Accueil Date de création : 01/10/07 Dernière mise à jour : 27/05/09 21:10 / 42 articles publiés

Ma série préférée (1) - par Martin Winckler  posté le vendredi 05 octobre 2007 17:04


1. Des origines aux années 1990

On me demande souvent quelle est ma série préférée. Ça me fait sourire parce que posée au singulier cette question n’a pas vraiment de sens à mes yeux, pas plus qu’elle n’en a en ce qui concerne les romans ou le cinéma ou la BD. J’aime le genre, dans son ensemble. Alors, j’aime beaucoup de séries. Car  j'en ai regardé beaucoup. 

Quand j’étais enfant, j’aurais probablement répondu Zorro (avec Guy Williams), puisque je la regardais toutes les semaines. Mais j’aimais aussi beaucoup Au nom de la Loi (avec Steve McQueen), Aventures dans les Îles (avec Gardner McKay), Les Hommes Volants (les aventures de deux sauveteurs-parachutistes dont j’ai oublié le nom), et sans doute auss La Quatrième Dimension de Rod Serling, qui m’a beaucoup impressionné quand j’en ai vu les quelques épisodes diffusés en France en 1965 pour la première fois… et pour la dernière pendant 20 ans, tant ils avaient été mal reçus par le public, semble-t-il. (Mais pour juger des goûts du public, peut-on faire confiance à une télévision qui était à l’époque un monopole d’état ?).

Je me souviens aussi de comédies que tout le monde connaît (Ma Sorcière bien-aimée) et d’autres que tout le monde a oubliées (Monsieur Ed, le cheval qui parle ; Monsieur et Madame, Détectives, une adaptation télé de The Thin Man, avec Peter Lawford).

 À l’adolescence, jusqu’à l’âge de 17 ans, j’ai regardé compulsivement Agents très spéciaux ; Max La Menace,  Mission : Impossible (en regrettant souvent que la première saison, sans Jim Phelps, ne soit jamais rediffusée alors qu’elle recelait de vrais joyaux) et Mannix (ah, la musique de valse de Lalo Schifrin et le générique avec ses séquences en damier...). Et j’avais adoré l’unique épisode de Batman et les rares des Mystères de l’Ouest que j’avais pu apercevoir.

 Je ne regardais pas que des séries américaines mais aussi  Destination Danger (avec Patrick McGoohan) et je ne ratais jamais Chapeau melon et bottes de cuir ni Le Prisonnier… et j’ai bouffé avec délices des feuilletons français : Les Globe-Trotters, Rocambole, Les Habits Noirs, ainsi que Les Cinq dernières minutes, qui n’était pas du tout une série pour enfants mais que je n’aurais raté pour rien au monde. Comme j’étais censé être au lit à 20 heures, j’écoutais les dialogues à travers la porte du salon pendant que mes parents regardaient. (J’avais l’habitude des pièces policières radiophoniques, alors j’arrivais à suivre sans les images…)

 L’été, en Angleterre, à partir de 1966, j’ai regardé quelques épisodes de Star Trek, que la télévision française n’avait pas jugée suffisamment intéressante pour la diffuser aux spectateurs de l’Hexagone…

 J’ai passé un an aux Etats-Unis entre 1972 et 1973. J’avais 17 ans. J’ai rattrapé mon retard sur les Mystères de l’Ouest (le soir tard), et vu tout Star Trek, déjà rediffusé en boucle à 17 heures sur une chaîne locale. Mais j’ai aussi regardé The Mod Squad, une série inédite en France, Search, qui n’a duré qu’une saison, mais aussi Columbo, McCloud avec Dennis Weaver et McMillan & Wife, avec Rock Hudson. J’adorais Banacek, une épatante série dans laquelle George Peppard, gentleman enquêteur et séducteur enquêtait sur des vols ou des crimes impossibles.

 Et puis j’ai fait mes études de médecine et je n’ai pas regardé la télévision pendant près de dix ans.

 Quand j’ai eu la télé de nouveau, au milieu des années 80, c’était juste avant que le PAF ne s’ouvre aux chaînes privées. La5, M6 se sont mises à diffuser des séries en boucle. J’ai eu le plaisir de découvrir – entre autres – que Mission : Impossible était aussi bien ficelée que dans mon souvenir. Ça m’a donné envie d’en faire un livre. J’ai dû attendre un peu (1993) mais j’y suis arrivé, grâce à Hélène Oswald et Alain Carrazé.

 Aujourd’hui, grâce au DVD, je peux la revoir intégralement avec mes enfants. Les plus âgés (26 ans) comme les plus jeunes (14, 9) sont d’accord pour dire que c’était vraiment une grande série.

 Pour ce qui concerne l’avant-1990, je dirais que mes séries préférées sont celles que j’ai vues intégralement - Mission : Impossible, Les Mystères de l’Ouest, Le Prisonnier, Zorro… - que je revois toujours avec plaisir ou dont j’ai très envie de m’offrir les intégrales en DVD. Celle de The Twilight Zone (La Quatrième Dimension) me fait de l’œil depuis longtemps et Time Life vient de mettre en souscription une édition spéciale de The Man From UNCLE qui me fait baver de convoitise.

 
(Soupir.)

 
Martin Winckler

 

PS : Un excellent site si vous cherchez les DVD d’une série (certaines éditions ont des ST français) = www.tvshowsondvd.com

(Prochain épisode : Ma série préférée – des années 1990 à hier soir)

 

 

 

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La série, c’est l’homme - par Martin Winckler  posté le lundi 01 octobre 2007 11:37

Lundi 1er octobre 2007 

Une journaliste me demande pourquoi les séries médicales françaises marchent si mal. J’imagine qu’elle fait référence à L’hôpital qui s’est rétamé sur TF1 en septembre et au Cocon que France 2 a diffusé à la sauvette des samedi après midi au début de l’été, tant la chaîne devait penser que c’était mauvais.

J’ai regardé les deux. Le Cocon était vraiment très mauvais. Acteurs inconsistants, dialogues insignifiants, scénario incohérent, réalisation incompétente. Je ne suis jamais tendre avec TF1, mais L’Hôpital valait un peu mieux : il y avait de la mise en scène et de la belle image, ça ne traînait pas, les acteurs étaient plutôt bons, les repérages intelligents, l’argent plutôt bien utilisé. Mais comme pour la série de F2 (et comme pour l’immense majorité des séries françaises, et surtout celles de TF1), le scénario était - comment dire ? - dramatiquement mauvais. L’histoire ne tenait pas debout, les personnages n’existaient pas, les dialogues affichaient une confondante bêtise. J’avais honte pour les comédiens qui étaient obligé(e)s de les dire sans rire.

 
Qu’est-ce qui fait une bonne série ?

Deux professionnels du XXe siècle, Jean Gabin et John Ford, disaient que pour faire un bon film il fallait trois choses : « 1. Une bonne histoire.  2. Une bonne histoire 3. Une bonne histoire ».

POur une bonne série, c’est pareil. C’est même encore plus vrai, car l’histoire va durer entre six (en Angleterre, en France) et vingt-quatre heures par an, alors qu’un film dépasse rarement les trois heures.

 
Qu’est-ce qu’une bonne histoire ?

Une histoire intéressante, qu’on n’a pas encore entendu raconter. Ou alors, une histoire connue mais racontée de manière originale. Et qui dit « original » dit « personnel ». Autrement dit : l’histoire, c’est le scénariste. Pour la raison indiquée plus haut, la fiction télé est le domaine du scénariste, et non du réalisateur. En Angleterre, les fictions en six épisodes sont écrites par un ou deux scénaristes travaillant ensemble. On ne tourne qu’une fois le scénario verrouillé. Aux Etats-Unis, les vingt-et-quelque épisodes d’une série sont écrits par une équipe sous la direction du scénariste qui a créé la série, et qui coordonne, revoit, réécrit, décide des lignes narratives tout au long de l’année. La cohérence de l’histoire (sinon son intérêt, ce qui est plus subjectif) repose sur cet homme, creator and executive producer, véritable maître d’oeuvre, et non sur la sempiternelle « bible » dont se rengorgent (je devrais dire « avec laquelle s’étouffent ») les chaînes et les scénaristes français.

 Autrement dit : une série intéressante, c’est un homme ou une femme (ou deux, à la rigueur) qui écrit et qui fait écrire des choses intéressantes. Un Alexandre Dumas de la télé, en quelque sorte. Un writing producer. Les autres scénaristes se plient à sa vision. Quelques noms. Outre-Atlantique : Reginald Rose, Stephen J. Cannell, Aaron Spelling, Bruce Geller, Steven Bochco, Diane French, Zwick & Herskowitz, Donald P. Bellisario, Tom Fontana, David E. Kelley, Dick Wolf, René Balcer, Greg Berlanti, Aaron Sorkin, Meredith Stiehm, Hank Steinberg, Tim Kring. Outre-Manche : Dennis Potter, David Wollstencroft, Russell T. Davies. Dans l’Hexagone : Claude Santelli, Claude Loursais, Pierre Grimblat.

 
Vous ne les connaissez pas ? Lisez quelques livres (Les grandes séries britanniques, Les feuilletons historiques de la télévision française, Les Miroirs de la vie, Les Miroirs Obscurs, Le Meilleur des Séries) et parcourez ce blog, vous finirez par savoir ce qu’on leur doit. Et surtout, scrutez les génériques.

 Ces femmes et ces hommes, qu’ont-ils de si spécial pour que leurs séries soient intéressantes ? Ils ont quelque chose à raconter. Ils veulent avant tout raconter de bonnes histoires et non « faire passer un message » (ils savent très bien qu’une histoire véhicule toujours les idées de son auteur). Ils ont le respect du public. Ils sont curieux, ils ont un humour souvent grinçant, ils sont chaleureux, ils sont révoltés, ils écrivent comme ils respirent, ils écrivent pour respirer dans un monde étouffant. Ils nous vengent de la vie par leurs fictions. Et surtout, ils savent de quoi ils parlent : soit parce qu’ils sont des professionnels (David E. Kelley et nombre de scénaristes de Law & Order sont avocats ; plusieurs scénaristes d’Urgences sont médecins ; Bill Clark, le co-scénariste de David Milch sur NYPD Blue, était un authentique detective new-yorkais), soit parce qu’ils bossent avec des professionnels et les écoutent soigneusement avant d’écrire leurs scénarios. Ils savent que rien n’est plus passionnant que la réalité.

 
Qu’est-ce qui fait une bonne série médicale ?

 
Eh bien, vous n’avez qu’à additionner les éléments : 1° une bonne histoire (racontée de manière intéressante) ; 2° une bonne histoire (écrite par des narrateurs qui ont de la personnalité) ; 3° une bonne histoire (ancrée dans la réalité et nourrie par des professionnels de la santé).

 

Quand TF1, France 2, France 3 ou M6 auront compris que c’est de cela que leurs séries ont besoin, les séries médicales françaises auront du succès auprès du public français (et sans doute hors de France). Mais pour l’heure, comment voulez vous que les six heures du Cocon ou de L’Hôpital fassent le poids à côté d’un seul épisode d’ Urgences, de Dr House ou de Grey’s Anatomy ?  (Oui, Seccotine, et aussi d' Everwood...)

Martin Winckler

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