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"Engrenages" et "The Wire" : la comparaison qui tue  posté le lundi 06 avril 2009 20:52

Je ne suis pas aussi dur que Martin, au sujet de la saison 1 d’Engrenages. Malgré ses défauts évidents (une «attitude» dure destinée à marquer son territoire, à montrer qu’on n’est pas dans une série française comme les autres qui était parfois un peu gratuite), elle avait au moins le mérite de faire bouger les choses dans la fiction française.

Je ne serai pas aussi indulgent avec la saison 2 (qui sort seulement maintenant en DVD en Belgique, raison de ma découverte tardive), qui a pourtant encore meilleure presse que la première. Attention, il y a de vraies qualités: une tension, un suspense parfois très fort, certains personnages intéressants (le juge Roban surtout, campé par l’excellent Philippe Duclos), une vraie âpreté. Mais, cette fois,  ça ne suffit plus.

Je distingue deux inspirations évidentes. La première est 24, sur la fin de saison surtout, dans la volonté d’installer ce suspense étouffant mentionné plus haut. La seconde, c’est The Wire.

Et, j’aime autant vous prévenir, on n’a pas fini d’en voir, des enfants de The Wire. Normal, c’est sans doute la fiction télé la plus puissante jamais proposée. Une chose est sûre en tout cas : chaque personne ayant vu The Wire dans son intégralité est forcément amenée à se demander si ce n’est pas la meilleure série qu’elle ait jamais vue. Quelle que soit finalement la réponse apportée à cette question, le simple fait qu’elle se pose nous renseigne sur les incroyables qualités de l’œuvre créée par David Simon et Ed Burns. Barack Obama a affirmé récemment que son personnage de séries préféré était celui d’Omar Little dans The Wire, le charismatique justicier qui ne vole que les dealers.

La saison 2 d’Engrenages reproduit quelques gimmicks de The Wire : l’équipe de policiers qui tente de coincer une équipe de trafiquants, la corruption qui risque de faire capoter l’enquête, les longues heures d’écoute (le titre français de The Wire, c’est Sur écoute).

Mais tous ces éléments ne sont, chez le modèle américain, que la surface de la série, le prétexte de la fiction. Dessous, il y a toutes ces couches, cette profondeur inouïe, cette humanité bouleversante, l’histoire d’une ville (Baltimore) qui fait écho aux histoires de toutes les villes et à l’histoire de toute l’humanité, l’impression si gratifiante, en bout de course, de refermer une oeuvre littéraire d’exception (ce n’est pas pour rien que des écrivains comme Dennis Lehane, George Pelecanos ou encore Richard Price ont chacun écrit quelques épisodes de The Wire). C’est toute la condition humaine qui se déploie dans cette série qui donne encore la chair de poule rien que d’y repenser.

Dans la saison 2 d’Engrenages, c’est le vide qui donne le vertige. Comme souvent, on s’est contenté de copier/coller à la va-vite les signes extérieurs, de singer maladroitement quelques codes. Mais si on pèle cette couche, ce n’est pas un oignon qu’on trouve en-dessous avec encore plein d’autres couches. Parce qu’en-dessous, il n’y a juste rien.

Une fois passée la petite montée d’adrénaline d’une histoire qui se veut rugueuse et éprouvante pour les nerfs, il ne reste plus rien. L’histoire ne nous raconte rien d’autre que son intrigue, qui plus est étirée inutilement dans un dernier épisode totalement creux qui n’a que son petit suspense à offrir. Et le spectateur est juste fâché qu’on lui ait ainsi fait perdre son temps.

Geoffroy Klompkes
Chroniqueur séries et DVD sur Pure FM (http://www.purefm.be)

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Tous les commentaires de l'article:
"Engrenages" et "The Wire" : la comparaison qui tue

  • Raoul

    lun 25 mai 2009 14:12

    J'ai vu 4 saisons de The Wire (en attendant la 5ème) et je ne peux que souscrire à votre opinion concernant cette série : elle est extraordinairement riche.
    J'ai également vu les 2 saisons d'Engrenages mais vous vous trompez en espérant voir une The Wire à la française : elle n'est pas du même niveau (mais comme beaucoup de séries U.S.) et n'en n'a pas la prétention. Par contre, à l'aune des productions tricolores, c'est une très bonne série.

    P.S. : même si Omar Little est un de mes personnages préférés, il n'est pas du tout un justicier. C'est juste un voleur mais qui ne s'en prend pas à des innocents

  • Geoffroy Klompkes mailto

    mer 13 mai 2009 10:37

    Cher Galunto, je comprends votre objection. Mais loin de moi l'idée de comparer les ambitions des séries. Je constate juste que, régulièrement, au cours de l'histoire des séries françaises, des séries américaines servent de modèles plus ou moins évidents. Celui de PJ, à l'origine, était NYPD Blue. Bien sûr, je peux me tromper, mais on sent dans la saison 2 d'"Engrenages" la volonté de s'inspirer de "The Wire", ou du moins d'en reprendre certains signes extérieurs, ce que j'appelle des gimmicks dans mon article. Tout ça ne me gênerait pas, finalement, s'il n'y avait cette vacuité que je mentionne, cette absence criante d'un minimum de substance. Je ne demande pas que "Engrenages" ait la même ambition que "The Wire", juste que, tant qu'à s'en inspirer, elle essaie d'avoir ne fut-ce qu'un millième de sa profondeur.

  • galunto mailto

    mer 06 mai 2009 20:21

    Le procédé que vous utilisez dans votre note pour critiquer négativement Engrenages me parait assez douteux. Vous affirmez dans un premier temps que The Wire est "sans doute la fiction télé la plus puissante jamais proposée". Et ensuite vous lui comparez Engrenages, qui à l'évidence ne peut pas être du même niveau.

    Ce que vous oubliez de dire, c'est qu'Engrenages n'a pas les mêmes ambitions que The Wire. Les producteurs de cette dernière ont dit que le personnage principal de leur série, c'était la ville de Baltimore, ce que vous indiquez bien dans votre article. Et dès lors, l’objet de la série est l’exploration de cette ville à travers ses institutions (police, écoles, media, système politique) et ses recoins plus sombres ou tout du moins peu explorés jusqu’alors (la rue, les gangs, le port, les dockers). A ce que je sache, l’ambition d’Engrenages n’a jamais été aussi ample.

  • Florence mailto

    ven 10 avr 2009 13:17

    Omar personnage préféré d'Obama ! J'en suis toute retournée !!! Je n'ai pas encore vu la totalité de The Wire mais il est vrai qu'Omar est l'un des personnages les plus charismatiques et énigmatiques qu'il m'ait été donné de voir ! Il y aurait un article à écrire sur Politique et fiction (Obama, The Wire, The west Wing)... tout cela a des connections, réelles, fictives et fanstasmagoriques assez intéressantes.
    Malheureusement je n'ai pas vu Engrenages, alors je ne peux réagir sur cet article très intéressant. J'en profite pour lancer un appel : quels sont les bons plans pour voir sans trop se ruiner (sans 15 abonnements télés différents par exemple) les séries???? Le DVD??? Ils sont quand même très chers.... alors bien sûr il y a le téléchargement.... mais si on veut rester dans une forme de légalité????Si quelqu'un lit cet appel, merci de ses bons filons. Je vais aussi relire l'article de Martin Winckler sur ce blog, concernant le téléchargement. Toujours est-il qu'il est terriblement difficile, en France, de voir des séries en VO sous titrée.... en particulier, mais pas seulement, les plus récentes.

  • tacnet mailto

    mar 07 avr 2009 01:00

    c'est juste pour savoir pourquoi je viens de m' apercevoir en ouvrant le lien que vous du oublier de m' envoyer des alertes depuis au moins une dizaine d'articles comme je ne sais pas ou écrire exactement désolé de le demandé après un aticle excellent au demeurant ou je suis d' ailleurs du meme avis que vous; ces fictions francaises qui essaient de copier les codes visuels et narratifs de la fiction américaine sans les comprendre de l' intérieur; ça me fait penser à un autre problème lié à la fiction française : dans les fictions françaises il n' y a jamais eu de guerre d' algèrie ni le pe au second tour en 2002 alors que dans n' importe quelle série àméricaine récent il est fait courament référence au 11 septembre ou à la guerre en irak