, en tout et pour tout, que de trois expressions (les deux mains sur les hanches, le chaussage de Ray-Ban et le « Keep me posted ») n’est pas pour arranger les choses. Je l’ai regardée par acquit de conscience pendant trois saisons. Le jour où j’ai cessé, j’ai ressenti immédiatement un immense soulagement. Comme un homme qui a perdu vingt kilos en faisant un régime et se rend compte qu’il n’est plus gêné pour monter les escaliers…

 
Je peux me permettre de dire sereinement que je n’aime pas certaines séries parce qu’il m’arrive de commencer par ne pas aimer une série et par apprendre, ensuite, à l’apprécier. Je me souviens avoir été très déçu en regardant deux épisodes de Star Trek The Next Generation que Christophe Petit (lui-même critique et animateur de la revue Génération Séries pendant de nombreuses années) avait choisis et m’avait fait voir : je lui avais dit que ça me déplaisait parce que je n’y retrouvais pas la série des années 60, que j’aimais beaucoup. Christophe avait insisté en m'expliquant que précisément, ce n'était pas la série des années 60 mais une série nouvelle, plus adulte plus subtile, en me conseillant de reprendre depuis le début.

 

Finalement, j’ai regardé les 7 saisons de STTNG , les films, tout Deep Space Nine et une partie de Voyager, et je ne désespère pas de regarder aussi Enterprise même si elle ne vaut pas les trois autres… J’ai pareillement changé d’avis au sujet de Code Quantum, que mes enfants regardaient avec avidité et que je considérais d’un œil circonspect… jusqu’au moment où Christophe, encore lui, m’a proposé d’écrire un article à son sujet et où pressé par les uns et par les autres je me suis surpris à… la dévorer.

 
Pareillement, j’ai détesté Buffy contre les vampires tant que je n’ai vu que des extraits en VF sur M6, et je me suis mis à l’adorer quand j’ai commencé (brièvement) à en voir des épisodes en VO sur Série Club. Là, je me suis rendu compte à quel point on sabote certaines séries en France. Depuis, j’ai vu l’intégrale de Buffy et celle d’Angel en DVD, et je suis heureux d’avoir pu goûter à ces deux chefs-d’œuvre avant de devenir un (trop) vieux con. J’ai même le sentiment qu’elles m’ont aidé – et m’aident encore – à ne pas vieillir trop vite.

 
Quand je dis que "je n’aime pas" une série, ça ne veut pas dire que je la condamne ou que je la considère comme mauvaise ou que je méprise les gens qui la regardent (Qui suis-je pour porter pareils jugements ?) : heureusement, il faut de tout pour faire un monde. Je veux dire simplement que je n’éprouve aucun plaisir, pas même de l’intérêt à la regarder. Et, pour reprendre l'exemple de CSI : Miami, ça me gêne évidemment
beaucoup, en raison de son idéologie insuportable, qu’elle soit la série la plus regardée au monde (Eh oui... Vous ne regrettez pas l'époque où c'était Urgences ou même Baywatch/Alerte à Malibu ?) mais personne ne m’empêche de regarder autre chose et, je le sais très bien, c’est parce que les chaînes diffusent des programmes grand public qui leur rapportent beaucoup d’argent qu’elles peuvent donner leur chance à des séries qui plairont à un public plus réduit.

 
Il m’est arrivé d’aimer une série puis de ne plus l’aimer, parce que je me mettais à la considérer d'un autre oeil, plus lucide, et qu’un aspect qui m’avait d’abord échappé me la rendait très déplaisante. Il m’est arrivé de ne plus aimer une série, définitivement ou temporairement, parce que sa qualité avait baissé (Alias à partir de la saison 3, la 5e saison d’Ally McBeal, les saisons 7 et 8 de Friends…).

 

Il m’est arrivé de ne pas connaître une série et de dire que je ne l’aimais pas, par provocation. Ainsi, j’ai longtemps dit et écrit pis que pendre sur X-Files - avec une assez mauvaise foi - parce que les gloses interprétatives de certains fans me paraissaient vraiment insupportables : je pensais qu’il y n’avait pas de quoi en faire un fromage. Comme j'étais à l'époque un critique écouté, les fans m'en voulaient beaucoup. Sur les forums, certains menaçaient de me faire enlever par une soucoupe volante. Pour que je comprenne ma douleur. 

Et puis j’ai fait deux rencontres : d’abord, celle d’une enseignante amatrice de X-Files, Séverine Barthes, qui portait sur The X-Files un regard nuancé et m’a aidé à comprendre que c’était une bonne série, inégale mais souvent très intéressante, terriblement desservie par sa VF (l'humour et l'ironie des dialogues y disparaît complètement) ; plus tard, j’ai interviewé Frank Spotnitz, le bras droit et principal co-scénariste de Chris Carter. Son humour, son intelligence et sa modestie à l’égard de The X-Files (il aurait préféré, comme beaucoup de connaisseurs, qu’elle s’arrête à la 7e saison…) m’ont incité à reconsidérer ma position. Et grâce au DVD, j'ai pu regarder des épisodes choisis. Pour finir, j’ai même écrit une nouvelle, Le Mensonge est ici (reprise dans le recueil portant le même titre, chez Librio) en hommage à The X-Files et dont le personnage principal est Frank Spotnitz lui-même… Depuis, il n'y a plus d'OVNI au-dessus de ma maison. 

 
Quand on est amené à rencontrer les gens qui écrivent ou produisent des séries, on regarde leur travail autrement, bien sûr, avec plus ou moins de bienveillance et/ou d’intérêt, selon la qualité du contact qu'on a eu avec eux.

Ainsi, il y a quelques années, j’ai eu la chance de me rendre sur les plateaux de plusieurs séries produites par Touchstone, la section télévision de Disney. Le voyage de presse dont je faisais partie a rencontré les producteurs et acteurs d’Alias et de Scrubs (dont c’était la première saison), de la magnifique mais méconnue Once & Again (qui allait cesser peu de temps après), de Felicity et d’une comédie avec Jim Belushi intitulée According to Jim.

J’étais déjà conquis par Once & Again et Scrubs, et je me souviens de la rencontre avec leurs créateurs et leurs acteurs comme d’un moment de pur bonheur tant ils étaient drôles, intelligents et totalement en accord avec ce qu’on voyait sur l’écran. Pour Alias, ça n’a pas été la même chose. Comme beaucoup de spectateurs, j’avais été très impressionné par les premiers épisodes, que je trouvais spectaculaires et très réussis. Mon sentiment a beaucoup changé quand je me suis trouvé face à J.J. Abrams. Lorsque, les jours précédents, j’avais décrit Scrubs comme un Urgences loufoque à son créateur Bill Lawrence, ou dit combien je trouvais Once & Again encore plus abouti que My So-Called Life à son co-créateur, Marshall Herskowitz, je les avais entendus me répondre modestement que ça leur faisait très plaisir.

Croyant faire un compliment à Abrams (dans mon esprit, c’en était un) j’ai évoqué Mission : Impossible et les James Bond pour lui dire tout le bien que je pensais de sa série. Il m’a répondu sur un ton assez sec qu’il n’avait jamais regardé Mission : Impossible (« Non mais vous m’avez bien regardé ? » m’a-t-il fusillé du regard…) et que « Oui, en apparence, tous les films d’espionnage se ressemblent ». Sous-entendu : « Vous n’êtes même pas assez intelligent pour voir ce que ma série a d’original. » Et puis il s’est tourné vers un autre journaliste et ne m’a plus adressé la parole.

 

Ça ne m’a pas empêché de l’écouter attentivement. A la fin de la matinée, je m'étais forgé une opinion sans doute excessive, mais tenace, et que rien n’est venue détromper depuis (pas même Mission : Impossible III ou l’épouvantable perspective du prochain film Star Trek) : celle que J.J. Abrams était (à l’époque du moins) un petit con prétentieux à qui les chevilles venaient de gonfler bien trop vite. Depuis, je n’ai pas très envie de regarder les séries auxquelles son nom est associé. (Non, même pas Lost, désolé...) 

 

Finalement, c’est comme quand un écrivain passe à la télé. Et, bien que je ne sois pas souvent passé à la télé pour parler de mes livres de littérature, j’imagine que ça a bien dû arriver avec moi : si on trouve le gaillard prétentieux et antipathique, on n’a pas envie d’acheter ses livres.

 
Il y a des séries que je n’aurais pas dû aimer. Oz fait partie du lot. C’’est une série qui me faisait peur, par la violence de son contenu et de son traitement, et je n’ai jamais pu la regarder autrement que seul, tant je redoutais l’effet de sa violence sur celles ou ceux qui auraient pu la regarder avec moi. Et pourtant je l’ai regardée jusqu’au bout, quand j’ai compris que cette violence n’était pas un effet décoratif, mais le sujet même de la série : la violence des relations humaines, amour inclus. Et je suis heureux de l’avoir regardée, même si je sais que je ne la regarderai probablement jamais plus : il y a ainsi des films ou des romans qu’on est heureux de connaître, de par l’expérience marquante qu’ils nous ont fait vivre… mais qu’on n’a pas envie de renouveler.

 

Pendant longtemps, j’ai trouvé Les Soprano insupportable. Je ne comprenais pas qu’on puisse faire d’un mafioso, assassin sans scrupule, le héros d’une chronique. Alors je ne l’ai pas regardée. Mais j’ai écouté ce qu’on me disait, j’ai lu les critiques anglo-saxons et j’ai eu un jour l’occasion d’interviewer David Chase, son créateur. Je lui ai demandé comment il avait eu l’idée de la série. Sa femme était présente (ils étaient en vacances à Paris tous les deux). Elle a dit « Est-ce que je peux répondre ? » J’ai souri, j’ai regardé Chase, il a dit : » Elle peut vous raconter, c’est de sa faute. » Et sa femme poursuit : « Il essayait d’écrire une série qui parle d’un scénariste de télé, et il ne trouvait pas comment faire. Je lui ai dit : ‘Tu as des relations tellement compliquées avec ta mère, tu devrais écrire une série sur les relations entre un scénariste de télé et sa mère. Tu sauras exactement quoi dire.’ » Et David Chase enchaîne : « J’ai trouvé que c’était une très bonne piste. Mais au bout d’un moment, je me suis dit que ça ne marchait pas. Et puis j’ai eu l’idée de transformer le scénariste en mafioso. Et voilà… »

 

Or, Nancy Marchand, la comédienne qui interprète le rôle de Livia Soprano, la mère de Tony, est décédée entre la 1ère et la 2e saison. Cela aurait pu ruiner complètement le projet initial si David Chase n’avait pas été un vrai créateur. Il a surmonté cette disparition et a fait des Soprano l’une des productions les plus accomplies de la télévision.

 

Il y a quelques semaines, j’ai regardé le dernier épisode des Soprano, après qu’il a été diffusé sur HBO. J’avais entendu dire que la fin, plutôt abrupte pour le spectateur à défaut de l’être pour le personnage, avait fait hurler. Cette fin, je l’ai trouvée extrêmement audacieuse et, contrairement à beaucoup de critiques, d’une grande sobriété, d’une grande humilité. Du coup, je me suis dit qu’il était peut-être temps de surmonter mes préjugés. J’ai commandé le coffret des quatre premières saisons. Et, dès qu’il est arrivé, je me suis mis à regarder. J’en suis au sixième épisode. C’est vachement bien.

 

Il y a sept ans, quand la série a commencé, je n’étais probablement pas prêt. Comme quoi, une bonne série, c’est comme un bon vin ou un bon roman.

Pour l’apprécier, il faut la laisser vieillir un peu.

Et mûrir entretemps.

 

Martin Winckler

 

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« Objection, votre honneur ! » - Les séries judiciaires à la télévision française – par Martin Winck  posté le samedi 13 octobre 2007 20:03

 L’exposition massive aux séries américaines influe vraiment beaucoup sur le comportement des français. Ainsi, quand des prévenus entrent dans une salle de tribunal pour y être jugés, ils confondent le système judiciaire français avec le système pénal américain.

 

Ils lancent du « Votre honneur » au juge - alors qu’en France on dit « Monsieur/Madame le Juge/le Président (du tribunal) ». Quand l’avocat adverse les accuse d’être d’affreux jojos, ils s’attendent à ce que leur avocat crie « Objection votre honneur !» – mais on n’objecte pas, dans un tribunal français, chacun parle à son tour.

 
Ils s’attendent à ce qu’on les fasse témoigner, pour leur demander leur version des faits, qu’on les invite à se défendre – mais dans un tribunal français, le procureur ou l’avocat ne donnent pas la parole au prévenu. Seuls les juges ont le droit de s’adresser à lui et de l’interroger – ou de le faire taire.

 

Comment se fait-il donc que les procédures américaines soient plus familières aux français (et singulièrement à ceux qui ont maille à partir avec la justice !) que les procédures de l’Hexagone ?

 

La réponse est simple : contrairement à la télévision américaine, la télévision française n’a, pendant très longtemps, pas jugé bon de montrer les prétoires dans des fictions. Au cinéma, les procès de toutes natures et les personnages d’avocats ont donné lieu à des films mémorables. Qu’on pense à Nous sommes tous des assassins (1952) d’André Cayatte, à En cas de malheur (1958) de Claude Autant-Lara, à La vérité de H.G. Clouzot (1960) à Section Spéciale (1974) de Costa-Gavras, sans compter les  mémorables scènes de procès de La Poison (1951) de Sacha Guitry ou du  Landru (1963) de Claude Chabrol.

 
De Perry Mason à Law & Order

 
Aux Etats-Unis (et en Angleterre, dont la télévision mériterait un article à elle toute seule) les fictions télé ayant pour cadre des tribunaux ou pour personnages des avocats ont toujours été très nombreuses. Et ce, depuis les années 50. Perry Mason,  le personnage d’avocat investigateur des romans d’Earle Stanley Garner, a inspiré pas moins de trois séries (1957-1966 ; 1973-1974 et 1985-1993). Dans les deux plus longues, Raymond Burr incarnait PM et Barbara Hale son assistante Della Street. Perry Mason est une figure exemplaire parce qu’il cumule deux rôles : celui du défenseur et celui du détective.

 

Avant lui, une série créée et co-écrite par Reginald Rose, The Defenders, mettait en scène un père et un fils avocats et leurs affaires soulevaient souvent des problèmes dits « de société » :  l’avortement, l’euthanasie… Dans les scénarios des séries d’avocats les plus récentes, de La Loi de Los AngelèsBoston Justice (depuis 2004) en passant par Picket Fences(1992-1996), Ally McBeal, The Practice (1997-2004), tous les thèmes de conflits possibles et imaginables sont abordés.

 

Les amateurs auront remarqué que ces cinq séries ont toutes été créées et/ou dirigées par David E. Kelley… avocat de formation. Citons aussi la brève The Guardian (2001-2004), dont le héros est un avocat d’affaires condamné, pour usage de stupéfiants, à s’occuper gratuitement de mineurs en situation difficile ; et l’attachante Judging Amy (1999-2004), centrée sur le personnage d’un juge pour enfants. La plus grande série judiciaire de l’histoire de la télévision américaine est cependant Law & Order (New York District sur 13e Rue ; New York Police Judiciaire sur TF1) , qui depuis sa création sur NBC en 1990 compte près de 400 épisodes et entamera sa dix-huitième année de diffusion en janvier 2008.

 

Sous sa forme de chronique hebdomadaire du crime dans l’une des villes les plus célèbres au monde, L&O parle de la société américaine toute entière, aussi bien à partir de faits divers célèbres que d’histoires survenues à des gens comme les autres. (1986-1994) à (1997-2002)

 Qu’est-ce que toutes ces séries judiciaires américaines ont en commun ? Elles s’intéressent au moins autant à la société qu’elles décrivent qu’à leurs héros. C’est particulièrement vrai de Law & Order, dont les personnages sont essentiellement les représentants du spectateur, et expriment différents points de vue conflictuels face à une même affaire.

Pour Dick Wolf, son créateur, l’épisode idéal de L&O serait celui où chacun des six personnages réguliers (trois policiers, trois procureurs d’expérience et d’âge distincts) exprimerait sur l’affaire en cours une opinion personnelle différente des autres. Si je devais partir sur une île déserte avec une télé, un lecteur de DVD et une seule série, c’est elle que j’emporterais (mais si vous lisez ce blog depuis le début, vous l’aurez déjà compris).

 

Ce qu’on peut voir… depuis l’éclatement du PAF

On apprend plein de choses en regardant les séries policiaro-judiciaires américaines. Et en particulier des choses intéressantes sur les libertés individuelles. Aux Etats-Unis, c’est à la partie civile (au procureur) de faire la preuve de la culpabilité du prévenu ; en France, on a fâcheusement tendance à présumer d’abord qu’il est coupable et que c’est à lui de prouver le contraire.

Aux Etats-Unis, on ne peut pas entrer chez quelqu’un sans mandat de perquisition signé par un juge indépendant sur la foi d’éléments convaincants ; en France, il suffit qu’un magistrat instructeur ait des soupçons donner aux forces de l’ordre une commission rogatoire qui les autorise à rentrer chez vous et à TOUT fouiller. Là-bas, on ne peut pas arrêter quelqu’un pour lui demander son identité (la seule pièce d’identité courante, aux USA, c’est le permis de conduire…) et on ne peut pas l’arrêter sans lui énoncer ses droits fondamentaux – à commencer par celui de se taire tant qu’il n’a pas un avocat. Ici, on peut vous arrêter dans la rue simplement pour délit de sale gueule et vous mettre en garde à vue sans assistance d’un avocat.

Là-bas, un jury d’assises est constitué de 12 citoyens qui délibèrent seuls. Ici, un jury d’assises est constitué de 9 citoyens qui délibèrent sous la supervision des trois juges, lesquels sont les seuls à pouvoir accéder au dossier… Là-bas, un simple citoyen peut porter plainte contre un professeur de médecine, un flic, un juge, un homme politique… Ici…

 

Bon, j’arrête l’énumération. Mais je me demande si ces différences et leur signification n’expliquent pas en partie l’agacement de certains observateurs... et aussi la curieuse absence des séries judiciaires américaines (pourtant nombreuses) des écrans de la télévision française jusqu’à l’éclatement du PAF, au milieu des années 80.

 

La télévision publique issue du gaullisme a diffusé des westerns, des séries policières et quelques comédies sans réelle satire sociale (Monsieur Ed !!! Ma sorcière bien-aîmée) mais elle n’a acheté ni grande série fantastique (La Quatrième Dimension a vite été censurée, Star Trek n’a pas été achetée) ni aucune série parlant peu ou prou de la vie réelle des gens réels – des sitcoms satiriques, antiracistes ou féministes comme All in the Family, Maude et The Mary Tyler Moore Show, n’ont jamais été diffusées en France.

 

Quant aux séries médicales et judiciaires… il a fallu attendre le milieu des années 80 pour voir en France Docteur Marcus Wellby et la fin des années 90 pour voir sur Téva l’intégrale de La Loi de Los Angelès, alors que ces deux séries avaient été aussi populaires à leur époque que l’ont été plus tard Urgences et Ally McBeal, Boston Legal ou Grey’s Anatomy.

 

Procès et avocats made in France

 
Bien sûr, la télévision française a raconté nombre d’affaires judiciaires dans ses productions autochtones. Je me souviens très bien avoir vu au début des années 60, une reconstitution de l’Affaire du Courrier de Lyon  dans le cadre de l’émission La Caméra explore le temps. Le procès y était présenté comme une erreur judiciaire et au moment où on les entraîne, les condamnés m'ont glacé le sang en criant : « Lesurques est innocent ! Lesurques est innocent ! » parce qu’on envoyait avec eux à la guillotine un homme qui n'était pas coupable.

La télévision française a produit d’autres reconstitutions de procès célèbre, jusqu’aux toutes récentes Affaire Dominici (2003) de Pierre Boutron et Affaire Villemin (2006) de Raoul Peck. Mais la grande majorité de ces dramatiques étaient des reconstitutions. Les fictions judiciaires originales télévisées sous forme de séries ont été assez peu nombreuses.

 

Là, tout de suite, de mémoire, je n’en vois pas beaucoup (si vous en voyez d’autres, s’il vous plaît, n’hésitez pas à m’écrire) : Maître Da Costa (France 2, 1995-1999), une demi-douzaine de téléfilms starring Roger Hanin, qu’on avait alors surnommé (sans rire) le « Perry Mason français ». L’avocate (France 3, 1995-2000), 9 épisodes avec Corinne Dacla. Et bien sûr Avocats et Associés (France 2, 1998-2008), la plus durable, puisqu’elle est à l’antenne depuis bientôt 10 ans. Avant A&A, il ne me semble pas qu’aucune série française de longue durée ait mis en scène la vie quotidienne des avocats de manière crédible et documentée, en s’inspirant d’histoires vraies.

 
Une fiction remarquable gâchée par France 2

Depuis A&A, cependant, une autre série policière et judiciaire a exploré la société française avec, tenez-vous bien, plus de 100 épisodes en moins de 6 mois. Diffusée pour la première fois par France 2 au premier semestre 2006, Préjudices était construite comme un épisode de L&O : à la suite d’un fait divers, deux inspecteurs de police enquêtent et portent l'affaire devant un magistrat instructeur.

 

Les épisodes étaient courts (22 minutes) et le plus souvent consacrés à des affaires moins spectaculaires que celles des séries américaines, mais la série créée par Michel Reynaud avait beaucoup de qualité, à commencer par l’authenticité des situations et des procédures décrites, sans emphase ni dramatisation à outrance.

 

Pour une fois, on voyait comment se passait une enquête et une instruction (et, pour avoir personnellement fait l’objet d’une perquisition, d’un interrogatoire par un juge d’instruction et d'un passage au tribunal, je peux témoigner que c'était plus vrai que nature…) Préjudices n’était pas seulement la première série qui parlait de la justice de manière extrêmement réaliste (en donnant, comme le fait Law & Order, un point de vue différent à chacun des personnages) mais aussi la première (à ma connaissance) qui parlait de la place de la police et de la justice dans la vie quotidienne de gens comme vous et moi.  

La production de cette excellente série que vous n'avze probablement pas vue illustre de plus la clairvoyance extrême (je suis sarcastique…) des responsables de la fiction de France 2. Voilà en effet une équipe qui, avec la moitié du budget par épisode de la redoutable Plus Belle la Vie (France 3), réussit à tourner en un temps record 115 épisodes passionnants.

Malgré leur diffusion en fin d’après-midi (entre 18 et 19 heures) ils ont attiré une meilleure audience que Friends dans la même case ! Croyez vous que les responsables de la fiction France 2 se soient dit : « Voilà des gens créatifs ! Puisqu’ils sont capables de créer une série aussi bonne en 115 épisodes de 22 minutes, on va leur donner le même budget l’an prochain en leur demandant cette fois-ci de faire la première série française en 22 épisodes de 52 minutes  » ?

Eh bien non. C’est pourtant ce que je me suis dit, moi. Mais je ne suis pas responsable des fictions à France 2. Je ne dois pas être assez intelligent pour ça.

Martin Winckler  

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Si vous voulez en savoir plus sur Préjudices, lisez cet article : http://www.martinwinckler.com/article.php3?id_article=785. Si vous voulez la voir ou la revoir, elle repasse en ce moment (octobre 2007) sur France 4.

 

Next episode : Les séries que je déteste.

 

 

 

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Ma série préférée (2) : Des années 90 à hier soir – par Martin Winckler  posté le dimanche 07 octobre 2007 19:49

Le début des années 90 a marqué un tournant dans ma relation à la télévision : c’est à cette époque que je me suis remis à regarder des séries pour en faire des textes.

Entre 1991 et 1994, dans la maison vétuste où je vivais avec ma famille, nous avions la télé mais l’antenne ne fonctionnait pas. Nous regardions des cassettes de films en VO que je louais, que j’achetais d’occasion (Ah ! L’homme qui rétrécit ! Ah ! The Princess Bride…) ou qu’on me prêtait. Après Mission : Impossible, dont j’ai parlé dans l’épisode précédent, j’ai collaboré à plusieurs livres des éditions Huitième Art [1] et à de nombreux numéros de la revue Génération Séries dirigée par Christophe Petit. Cela m’a donné l’occasion de revoir les séries de mon enfance et de mettre sur le papier les raisons pour lesquelles elles m’avaient touché et me touchaient encore. Sur ma lancée, et sur la puissante incitation des Oswald, d’Alain Carrazé et de C. Petit, j’ai surmonté mes préjugés (rien ne pouvait être aussi bien que Zorro !) et j’ai découvert Hill Street Blues, Un flic dans la Mafia, Code Quantum, Twin Peaks, Cop Rock… Sans oublier Star Trek : The Next Generation, dont Christophe m’a prêté l’intégrale en cassettes qu’il faisait alors venir d’Angleterre, et que j’ai regardée en donnant le biberon à l’un ou l’autre de nos jumeaux.

 

Les années Jimmy  

En 1994, quand nous avons emménagé dans une rue câblée, je me suis abonné immédiatement au bouquet de chaînes alors disponibles. J’ai découvert avec délices que Canal Jimmy et Série Club diffusaient des séries en VOST, et pas des moindres : NYPD Blue, Dream On, The Larry Sanders Show, My So-Called Life (Angela, 15 ans) auxquelles se sont bientôt ajoutées Friends, Spin City, Murder One et bien d’autres.

À la même époque, je regardais aussi très régulièrement Law & Order (New York District) pendant sa diffusion sur France 3. Ce n’était pas facile : la chaîne la passait sans prévenir en bouche-trou pour remplacer un match de tennis un jour de pluie ou vers 1 heure du matin. Lorsqu’elle a interrompu la diffusion, en 1995, j’ai envoyé un message au forum américain de la série en demandant si l’un de ses membres était prêt à m’enregistrer quelques épisodes. Une institutrice spécialisée de l’Illinois, Debbie White, m’a répondu qu’elle m’enregistrerait tout contre le remboursement des cassettes et de l’afranchissement. C’est à elle que je dois d’avoir pu regarder la série pendant dix ans et d’être aujourd’hui un des rares français à avoir vu dans son intégralité cette œuvre impressionnante qui amorcera en janvier 2008 sa dix-huitième année de diffusion. Si je ne devais emporter qu’une intégrale sur une île déserte, ce serait celle-là. Avec plus de 400 épisodes, il y a de quoi tenir un moment… Pour ma famille et pour moi, la fin des années 90 a été un délice : nous regardions Friends, Dharma & Greg, Lois & Clark (mais non, pas Seinfeld, que j’ai toujours trouvé vulgaire, et ce n’est pas Curb your Enthusiasm, la série suivante de son co-créateur Larry David, qui me convaincra du contraire…)

Les années Télécâble

En 1997, dans un dernier livre de Huitième Art cosigné avec Alain Carrazé, j’ai rédigé le premier grand article (et, à ce jour, le plus long jamais écrit en langue française, il me semble) consacré à Urgences. La même année, Télécâble Satellite Hebdo me confiait la première page entièrement consacrée aux séries par un hebdo de télévision. Je l’ai assurée sans faillir pendant 7 ans, découvrant avec stupéfaction que les chaînes (TF1 et F2 en premier) n’étaient pas du tout insensibles à mes critiques sur la censure, les VF ineptes, les diffusions dans le désordre. En 1999, avec Christophe Petit, j’ai dirigé mon premier bouquin collectif, le Guide Totem des Séries (Larousse), petit joyau de 500 séries que l’éditeur n’a jamais jugé utile de mettre à jour et qui, comme les bouquins Huitième Art, est devenu un collector

 

L'écrivain "sérieux" qui aime les séries

J’avais déjà publié un roman en 1989, mais je n’étais pas du tout un écrivain connu lorsque, en 1998, j’ai reçu le Prix Livre Inter pour La Maladie de Sachs (POL). Au journal de 13 heures de France Inter, après avoir annoncé que j’étais le lauréat de l’année, Gérard Courchelles me dit sur un ton mi-amusé mi-intrigué : « Martin Winckler, vous êtes médecin et écrivain, mais je crois que vous aimez aussi beaucoup les séries télévisées. Je me trompe ? » Je lui ai répondu que c’était tout à fait vrai, en ajoutant, pince-sans-rire, que j’étais le « spécialiste français d’Urgences ». Ça m’était facile de parler ainsi : je n’avais jamais eu honte de mes goûts et je n’avais jamais laissé personne s’en moquer. J’ai ajouté qu’à mes yeux, les séries sont un genre artistique aussi respectable que le cinéma, le théâtre ou la littérature. Cette déclaration n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. A partir de ce jour-là, chaque fois que je suis allé dans une librairie ou un salon présenter l’un ou l’autre de mes romans ou de mes livres consacrés au soin, j’ai toujours vu quelques lecteurs en profiter pour venir me faire dédicacer un de mes bouquins sur les séries ou un exemplaire de Génération Séries. Le fait qu’un écrivain de littérature « sérieuse » ( ?) déclare aimer les séries télévisées a décomplexé beaucoup d’amateurs qui étaient encore obligés de cacher qu’ils aimaient regarder des séries américaines. Je me suis alors rendu compte combien il est important, pour ceux qui n’ont pas la parole, que ceux qui l'ont expriment des choses importantes pour tous.

 Les Miroirs de la Vie 

Quand le succès de La Maladie de Sachs a fait de moi un écrivain sollicité par les médias, j’en ai profité pour parler des deux domaines dont la défense me tenait le plus à cœur : la contraception et la fiction télévisée.

En 2001, j’ai donc profité de ma notoriété nouvelle pour écrire simultanément ou presque Contraceptions mode d’emploi (Le Diable Vauvert), le premier manuel pratique destiné au grand public et Les Miroirs de la vie, une histoire des séries américaines qui expliquait la genèse du genre, définissait ses inspirations et ses thèmes principaux au travers d’un certain nombre d’exemples. Sorti en janvier 2002,  Les Miroirs… décrivaient et analysaient donc en détail Urgences, Hill Street Blues, NYPDBlue, Ally McBeal, Law & Order et sa toute récente spin-off L&O : Special Victims Unit, mais aussi des séries bien moins connues : Homicide : Life on the Streets, St Elsewhere, Picket Fences, Chicago Hope, The Practice, The Wonder Years, I’ll Fly Away, thirtysomething, My So-Called Life, Once and Again, et des séries « populaires » ou « adolescentes, souvent plus méprisées encore que les autres : Code Quantum, Lois & Clark, The Pretender (Le Caméléon). J’ai saisi aussi l’occasion pour me moquer (gentiment) de The X-Files, ce qui m’a valu de la part des amateurs de la série de Chris Carter une solide inimitié, d’hilarantes caricatures vengeresses sur des sites de fans (merci Guigui !) et un surnom qui me fait toujours éclater de rire :  « Martien Winckler ».

 Les Miroirs Obscurs

Les Miroirs est un de ces livres qui se vendent seulement à quelques milliers d’exemplaires (4500, je crois) mais touchent exactement le public à qui il est destiné. Sa publication m’a valu beaucoup de remerciements, mais aussi de rencontrer plusieurs personnes qui me sont devenues très proches. Originellement, j’avais prévu que ce serait le premier volume d’un triptyque. Dans le second, Les Miroirs Obscurs (Le Diable Vauvert, 2005), j’ai parlé des séries les plus marquantes que je regardais à ce moment là : Six Feet Under, Oz, L&O : Criminal Intent, CSI, Without a Trace, Cold Case, Northern Exposure, Nip Tuck… Mais j’avais également choisi de confier à des rédacteurs pour la plupart non professionnels des séries que je ne connaissais pas, ou mal. La vertu d’un livre collectif, c’est qu’il apprend beaucoup à celui qui le dirige... Grâce aux collaborateurs des Miroirs Obscurs, j’ai découvert et appris à aimer Buffy et Angel, Roswell, Smallville, Dead Like Me, The Sopranos, Carnivale, The Shield, Star Trek : Deep Space Nine, The West Wing… et même The X-Files ! Le troisième volet du triptyque, consacré aux comédies, est encore à venir. Je n’attends que le moment opportun pour le mettre en chantier.

 

Le Meilleur des Séries 

 En 2006, j’ai proposé à un éditeur de publier une sorte de « revue annuelle » des séries – sous la forme, encore une fois, d’un ouvrage collectif. Ce fut Le Meilleur des Séries (Hors Collection, 2007), dont le succès a incité l’éditeur à recommencer chaque année. Le Meilleur des Séries 2008, co-dirigé avec Marjolaine Boutet, historienne de formation (non, il n’est pas nécessaire d’être médecin pour apprécier les séries…) paraîtra en janvier prochain. Les contributions, sollicitées par un appel publié sur mon site internet ont, dans leur immense majorité, été signées par des non-professionnels de l’écriture ou de la télévision. Et elles sont d’une qualité impressionnante. Elles prouvent que la description, la défense, l’illustration et l’analyse des séries, genre « populaire » au meilleur sens du terme, ne sont pas réservées à des critiques jargonnants, comme c’est malheureusement trop souvent le cas de la critique de cinéma. Car pour parler des séries, il ne suffit pas d’en avoir « l’engouement », comme disent les journalistes, il faut aussi avoir quelque chose d’intelligent à en dire. Et, pour ça, il faut en avoir regardé beaucoup, longtemps, et y avoir réfléchi.

 Catalogue... 

Certains auront probablement le sentiment que je dresse là un catalogue de mes oeuvres, et ils auront tort (le catalogue complet est bien plus long... ). Si je retrace cet itinéraire, c'est simplement pour expliquer que depuis quinze ans, somme toute, mes séries préférées ne sont pas seulement celles dont je ne rate pas un épisode mais aussi et surtout celles au sujet lesquelles j’ai envie d’écrire ou de lire un texte enthousiaste et éclairant.

 

À la minute où je vous parle, des épisodes de Bones, Brothers & Sisters, Burn Notice, Damages, Grey’s Anatomy, Heroes, House, How I Met Your Mother, L&O : SVU, Mad Men, Numb3rs, NCIS, Tell Me You Love Me, The Closer, Without a Trace m’attendent sagement Sans oublier qu’hier soir, comme j’étais crevé, je me suis endormi sans avant la fin du dernier Cold Case

 

C’est à se demander pourquoi, bon dieu, je viens de consacrer une heure et demie à écrire ce texte… Au lieu de les passer à voir deux épisodes !

 

Pourquoi ? Eh bien, tout simplement parce que l’autre jour, un jeune homme m’a demandé quelle était ma série préférée…

 

Martin Winckler

7 octobre 2007

 



[1] Les grandes séries américaines, Les grandes séries britanniques…

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