Accueil Date de création : 01/10/07 Dernière mise à jour : 27/05/09 21:10 / 42 articles publiés

Clara Sheller comme Vic Mackey ; Sandra comme Tony  posté le mardi 03 mars 2009 21:31

Les séries françaises sont sur la bonne voie. Avocats et Associés, Les Oubliées, Fais pas ci Fais pas ça ou encore Les Bleus premiers pas dans la police sont, à des degrés de réussite (et d’ambition) divers autant de signe encourageants. Chacune a su retenir quelques bonnes leçons du côté des séries anglo-saxonnes.

Un des exemples les plus frappants est Clara Sheller. Son  créateur, Nicolas Mercier a ainsi bien digéré les leçons de The Shield. Dans cette dernière, un événement traumatisant concluait l’épisode pilote (Vic Mackey tuant de sang froid un de ses collègues parce qu’il les espionnait pour le compte des affaires internes). Un acte qui, dans un premier temps, pouvait paraître un peu gratuit, manière de tout de suite frapper les attentions et de clouer les spectateurs dans leurs fauteuils. Sauf que cet acte n’avait rien de gratuit puisque, dès cet instant, MacKey et son équipe ne cesseront d’en payer les conséquences au fil des saisons.

Nicolas Mercier ne procède pas autrement. La saison 1 nous présentait une Clara Sheller tête en l’air, capricieuse et grassement payée pour ne quasi rien faire (une chronique par mois dans un magazine). Est-ce pour ça qu’elle a chuté côté audiences ? Toujours est-il que la saison 2, dans ces derniers épisodes, présentait l’addition à son héroïne. Ce qui pouvait passer pour gratuit, pour posture vaguement moderne et insouciante, a débouché sur une fin de saison 2 à la noirceur particulièrement osée (bien plus que les fameuses scènes chaudes entre Gilles et Jipé).

En procédant de la sorte, Mercier rompait avec la logique de cartoon qui régit trop souvent les séries françaises où, comme le Coyote ou Tom dans Tom et Jerry, les personnages ne sont jamais durablement affectés par ce qui leur arrive.

Autre saison 2 intéressante : celle de Mafiosa, confiée à Eric Rochant, le réalisateur d’Un monde sans pitié et des Patriotes. Admirateur de The Wire (le personnage d’Andreani peut lointainement faire penser à celui d’Omar Little), Rochant, également co-scénariste, a surtout pioché du côté des deux plus grandes fictions mafieuses.

Du Parrain, il a repris le personnage tragique de Michael Corleone (qui, bien loin des affaires de la famille, devient chef à contre-cœur et perd son âme) ainsi que son aspect tragédie familiale. Des Sopranos, il a gardé le côté dérisoire de ses seconds couteaux, la déglamorisation appliquée du crime organisé.

Manque encore à cette saison 2, déjà très supérieure à la première, les couches multiples qu’on trouve généralement sous la surface des meilleures séries américaines. Si Mafiosa façon Rochant développe une histoire captivante, elle manque de cette richesse de fond, de ces vertigineux niveaux de lecture qui font des Sopranos une des œuvres majeures de la fiction contemporaine, tous supports confondus. Malgré quelques approximations, on ne peut nier que, décidément, les séries françaises sont donc sur la bonne voie.


Geoffroy Klompkes
Chroniqueur séries et DVD sur Pure FM (http://www.purefm.be)

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Tous les commentaires de l'article:
Clara Sheller comme Vic Mackey ; Sandra comme Tony

  • Geoffroy Klompkes

    mer 03 jun 2009 13:31

    Cher Raoul, bien sûr qu'il n'y a aucun rapport entre "The Shield" et "Clara Sheller" et entre "The Wire" et "Mafiosa". Je perçois toutefois des ponts quasi invisibles dans certaines approches, dans certaines leçons retenues et qui relèvent en quelque sorte plus de la grammaire des séries que des séries elles-mêmes. Mais, disant cela, je ne suis pas sûr d'être très clair. ;-)

  • Raoul

    lun 25 mai 2009 14:18

    J'ai peu regardé Clara Sheller (au contraire de The Shield), j'ai du mal à voir le rapport entre ces deux séries. Rien ne les rapproche et surtout pas le rythme.
    Quant à Mafiosa qui est une bonne série, elle est quand même loin de The Wire. De plus, même si Andreani est un des plus intéressant il est très éloigné d'Omar, notamment par ses motivations

  • Florence mailto

    jeu 05 mar 2009 15:15

    Je ne peux qu'être d'accord avec cet article, en tout cas concernant Clara Sheller, je ne connais pas Mafiosa. C'est en effet une série qui s'inscrit dans le temps, qui accepte de prendre en compte ses effets, et donc les conséquences des actes de ses personnages. La formule que vous employez (la logique de cartoon) est tout à fait parlante à cet égard. Par contre, je maintiens aussi mon point de vue (cf.lettre ouverte aux personnages de Clara Sheller...) cette série, que je viens de revoir sur France 4, innove AUSSI en osant filmer des scènes d'amour réalistes entre hommes, l'histoire d'amour d'un trio et en allant encore plus loin pour poser en filigrane la question de la construction de l'identité sexuelle, du genre etc... (c'est quand même rare en prime time sur les grandes chaînes françaises). La disparition de la logique cartoon, l'innovation et la fantaisie narrative (cf. les deux derniers épisodes de la saison 2), la réflexion sur les questions amoureuses et de société dont je parle ci dessus font de cette série une série innovante, et émouvante.