Le 16 février 2009, à Montréal, sur la chaîne CTV, j'ai vu un épisode de Law & Order : Special Victims Unit (New York Unité Spéciale) très impressionnant et très courageux. C'est l'épisode 10.14 et il s'appelle Transitions.
CTV diffuse SVU en même temps que NBC, il s'agissait en l'occurrence de la première diffusion de l'épisode en Amérique du Nord.
Il met en scène une adolescente transsexuelle, un groupe d'activistes trans, certes dans un contexte terrible (l'agression du père de la jeune fille) mais dit explicitement (par la voix du psy de la brigade et par celle de plusieurs autres personnages) que la transition est une démarche indispensable et légitime pour les personnes qui l'entreprennent.
C'est un très bel épisode et les scénaristes sont vraiment gonflés de s'engager ainsi. De plus, L&OSVU est une série très regardée (probablement la série la plus regardée de NBC), alors ça n'est pas rien.
L'épisode s’inscrit dans une veine d’histoires «
socio-médicales » que L&O SVU aborde régulièrement.
Deux autres épisodes de cette veine me viennent en mémoire. Le
premier, Stolen (3.03) commence par un rapt de bébé et
bifurque (comme c’est souvent le cas dans les séries L&O)
vers une histoire poignante : celle d’un garçon subtilisé à
sa mère, adopté légalement par une famille tout à fait honnête et
aimante, et que son père biologique et ses grands-parents maternels
veulent récupérer alors qu’il a 12 ans. L’épisode
posait la question de savoir si les droits des parents biologiques
sont plus importants que le bien-être du garçon (qui est
parfaitement heureux avec ses parents adoptifs).
L’autre épisode, Competence (3.22 ) est centré sur une jeune femme trisomique (interprétée par une comédienne trisomique) et son désir de garder son enfant.
L&OSVU prend régulièrement des positions « éthiques » par rapport à ses personnages, et sa sympathie à l’égard des victimes – qui sont parfois aussi des « criminels » aux yeux de la loi – est très grande. Son courage dans la représentation de situations considérées comme « borderline » - je pense en particulier à Uncle (8.04) un épisode stupéfiant avec Jerry Lewis dans le rôle de l’oncle maniaco-dépressif du detective John Munch – est remarquable.
De son côté, la série originelle Law & Order (the « mothership ») aborde de nouveau, depuis que René Balcer en a repris les rènes, des situations « éthiques » délicates, dans tous les domaines. J’y reviendrai dans un prochain article.
A noter, à propos de l’épisode de L&OSVU dont
je parle au début de cet article, que TV Guide online a interviewé
Neal Baer, son producteur exécutif :
http://www.tvguide.com/News/SVU-Preview-Transgender-1002993.aspx
Executive Producer sur L&OSVU depuis 2000, Neal Baer
est un ancien de ER (Urgences), et il est
médecin, ce qui n’est pas anodin dans la manière dont la
série a évolué depuis qu’il s’est joint à
l’équipe de production.
Dans l’interview donnée à TV Guide, Baer souligne
que parmi les questions que l'épisode soulève il se posait celle-ci
: Est-ce qu’un(e) adolescent(e) sait ce qu’il fait
quand il décide de changer de sexe ?
A mon humble avis, quand on voit l’épisode, il est manifeste que le personnage n’est jamais présenté comme irresponsable ou même hésitante sur sa décision ; d’ailleurs ses parents, le psychologue de justice (interprété par BD Wong) et les personnages principaux (Stabler et Benson) la soutiennent. Le message est donc clair, et tout à fait « pro-transition ». C'est d'autant plus impressionnant que le sujet, on l'imagine, n'est pas du tout consensuel aux Etats-Unis. Encore une fois, une série télévisée ose s'engager.
Venant des séries L&O, ce n'est ni nouveau, ni étonnant, mais la constance de cet engagement, depuis près de 20 ans pour la série mère et 10 ans pour SVU (sans oublier les cinq premières saisons de L&O : Criminal Intent) mérite d'être soulignée.
Sans vouloir faire de procès a priori, je suis curieux de savoir si
cet épisode sera un jour programmé intégralement par TF1 (qui
n’en est pas à son premier épisode coupé ou escamoté ) et
surtout comment les dialogues seront traduits.
Ainsi, tout récemment, sur la première chaîne française, dans un
épisode de Grey’s Anatomy, l’expression « Dirty
Mistresses » a été traduite par « Amants délaissés ». Comprenne qui
pourra.
Martin Winckler
Montréal, le 19 février 2009
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